Vers la création d’un bureau suisse pour informer sur les sectes ?

Suisse: L’Etat doit mener une politique active face mouvements religieux dangereux

Berne, 7 novembre 1999 (APIC) En Suisse, les sectes ne représentent pas vraiment un danger pour l’Etat, mais les autorités doivent mener une politique active face à des mouvements religieux qui peuvent exercer des contraintes sur des personnes individuelles. La majorité des 120 participants à une session consacrée aux dangers que font courir à l’Etat les sectes ont également réclamé samedi à Berne une politique d’information et un centre national de consultation sur les sectes.

«L’Etat doit formuler une politique claire envers les sectes», a demandé le conseiller national Alexander Tschäppät, lors de ce colloque organisé par l’Eglise réformée Berne-Jura et le groupe de travail œcuménique «Nouveaux mouvements religieux en Suisse». Président de la Commission de gestion du Conseil national, le socialiste bernois a rappelé que sa commission – qui a publié un rapport sur les sectes en juillet dernier – est d’avis que la religion ne peut plus être considérée comme une simple affaire privée, car elle devient de plus en plus un aspect de la vie sociale.

Dans notre société, constate Alexander Tschäppät, l’égoïsme et l’individualisme sont en pleine croissance, détruisant les réseaux sociaux. Le travail créatif est de plus en plus rare et le matérialisme supplante la question de la recherche du sens. Conséquence: des mouvements religieux «totalitaires» – exerçant une contrainte sur leurs membres – récupèrent toujours davantage de personnes souffrant d’isolement croissant et à la recherche de nouveaux liens communautaires.

Pour pouvoir identifier clairement et assez tôt les groupes dangereux, la Commission de gestion du Conseil national demande au Conseil fédéral la création d’un bureau d’information et de conseil pour les questions liées aux sectes. Un tel bureau doit être mis sur pied au plan suisse et être tout à la fois confessionnellement indépendant et neutre idéologiquement. Pas question certes de limiter la liberté de croyance et de culte protégée par la Constitution, mais bien d’intervenir quand des groupes exercent une contrainte sur leurs membres.

C’est dans la même direction qu’ont abondé tant le Genevois François Bellanger, président de la commission intercantonale pour les problèmes de sectes, que le professeur René Pahud de Mortanges, directeur de l’Institut de droit canonique et de droit ecclésiastique de l’Université de Fribourg. Ce dernier espère qu’une telle centrale d’information fasse diminuer les procédures judiciaires concernant ces groupes religieux dangereux. Bellanger a souligné qu’il y a un consensus en Suisse romande pour dire que l’influence des groupes religieux exerçant des contraintes sur leurs membres peut être considérablement réduite en développant l’information. C’est la raison pour laquelle on prévoit la mise sur pied d’un centre de consultation et de conseil neutre devant être cofinancé par tous les cantons romands.

Les représentants des sectes défendent leurs positions

Au cours d’une table ronde animée, les représentants des sectes et des mouvements religieux considérés comme dangereux ont échangé des propos assez vifs. Porte-parole de l’»Eglise» de Scientologie Suisse, le Zurichois Jürg Stettler a qualifié toute la discussion de «controverse artificielle», qui doit désormais se transformer en «dialogue ouvert». Il considère comme judicieux de mettre en place une sorte d’ombudsman neutre, mais pas des bureaux de consultation ecclésiaux, car les Eglises nationales, concurrentes directes des «religions minoritaires», ne sont pas indépendantes en la matière. Membre des «Témoins de Jéhovah», Fred Borys, de Thoune, s’est déclaré opposé à toute immixtion de l’Etat dans les affaires religieuses, l’Etat n’ayant pour devoir que de protéger la liberté de religion et d’opinion des citoyens. (apic/com/tb/job/be)

7 novembre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
Partagez!