Orthodoxie: des décennies de retard à rattraper
En marge du voyage du pape en Géorgie: le prieur de Bose (Italie) invite à la patience
Rome, 14 novembre 1999 (APIC) Enzo Bianchi, prieur de la communauté oecuménique de Bose (Italie), expert des relations avec le monde oriental, comprend que les orthodoxes aient réagi durement à la première visite du pape dans un pays de l’ancienne URSS. Jean Paul II, dit-il, voit Moscou comme un objectif qui lui est encore refusé, avec le même regard que les patriarches voyaient la terre que Dieu leur indiquait, toujours un peu plus loin.
«Nous devons nous rendre compte, explique le Père Enzo Bianchi, que les conditions nécessaires pour qu’un dialogue puisse avoir lieu avec les Eglises orthodoxes ne sont pas encore réunies. Elles souffrent à cause du passé. C’est une souffrance qui n’a pas encore disparu. Les orthodoxes ont été opprimés à l’est (par les ottomans, l’islam et les mongols) et à l’ouest par l’occident catholique et protestant. Ce souvenir est encore très présent dans leurs mémoires. Et puis il y a la question des uniates. C’est un problème qui n’existe pas en Géorgie, mais là-bas, on lit les événements de la même manière».
«Le monde orthodoxe s’en tient à une psychologie défensive qui ne fait pas de prosélytes. Face à cela il y a notre certitude d’universalité qui court parfois le risque de ne pas être bien comprise», note encore le prieur de Bose. Selon lui, il ne s’agit pas seulement de cultures différentes, mais aussi d’histoire non assimilée. Quand on leur parle d’»évangélisation», les orthodoxes entendent «conquête».
Comment les rassurer? «Les orthodoxes ne différencient pas bien ce qui vient d’Occident. Pour eux, l’oecuménisme est quelque chose que le régime avait promu. Le Soviet demandait de le faire au nom de l’idéologie. Ils se méfient. Et ensuite ils voient les maux de la civilisation occidentale».
Et pourtant, en mai dernier, en Roumanie, les choses se sont bien passées. «C’est vrai, reconnaît le Père Enzo Bianchi. Mais la Roumanie est latine de par sa langue et sa culture. Elle a toujours senti l’exigence d’une espèce de libération de l’Eglise slave. Ce n’est pas le cas en Géorgie, dont l’Eglise orthodoxe est la seule à avoir quitté le Conseil Oecuménique des Eglises en claquant la porte, car elle craint cet oecuménisme de «conquête», et son Synode a d’ailleurs fait savoir qu’il n’était pas satisfait de cette visite du pape en Roumanie».
Quelle part de responsabilité Moscou a-t-il dans la position des orthodoxes géorgiens? «Avant le voyage, relève le Père Bianchi, le patriarcat de Moscou avait fait une déclaration très dure: «Vous êtes en train de détruire le front uni de l’orthodoxie qui demande la fin du prosélytisme romain». Une réaction plus humaine qu’évangélique, note le Père Bianchi. Mais ils ne vivent pas à notre époque: «Ils doivent rattraper des décennies de retard. Et pour eux, l’universalité n’a pas la valeur qu’elle a pour nous». (apic/zn/pr)




