Suisse: 30e anniversaire de la Commission nationale «Justice et Paix»
L’ONU, les droits de l’homme et la Suisse
Villars-sur-Glâne,
(APIC) Pour marquer son 30e anniversaire la Commission nationale «Justice et Paix» a préféré une ambiance studieuse à la fête et aux discours. Une cinquantaine de personnes, dont Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Peter Henrici, évêque auxiliaire à Zurich, ainsi que le Père Trauffer, secrétaire de la CES, ont participé vendredi à Villars-sur-Glâne à une journée sur l’ONU, les droits de l’homme et la Suisse. Fidèle à ses objectifs, la commission consultative de la Conférence des évêques suisses (CES) entend bien relancer le débat sur l’adhésion de la Suisse aux Nations Unies.
Il ne s’est trouvé personne à Villars-sur-Glâne pour remettre en cause l’idée d’une adhésion la plus rapide possible de la Suisse à l’ONU, tant cette démarche notamment dans la perspective des droits de l’homme paraît utile et nécessaire. Pour mieux connaître l’apport de l’ONU dans le domaine des droits de l’homme, Justice et Paix avait invité plusieurs des acteurs de cette politique. Soussan Raadi, collaboratrice du Haut Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU a expliqué comment l’organisation, à partir de la déclaration de 1948, a développé tout un arsenal d’accords et de traités pour faire progresser la cause des droits de l’homme.
A priori ces normes peuvent sembler bien inutiles puisqu’elles ne sont pour la plupart pas contraignantes pour les Etats. Elles servent néanmoins aujourd’hui de cadre de référence et exercent une influence morale, politique et juridique. De nombreuses législations étatiques s’en inspirent. Aujourd’hui on compte plus d’une soixantaine de déclarations touchant des questions comme la torture, les droits de l’enfant, la discrimination raciale, le droit des peuples indigènes ou encore les travailleurs migrants.
Six comités formés d’experts indépendants s’efforcent de contrôler les progrès dans les divers domaines. Il s’agit certes de dénoncer les abus, mais il faut aussi identifier les bons exemples et développer de nouvelles normes comme l’âge de recrutement dans les armées. Face aux trop nombreuses violations de droits de l’homme, les défis restent impressionnants et la confrontation des normes avec la réalité peut apparaître comme un échec, admet Soussan Raadi. Le bilan reste néanmoins important au niveau du droit positif. L’ONU est en outre le seul organisme international dont la légitimité quasi universelle permette la mise sur pied d’un partenariat actif.
A court terme, le résultat est frustrant, mais à long terme la promotion et l’éducation aux Droits de l’homme finiront par porter des fruits, estime Soussan Raadi qui affiche un optimisme prudent et patient.
L’impunité reste le principal problème
Pour une action cohérente et crédible
Jean-Daniel Vigny, chef de la section de la politique des droits de l’homme du Département fédéral des Affaires étrangères, relève la position très inconfortable de la Suisse. Comme observatrice au sein de la Commission des droits de l’homme, elle peut participer à l’élaboration des résolutions et les soutenir, mais n’a pas le droit de participer au vote. Après pas mal d’atermoiements et de lenteur, la Suisse a finalement ratifié l’ensemble des conventions sur les droits de la personne. La dernière en date sur les droits de l’enfant. Depuis quelques années, la Suisse déploie en outre un effort considérable pour la formation et le financement de corps d’inspecteurs des droits de l’homme qui ont déjà fonctionné notamment au Kosovo. L’appartenance à l’ONU permettrait une action plus efficace, plus cohérente et plus crédible.
Au regard du résultat très négatif de la votation de 1986 sur l’adhésion de la Suisse à l’ONU, l’affaire est cependant loin d’être dans la poche, estime Justice et Paix. Ce d’autant plus qu’un certaine droite nationaliste et réactionnaire ne manque pas de faire son beurre de son opposition au «machin». Trois ateliers se sont penchés dans l’après-midi sur les moyens de faire reconnaître à la population le bien fondé de l’adhésion à l’ONU. Mission impossible ? Justice et Paix s’engage dans un nouveau combat. En trente ans, la Commission épiscopale en a connu bien d’autres. (apic/mp)




