Le scandale des divisions entre chrétiens dans les pays de l’Est

Synode des Evêques: Témoignages des évêques de l’Est appréciés et écoutés

Rome, 13 octobre 1999 (APIC) Les interventions des évêques de l’Est sont appréciées au Synode qui se tient à Rome. Leurs confrères de l’Ouest estiment qu’ils apportent beaucoup. Ils ont beaucoup à dire et leurs témoignages dans les carrefours sont écoutés, entend-on dans les coulisses de l’Assemblée. Les évêques de l’Est se disent également soucieux des divisions entre chrétiens et orthodoxes, mais conscients des «difficultés en vue de l’unité des catholiques et des orthodoxes».

«Les évêques de l’Est ont beaucoup de choses à dire, et leurs témoignages sont saisissants, en particulier dans les carrefours». C’est le style de réflexions que l’on entend fréquemment ces jours-ci de la part des évêques réunis du 1er au 23 octobre 1999 au Vatican pour le synode pour l’Europe, Les évêques travaillent actuellement en petits groupes pour élaborer des propositions concrètes qui seront ensuite remises à Jean Paul II.

«Déjà au cours des congrégations générales, les interventions les plus applaudies étaient celles des évêques d’Europe de l’Est», confirme le Père Stanislas Lalanne, porte-parole de la Conférence épiscopale de France, qui assiste aux travaux. Parmi ces interventions, celle du cardinal Jan Chryzostom Korec, évêque de Nitra en Slovaquie, a beaucoup marqué ses auditeurs. «En tant qu’évêque clandestin durant une persécution qui a duré quarante ans, j’ai ordonné clandestinement près de cent vingt prêtres» a-t-il en effet raconté. «Au temps de la persécution, il était clair pour nous, et c’était une force, que l’Eglise était construite sur les apôtres, qui ont leurs successeurs dans les évêques». Le cardinal a également insisté sur la nécessité de «l’humilité» et du «sens du sacrifice» pour vivre une «vraie vie chrétienne». «Sans le sens du sacrifice», s’est-il exclamé, «comment serait-il possible de vivre pour la foi dix ou vingt ans en prison, comme nous y avons été contraints sous la persécution communiste athée?»

Ne pas oublier la peur…

Autre intervention: celle du cardinal Kazimierz Swiatek, archevêque de Minsk-Mohilev en Biélorussie. «Les chemins mystérieux de la Providence divine ont voulu que mes 60 ans de sacerdoce se déroulent sous le régime soviétique athée et matérialiste», a-t-il témoigné. «J’ai continuellement subi les effets du système communiste, et j’ai notamment passé deux mois dans la cellule de la mort et dix ans dans les camps de concentration communistes». «L’espérance dans l’Evangile a une garantie telle qu’elle ne s’épuise jamais» a alors assuré le cardinal Swiatek. «Après la chute du système totalitaire, j’ai connu la liberté religieuse qui a suivi et un élan de foi a commencé à se répandre». Aujourd’hui, a-t-il conclu, «la renaissance de l’Eglise est considérée comme une force puissante pour la renaissance spirituelle de la nation».

«Nous ne pouvons pas oublier la peur, la frustration et les persécutions d’avant», a pour sa part déclaré Mgr Petru Gherghel, évêque de Iasi en Roumanie. Qui a fait remarquer que «le temps où beaucoup de Roumains souffraient à cause de leur foi n’est pas si éloigné». «Ce qui se passe aujourd’hui dans la vie de l’Eglise était impensable il y a seulement quelques années», a-t-il affirmé, en citant les séminaires et les maisons religieuses ouvertes à tous, des écoles, des instituts et des facultés de théologie pour les laïcs, des moyens de communication d’inspiration religieuse, ainsi que la visite du pape.

Espoir déçu après le déclin du communisme

«Après le déclin du communisme, dans l’euphorie de la libération, la société toute entière s’attendait à l’avènement du paradis terrestre promis par l’idéologie marxiste», a souligné de son côté Mgr Istvan Seregély, archevêque d’Eger en Hongrie. «Cette attente s’est naturellement révélée vaine, et l’Eglise, avec sa minorité engagée, est restée seule encore une fois», a-t-il ajouté, en expliquant que «bien que la loi ait pleinement garanti la liberté religieuse, il faudra attendre encore longtemps avant que l’on obtienne un renouveau dans une société opprimée par de fausses connaissances religieuses». Pour l’archevêque hongrois, il faut aujourd’hui que «la liturgie soit de nouveau considérée comme la tâche première en vue de la nouvelle évangélisation tant souhaitée», parce que «l’Eglise est un organisme communautaire, non pas seulement d’hommes, mais bien plutôt une communauté avec Dieu».

Le cardinal Laszlo Paskai, archevêque de Esztergom-Budapest, a simplement constaté que la démocratie a succédé depuis 10 ans à la dictature. Les Hongrois «ne sont plus des spectateurs passifs des événements comme c’était le cas sous la dictature, mais des constructeurs actifs de toute la société». Il faut donc, a-t-il dit, «que les citoyens et en particulier les fidèles de l’Eglise jouent un rôle actif dans l’édification de la société». Le cardinal a insisté sur la nécessité, de ce fait, «d’inscrire parmi les priorités la responsabilité des fidèles dans la connaissance des orientations des divers partis, et en même temps, dans la participation au vote». Il faut aussi «une catéchèse continue des adultes parce qu’il y a des fidèles qui connaissent peu la doctrine de l’Eglise».

Pour Mgr Antons Justs, évêque de Jelgava, en Lettonie, «l’Europe de l’Est a reconquis sa liberté et est en train de l’exercer». «Cependant nous ne pouvons pas établir de combien d’années nous avons encore besoin pour rejoindre un tel objectif «, a-t-il souligné, et «il serait injuste de demander à un garçon de neuf ans de se comporter comme s’il en avait dix-huit». «Chacun de nos pays de l’Est a son histoire, sa culture et sa situation économique», a poursuivi l’évêque letton. «Quand je suis dans mon pays, la Lettonie, où il y a beaucoup de non-croyants, je me sens découragé, mais quand je suis avec les croyants qui prient, je prends courage et je me convaincs que la mission du Seigneur peut être accomplie».

«Un tournant peut-être se prépare», a assuré pour sa part Mgr Franc Rodé, archevêque de Ljubljana, en Slovénie. «L’écroulement du communisme en 1989 a une immense signification spirituelle», a-t-il expliqué. «Il nous offre la preuve pour ainsi dire empirique de la non-viabilité d’une société sans transcendance», et «ces faits et tant d’autres sont des signes d’espérance que Dieu nous donne».

Catholiques et orthodoxes: encore et toujours beaucoup de nuages

De son côté, l’évêque ukrainien, Mgr Sofron Mudry, évêque de Ivano-Frankivsk, qui représentait le Synode de l’Eglise ukrainienne de rite byzantin, a insisté sur le dialogue. «Les catholiques des deux rites, romain et byzantin, doivent unir leurs forces pour un dialogue œcuménique avec nos frères orthodoxes», a encore affirmé l’évêque ukrainien, avant de lancer un appel aux chrétiens d’Europe pour qu’ils «renforcent le soutien moral et l’aide matérielle à l’Eglise chrétienne en Ukraine».

Beaucoup d’évêques de l’Est ont parlé de la nécessité et en même temps des difficultés des efforts à accomplir en vue de l’unité des catholiques et des orthodoxes. Mgr Petru Gherghel, évêque de Iasi en Roumanie, a insisté sur «le scandale des divisions entre chrétiens», en citant une le Métropolite orthodoxe roumain de Timisoara, Mgr Nicolae Corneanu, selon lequel «sans l’unité entre les Eglises, l’unité économique ou politique de l’Europe sera très fragile.».

«Ce qui a principalement accablé l’Eglise catholique d’Ukraine au cours des siècles, c’est la division entre chrétiens, catholiques et orthodoxes», a enfin fait remarquer Mgr Lubomyr Husar, évêque auxiliaire avec facultés spéciales de l’archevêché majeur de Lviv des Ukrainiens. «Chaque jour on se rend compte que les éléments qui nous unissent sont bien plus nombreux que ceux qui nous séparent», a renchéri Mgr Christo Proykov, exarque apostolique pour les catholiques de rite byzantin-slave résidents en Bulgarie. «La racine de notre foi est la même», a-t-il conclu, et c’est «la racine qui se trouve à la base de notre histoire européenne». (apic/imed/tg/pr)

13 octobre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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