Vatican-Israël: L’autorisation de la «mosquée de la discorde» à Nazareth crée une crise
Répercussions négatives sur la visite de Jean Paul II
Rome/Jérusalem, 14 octobre 1999 (APIC) C’est à nouveau la crise entre le Vatican et Israël à cause de l’autorisation de construction de la «mosquée de la discorde» à Nazareth. Les autorités israéliennes ont annoncé jeudi l’évacuation pour le 8 novembre de la tente de protestation près de la Basilique de l’Annonciation et la pose à la même date de la première pierre de la nouvelle mosquée. Le Vatican a laissé entendre le même jour que l’érection de la mosquée pourrait avoir des répercussions négatives sur la visite du pape en Terre Sainte prévue en mars prochain.
La tente de protestation installée depuis la fin 1997 tout près de la Basilique de l’Annonciation de Nazareth et qui sert de mosquée de fortune sera évacuée le mois prochain, a fait savoir jeudi le Ministre israélien de la Sécurité Intérieure Shlomo Ben Ami. A sa place, une vraie mosquée sera érigée sur environ un tiers des 2’000 m2 du square convoité par les islamistes de Nazareth, tandis que le reste sera mis à disposition pour une place d’accueil des pèlerins chrétiens attendus en masse pour le Grand Jubilé de l’an 2000.
Ni les musulmans ni les chrétiens ne se sont déclarés satisfaits à l’annonce du compromis gouvernemental, les chrétiens accusant les autorités israéliennes d’avoir cédé au chantage de la violence des fondamentalistes islamiques. Un tribunal de district vient pourtant de déclarer propriété de l’Etat le terrain occupé par les militants islamistes, contrairement à leurs revendications. Pour ces derniers, il s’agissait d’un terrain appartenant au «waqf», l’administration des biens religieux musulmans.
Le gouvernement israélien accusé d’avoir cédé au Vatican
Les islamistes affirment ne pas vouloir évacuer le terrain avant le commencement de la construction, «parce que nous ne croyons pas aux promesses officielles», a lancé Ahmed Zouabi, membre du Mouvement islamique, le parti majoritaire au Conseil municipal de Nazareth. Zouabi, leader des squatters qui occupent le square depuis deux ans, s’en est pris violemment au gouvernement israélien, l’accusant d’avoir cédé aux pressions du Vatican.
Quant aux responsables chrétiens, ils sont plus décidés que jamais à s’opposer aux propositions gouvernementales, qu’ils considèrent comme la récompense de l’action violente et illégale menée par les islamistes. A Nazareth, la plus grande ville arabe d’Israël, avec ses 65’000 habitants, les chrétiens ont depuis longtemps perdu la majorité, et le gouvernement israélien cherche à donner des gages au mouvement islamique qui se développe dans les rangs du million d’Arabes israéliens, majoritairement musulmans.
Pour le Saint-Siège, l’autorisation de la mosquée à côté de la Basilique de l’Annonciation pourrait y empêcher une visite éventuelle de Jean Paul II l’an prochain. Le Saint-Siège s’est déclaré jeudi «préoccupé» par l’autorisation annoncée le 13 octobre 1999 par l’administration israélienne. Le porte-parole du Saint-Siège a déclaré le 14 octobre qu’»une telle situation n’aide pas dans la préparation d’un éventuel pèlerinage du Saint-Père à ce célèbre sanctuaire».
Le pape solidaire des chrétiens de Nazareth
«La décision d’autoriser la construction d’une mosquée à quelques mètres de distance de la Basilique historique de l’Annonciation à Nazareth préoccupe autant la Secrétairerie d’Etat que l’Eglise catholique en Terre Sainte», a affirmé Joaquin Navarro-Valls, en soulignant que la position du Saint-Siège rejoint celle du patriarche latin de Jérusalem, Mgr Michel Sabbah, et de «tous les chefs des Eglises chrétiennes». «Le pape Jean Paul II est solidaire avec tous et particulièrement proche des chrétiens de Nazareth», a ajouté le porte-parole.
Le Saint-Siège » espère que les autorités gouvernementales israéliennes, compte tenu de la valeur que revêt la ville de Nazareth pour la chrétienté toute entière, sauront assurer le respect du sanctuaire chrétien et son accès libre et pacifique aux pèlerins «, a-t-il poursuivi. Et de souligner qu’en se rendant à Nazareth, «le pape devrait pouvoir trouver une ville qui soit un symbole de la vie commune pacifique entre chrétiens et musulmans, traditionnelle et séculaire, et un stimulant pour la paix de laquelle la Terre Sainte a tant besoin».
Pour tenter d’éviter des dégâts supplémentaires dans les relations vaticano-israéliennes et une explosion de colère chez les chrétiens de Terre Sainte, qui menacent de fermer les lieux saints pour Noël – ce qui serait très mauvais pour l’image internationale d’Israël, qui a très mal géré ce dossier – les travaux de construction de la mosquée ne devraient débuter qu’après les festivités de Nazareth 2000, et la visite du pape. Si elle a vraiment lieu… (apic/imed/jpost/be)




