New York: La visite de Jean Paul II en Irak inquiète le Congrès juif mondial

Le patriarche Bidawid: «le pape viendra en pèlerin»

New York/Paris, 3 septembre 1999 (APIC) La probable visite pastorale de Jean Paul II en Irak en décembre prochain sur les pas d’Abraham ne réjouit pas vraiment le Congrès juif mondial (CJM) à New York. En syntonie avec l’administration américaine qui cherche à politiser l’événement, le CJM s’est déclaré «très inquiet» par la bouche de son directeur exécutif Elan Steinberg, la rencontre avec Saddam Hussein étant pour lui «en violation des sanctions de l’ONU».

Dans une interview publiée vendredi par le quotidien «La Croix» à Paris, le patriarche Raphaël Ier Bidawid rappelle que cette visite est «un acte de foi», «un pèlerinage tout à fait religieux auquel, malheureusement, les Américains ont voulu donner un sens politique».

Malgré les remous médiatiques et les craintes américaines que cette visite ne sorte le chef de l’Etat irakien de son isolement international, le pape se rendra bel et bien en Irak en décembre prochain 1999. Sa Béatitude Raphaël Ier Bidawid le confirme dans une interview que publie «La Croix» dans son édition du 3 septembre. «Ce n’est plus qu’une question de semaines, voire de jours «, déclare-t-il.

Le patriarche de Babylone des Chaldéens, chef d’une Eglise orientale unie à Rome qui a son siège à Bagdad (avec plus de 200’000 fidèles, elle est la plus importante communauté chrétienne du pays), attribue la lenteur mise par le Saint-Siège a annoncer la visite au fait que les pourparlers en cours avec l’Irak n’ont pas encore abouti. «Mais ce n’est plus qu’une question de semaines, voire de jours, assure-t-il. Il y aura certainement une déclaration des deux côtés la semaine prochaine.» Quant à la date, il pense que la visite sera réalisée «avant Noël, puis qu’elle doit précéder le Grand Jubilé.»

Mgr Bidawid met l’accent sur le sens de cette visite: «Pour le pape, c’est un acte de foi. Il veut visiter la maison d’Abraham, le père des croyants. Les trois religions monothéistes considèrent Abraham comme leur Père dans la foi. Pour le pape, la foi d’Abraham représente un lien d’unité qui pourrait réunir, pacifier les fidèles des trois grandes religions. C’est une grande mission qu’il s’est donnée pour ce pèlerinage. «

Le chef de l’Eglise chaldéenne insiste: il s’agit donc bien d’un «pèlerinage tout à fait religieux auquel, malheureusement, les Américains ont voulu donner un sens politique. Le pape a été très clair, dit-il, et il a même tenu à rassurer les Américains et les Israéliens, en disant que cette visite n’avait rien de politique.»

Le pape ne cédera pas aux pressions américaines

Interrogé sur une possible récupération politique du voyage par le régime de Saddam Hussein, le chef de l’Eglise chaldéenne Bidawid relève que le président irakien accueillera sans doute Jean Paul II, comme il se doit de le faire. «Mais le pape ne vient pas pour défendre ou approuver le régime de Saddam Hussein. Dans ce voyage, il ne se mêle pas de politique. S’il a un mot à dire sur le problème de la guerre et de l’embargo, il l’a déjà dit autrefois. Il vient en pèlerin faire un acte de foi. Est-ce qu’il doit renoncer à un pèlerinage parce que les Américains ne sont pas contents ? C’est stupide. Le pape n’est pas un sujet américain, c’est son affaire; c’est un chef d’Etat, qui a considéré tous ces problèmes avant de prendre sa décision, et il ne cédera pas non plus aux pressions.»

D’autant plus que, selon le patriarche de Bagdad, les Irakiens attendent la visite de Jean Paul II avec impatience, car la venue du pape leur redonnera du courage et de l’endurance «dans cette épreuve tellement difficile de l’embargo, qui est devenu inhumain et immoral». Certes, on en attend une bénédiction pour le peuple irakien, et peut-être la levée de l’embargo, mais «le caractère de la visite doit être clarifié pour que les gens ne soient pas déçus dans leurs attentes.» En effet, le pape ne peut pas changer la situation générale, insiste Raphaël Ier Bidawid, mais il devrait tout de même faire allusion à l’embargo, mais il le fera cette fois-ci de la maison d’Abraham.» (apic/com/cx/jr/be)

30 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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