Immense Intérêt, mais interrogations aussi
Rome: Réactions à la demande de pardon lancée par le pape
Rome, 6 septembre 1999 (APIC) L’appel du pape Jean Paul II à faire un sérieux examen de conscience et à la demande de pardon lancé à l’Eglise au cours de l’audience générale du 1er septembre n’est pas passé inaperçu. Il a suscité un grand intérêt, y compris dans les milieux non catholiques.
Franco Cardini, professeur d’histoire médiévale à l’Université de Florence, qui n’a jamais été très enthousiaste devant les demandes de pardon lancées par le pape, déclare au quotidien italien «Corriere della Sera» qu’une «demande de pardon aussi solennelle est un signe fort, au niveau éthique et symbolique. Le Jubilé, dit-il, a toujours été une occasion de rémission réciproque des fautes: même s’il est unilatéral, ce geste contient de manière implicite un défi, une demande de réciprocité.
Mais, relève cependant l’historien, «tout cela est très beau mais c’est aussi ambigu. A qui l’Eglise catholique adresse-t-elle ce geste. La Reine d’Angleterre est-elle prête à demander pardon pour ce que les anglais ont fait aux irlandais au cours des deux derniers siècles? Et la République française, héritière de la Révolution, quand demandera-t-elle pardon pour les massacres du règne de la terreur et les rapines napoléoniennes? Et les gouvernements laïcs allant du gouvernement italien au gouvernement mexicain, sont-ils prêts à demander pardon pour avoir confisqué les biens de l’Eglise? Et pour terminer, alors que nous demandons pardon pour les croisades, quelle autorité théologique-juridique islamique est disposée à se repentir pour le «djihad» déclenché à partir du VIIe siècle contre les communautés chrétiennes d’Orient, ou pour les invasions en Méditerranée?»
Dans une interview accordée au quotidien italien «Avvenire», Elio Guerriero, historien de la théologie et directeur de la revue «Communio» explique pour sa part que «dans la purification de la mémoire de l’Eglise, il faut surtout tenir compte de l’aspect théologique». «La communauté reconnaît son propre péché et demande pardon pour elle-même et aussi pour le péché du monde».
Communion dans le péché
«J’ai l’impression que Jean Paul II est comme le bouc émissaire qui se charge des péchés de ses fils mais aussi de ceux de tous les pécheurs», explique Guerriero. «C’est quelque chose d’extraordinaire: la communion des saints implique aussi une communion dans le péché pour pouvoir l’expier. Je suis particulièrement impressionné de voir avec quelle insistance il appelle les frères séparés, à la réconciliation. Ce sont précisément les saints qui voient le péché et qui reçoivent ce désir de purification. J’ai l’impression que le pape Jean Paul II est en train de parcourir lui-même le voyage intérieur de Paul de Tarse et de Catherine de Sienne qui consiste presque à ’exagérer’ nos responsabilités pour pouvoir retrouver l’unité dans l’amour. La vérité historique est ainsi atteinte. Jean Paul II a une vision théologique qui implique une authentique effusion de générosité, car ce qui importe réellement c’est l’unité dans l’amour».
Répondant aux critiques faites même par des hommes d’Eglise, après la décision du pape de demander pardon, le professeur Guerriero considère enfin que «demander pardon n’est pas une fin en soi». L’Eglise, dit-il, ne se réfugie pas dans une sorte de masochisme, elle croit que la demande de pardon sera accueillie… (apic/zenit/pr)




