Le pape appelle à dépasser les nationalismes aveugles

Slovénie: 88ème voyage de Jean Paul II hors d’Italie

De notre envoyée spéciale Caroline Boüan

Maribor, 19 septembre 1999 (APIC) En béatifiant dimanche à Maribor, Mgr Anton Martin Slomsek (1800-1862) considéré comme un des pères de la nation slovène, le pape Jean Paul II a invité à un «patriotisme authentique» pour construire la paix dans les Balkans et en Europe. Au cours de son 88e voyage hors d’Italie, qui n’aura duré qu’une dizaine d’heures, Jean Paul II a mis l’accent sur la collaboration entre les peuples au delà des nationalismes aveugles.

Un «bon Samaritain du peuple slovène» et un «modèle d’authentique patriotisme». C’est ainsi que Jean Paul II a décrit Mgr Anton Martin Slomsek (1800-1862), l’évêque slovène qu’il a béatifié le 19 septembre à Maribor, capitale économique et culturelle de la Slovénie, au nord-est du pays, à quelques kilomètres de l’Autriche.

Arrivé de Rome vers 10 heures du matin, Jean Paul II s’est aussitôt rendu en papamobile sur un vaste espace entouré de champs et d’arbres, situé au pied des Alpes, à l’entrée de Maribor. Près de 140’000 personnes étaient rassemblées pour cette cérémonie, soit à peu près l’équivalent de la population de Maribor, la deuxième ville de la Slovénie, qui compte moins de 2 millions d’habitants.

Entouré des huit évêques slovènes, et d’une cinquantaine d’évêques d’autres pays invités pour l’occasion, le pape a prononcé la formule de béatification au début de la cérémonie, alors que la brume du matin laissait place au soleil, et dégageait les collines boisées entourant le site. Une chorale de plusieurs centaines de chanteurs a accompagné l’ensemble de la célébration. Les Slovènes renommés pour leur attachement aux chants polyphoniques ont été fidèles à leur réputation en interprétant une messe composée pour l’occasion sur des mélodies slaves, tandis que trois grosses cloches se faisaient entendre aux différentes étapes de la cérémonie, actionnées par des Slovènes vêtus de costumes traditionnels.

Un modèle d’authentique patriotisme

Centrant son homélie sur la figure de ce premier bienheureux de la Slovénie, resté célèbre pour ses efforts en faveur de l’éducation de la population slovène dans sa langue maternelle, et de la promotion de sa nation au sein de l’empire austro-hongrois, Jean Paul II a proposé Mgr Slomsek aux Slovènes comme un «modèle d’authentique patriotisme».

Pour le pape, Mgr Slomsek n’a jamais cédé à un «nationalisme myope» ou à une «opposition égoïste» aux aspirations des peuples voisins. «Ses initiatives ont influencé de manière déterminante l’avenir de votre peuple et ont donné une contribution importante à l’obtention de votre indépendance», a affirmé le pape aux Slovènes. Jean Paul II n’a pas manqué d’évoquer évoqué les luttes, les violences, les «féroces nettoyages ethniques» et les «guerres entre peuples et cultures» qui ont marqué la région des Balkans ces dernières années. Face à cela, «je voudrais indiquer à tous le témoignage du nouveau bienheureux. Il montre qu’il est possible d’être de sincères patriotes», a précisé le pape, «et avec la même sincérité, de vivre ensemble et de collaborer avec des personnes d’autres nationalités, d’autres cultures et d’autres religions».

Jean Paul II a exprimé le souhait que la solidarité et une paix authentique puissent naître dans les Balkans grâce à l’exemple de l’évêque slovène. En s’adressant à des pèlerins venus de Croatie voisine à la fin de la messe, il devait illustrer cette nécessité en rappelant les «victimes innocentes des guerres et des régimes totalitaires», et de manière particulière, celles «qui ont été entassées dans les fosses communes découvertes récemment près de Maribor». Il s’agirait, d’après les explications de Slovènes, de victimes du régime communisme tuées après la seconde guerre mondiale.

Construire une Europe attentive à ses racines chrétiennes

Elargissant son propos à l’ensemble de l’Europe, le pape a invité les fidèles – les Slovènes, mais aussi les Croates, les Autrichiens, les Hongrois et les Italiens venus pour l’occasion – à être des «constructeurs de paix» à l’intérieur de l’Europe. Le processus d’unification dans lequel le continent est engagé, a insisté Jean-Paul II, «ne peut pas se baser seulement sur des intérêts économiques». Pour le pape, il s’agit de s’inspirer des valeurs chrétiennes qui sont à l’origine de l’Europe, pour que celle-ci soit véritablement «attentive à l’homme et au plein respect de ses droits».

Jean Paul II en a profité pour faire allusion au prochain Synode des évêques pour l’Europe, qui doit se tenir au Vatican du 1er au 23 octobre 1999. «C’est une occasion importante pour approfondir la mission particulière des peuples européens dans le contexte des relations mondiales».

Enfin, abordant un autre aspect de la vie du nouveau bienheureux, Jean Paul II, qui semblait s’exprimer aisément en slovène, a insisté sur le souci de l’unité des chrétiens. Mgr Slomsek était profondément ouvert à l’oecuménisme, a-t-il souligné, et fut l’un des premiers en Europe centrale à s’engager pour l’unité.

Rencontre avec le Synode national de Slovénie

Dans l’après-midi, après avoir déjeuné à l’évêché de Maribor, le pape devait rejoindre la cathédrale de Maribor, pour y rencontrer 300 délégués du Synode national de l’Eglise slovène, ouvert au mois de mai 1997, et dont la première assemblée se tiendra au début du mois de novembre prochain. Après s’être recueilli devant la tombe de Mgr Slomsek, dans l’une des chapelles de cet édifice roman du XIIème siècle, Jean Paul II a parlé du Synode comme une «occasion historique» pour l’Eglise en Slovénie de préparer un projet pastoral répondant aux exigences de la nouvelle situation sociale du pays. Le pape a insisté dans ce cadre sur l’»égalité de dignité» entre tous les membres de l’Eglise, dont il a invité à approfondir le sens, tout en tenant compte de la «diversité des ministères» de chaque chrétien.

Rapports difficiles entre l’Eglise et l’Etat

S’adressant en particulier aux laïcs, Jean Paul II a en outre fait allusion aux projets de concordat actuellement en cours d’élaboration entre l’Eglise et l’Etat slovène, qui devrait permettre la reconnaissance du statut juridique de l’Eglise slovène. Deux problèmes principaux se trouvent au centre des négociations : l’enseignement de la religion dans les écoles publiques et la restitution des biens confisqués par le régime communiste.

Le président de la Conférence des évêques de Slovénie, Mgr Franc Rodé. archevêque de Ljubljana, a d’ailleurs profité de la venue du pape pour jeter un pavé dans la mare. Répondant aux questions de «L’Osservatore Romano», il a souligné que 82% des fonctionnaires d’Etat étaient des membres de l’ancienne nomenklatura communiste. Les personnes au pouvoir sont donc toujours les mêmes, ce qui explique à ses yeux l’apathie politique du peuple slovène. Les fonctionnaires ont remplacé le «c» de communiste par le «c» de capitaliste. Les médias sont encore aux mains de cet appareil et les attaques contre l’Eglise à la télévision, à la radio et dans les journaux ont atteint une intensité telle qu’elle n’existait plus à la fin de l’époque communiste, a-t-il dénoncé.

Avant de quitter la Slovénie, Jean Paul II a encore eu dans les bâtiments de l’aéroport un entretien politique avec le président de la République Milan Kucan.

A son retour à Rome, après ce 88ème voyage international, Jean Paul II avait donc proclamé le 932ème bienheureux depuis le début de son pontificat. (apic/imed/mp)

19 septembre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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