Avortement: le Vatican n’accepte pas la solution allemande
Allemagne: Mgr Karl Lehmann réélu au 1er tour président de la Conférence épiscopale
Fulda, 21 septembre 1999 (APIC) Mgr Karl Lehmann a été brillamment confirmé mardi à la tête de l’épiscopat allemand. Malgré la campagne hostile des milieux conservateurs, l’évêque de Mayence a obtenu l’appui de plus des deux tiers des quelque 70 évêques qui ont pris part au vote. Cette réélection survient en plein conflit sur la présence des catholiques dans les Centres de consultation en cas de grossesses non désirées, le Vatican venant en effet de rejeter le compromis adopté par les évêques allemands en juin dernier.
Mgr Lehmann a obtenu la majorité nécessaire au premier tour déjà. Il s’est réjoui de cette rapide élection justement après «les difficultés et les attaques» de ces dernières semaines. Sur l’une des pancartes déployées par les militants «pro life» accueillant les évêques à leur arrivée à Fulda, on a même pu lire «Douze ans Lehmann, c’est assez!».
Président de la Conférence épiscopale allemande depuis 1987, l’évêque de Mayence a pourtant été très bien réélu par l’assemblée plénière d’automne qui a ouvert ses travaux lundi à Fulda. L’assemblée a encore élu comme nouveau vice-président Mgr Heinrich Mussinghof, évêque d’Aix-la-Chapelle. Il succède à l’évêque de Fribourg-en-Brisgau, Mgr Oskar Saier, qui s’est retiré pour raisons de santé.
La réélection de Mgr Lehmann, une personnalité modérée et ouverte au dialogue mise en cause par la tendance la plus conservatrice de l’Eglise allemande, revêt une signification particulière alors que le débat sur les Centres catholiques de conseil pré-avortement divise les catholiques allemands. Le Vatican vient en effet de rejeter la solution adoptée à l’unanimité (moins Mgr Johannes Dyba, évêque de Fulda, qui s’était abstenu) des évêques allemands le 22 juin dernier.
Le Vatican ne voit pas comment l’Eglise allemande peut, dans la situation actuelle, rester dans le dispositif légal des Centres de consultation qui permet la dépénalisation de l’avortement. Il s’agit pour Rome d’une question de cohérence et de crédibilité, alors que les évêques allemands estiment dans leur grande majorité que la présence catholique dans les Centres de consultation, permet de «limiter les dégâts» et de sauver des vies.
Sur la demande du pape Jean Paul II, les 264 Centres catholiques de consultation (sur 1’700) qui fonctionnent dans le cadre étatique, avaient ajouté sur l’attestation requise une mention précisant que ce document ne pouvait en aucun cas servir à pratiquer un avortement. Un tel certificat, confirmant qu’un entretien d’aide a eu lieu, est exigé par la législation allemande pour un avortement dépénalisé.
Mardi, le quotidien allemand «Frankfurter Allgemeine Zeitung» a publié la lettre de Rome signée des cardinaux Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican. Cette lettre contient les «directives» données mercredi 15 septembre à Rome aux trois cardinaux allemands – Mgr Joachim Meisner (Cologne), Mgr Georg Maximilian Sterzinsky (Berlin) et Friedrich Wetter (Munich) – accompagnés de Mgr Lehmann.
La crédibilité de l’Eglise est en jeu
Lors de cette «rencontre au sommet» à la résidence d’été du pape à Castel Gandolfo, la délégation allemande a déjà pris connaissance des objections vaticanes à la «solution allemande». En substance, le fait que les «Länder» allemands continuent à considérer – malgré l’adjonction exigée par le pape – les certificats délivrés par les Centres de consultation catholiques comme acceptables pour dépénaliser l’interruption de grossesse conformément à la loi, «ne correspond pas à l’intention du Saint Père».
«Si le certificat continuait à servir pour accéder à un avortement, le reproche soulevé par de nombreuses personnes ces dernières semaines selon lequel l’Eglise fait une déclaration purement théorique sans réelles conséquences, serait alors justifié», rappelle la missive romaine. Et la lettre de souligner que le pape Jean Paul II a particulièrement à cœur que l’Eglise donne un exemple de grande transparence et fasse tout pour éviter ce qui pourrait être interprété comme une position ambiguë ou un manque de clarté. «Ceci est important non seulement pour la crédibilité de l’Eglise, mais également pour la formation des consciences.»
S’abstenir de polémiques
Les deux cardinaux de la curie romaine signataires de la lettre prient les évêques et les fidèles allemands de s’abstenir de déclarations polémiques et de protéger et de défendre de toutes leurs forces la vie à naître. Les hauts responsables du Vatican exhortent encore les évêques allemands à prendre à l’unanimité la décision qui s’impose selon les directives contenues dans la lettre et à préserver l’unité dans les rangs de l’épiscopat, qui est d’une «importance fondamentale pour une annonce efficace de l’Evangile dans la société».
Mgr Lehmann a tenu à préciser que la nouvelle missive de Rome – il s’agit de la quatrième depuis 1995 – n’était pas une lettre du pape Jean Paul II mais un document rédigé par les cardinaux de la curie romaine Joseph Ratzinger et Angelo Sodano, et qu’il fallait voir comment réagir à ces directives. Le président de l’épiscopat souligne cependant que le pape attend des évêques allemands qu’ils mettent unanimement en œuvre la directive exigeant que le certificat délivré par les Centres catholiques ne permette plus d’avortements. C’est seulement à cette condition-là que l’Eglise pourrait rester dans le système de consultation. Mgr Lehmann est pour l’heure incapable de dire si la présence catholique dans le système de consultation a encore un avenir.
Chaque évêque devra décider en conscience
Il n’y a plus beaucoup d’espace pour le compromis adopté jusqu’à maintenant, a-t-il reconnu. «Dans la situation actuelle, la décision revient à chaque évêêque local», a-t-il relevé, car en cette matière, contrairement à d’autres, la Conférence épiscopale ne peut prendre aucune décision qui lierait de façon contraignante chaque évêque individuellement. Chaque évêque devra ainsi décider en conscience s’il reste ou non présent dans le système de consultation mis en cause par Rome. A propos des projets d’organisations catholiques laïques de mettre sur pied des structures de consultation alternatives, Mgr Lehmann estime qu’il faut en parler «très calmement et sans fausse dramatisation».
Des alternatives du côté des laïcs catholiques
Des catholiques allemands ont lancé un projet de fondation permettant de prendre le relais si l’Eglise devait effectivement sortir du système étatique de consultation. En Bavière, les autorités ont déjà signalé leur intérêt pour cette initiative. En tant que «ministre et catholique», la chrétienne sociale bavaroise Barbara Stamm (CSU), Ministre des affaires sociales du Land, tient beaucoup à ce que l»’élément catholique puisse être maintenu à l’avenir dans les Centres de consultation. Si l’évêque de Fulda – adversaire déclaré du dispositif actuel – devait abandonner les Centres de consultation, Barbara Stamm souhaiterait qu’il ne le fasse pas avant au moins six mois, afin de pouvoir les réorganiser.
Ton plus polémique du côté de la représentante des Verts Christa Nickels, qui estime que la lettre romaine constitue un «coup de canif dans les relations entre l’Etat et l’Eglise» et la fin des Centres catholiques de consultation couvrant tout le territoire allemand. La porte-parole des Verts, qui parle de politique ecclésiastique «indigne», salue certes les projets alternatifs évoqués par les organisations catholiques laïques. Elle relève cependant qu’ils ne seront vraisemblablement pas en mesure de remplacer ce qui existe aujourd’hui. D’où la nécessité pour l’Etat, selon elle, de chercher de nouveaux partenaires. Actuellement, Caritas et le Service social des femmes catholiques (SkF) gèrent 264 Centres de consultation. Pour Christa Nickels, les Centres catholiques ne pourront plus délivrer de certificats de consultation après le 1er janvier 2000, délai qui leur a été laissé pour mettre en œuvre les directives romaines. (apic/kna/be)




