Le grand défi du XXIe siècle: la dignité de l’être humain

Rome: Message du pape pour la 8e Journée mondiale du Malade

Rome, 6 août 1999 (APIC) La 8e Journée mondiale du Malade, qui sera célébrée le 11 février 2000, devrait être l’occasion de «revisiter la réalité de la maladie et de la souffrance dans la perspective du mystère de l’incarnation du Fils de Dieu», suggère le pape dans son message de 7 pages publié en italien le 6 août en prévision de cette journée.

En cette fin de XXe siècle, écrit Jean-Paul II, l’Eglise peut se réjouir du chemin parcouru pour soulager la souffrance, pour promouvoir la santé et pour améliorer la qualité de la vie. Au moins autant que les prouesses techniques, le pape admire les réalisations sociales en faveur des personnes souffrantes et épingle au passage le progrès que suppose les «Chartes des droits des malades».

Mais, au seuil du XXIe siècle, le pape doute que l’humanité ait fait «tout ce qui est nécessaire pour alléger le poids immense de la souffrance qui pèse sur les individus, sur les familles et sur la société tout entière». Car, à côté des efforts déployés dans la lutte contre la souffrance, ce siècle en aura aussi aggravé les causes. Jean Paul II pense notamment aux diverses souffrances infligées par les guerres, par la toxicomanie et le sida, par la pollution, par la grande criminalité, sans oublier l’euthanasie. Il cite encore les nombreuses «victimes des maux sociaux et de la pauvreté» et n’ose imaginer le nombre de personnes qui souffrent, en ce monde de «l’éclipse de la foi», d’un manque d’espérance.

Dans ce contexte, le pape rappelle le rôle de l’Eglise dans le monde actuel, en reprenant les termes du concile Vatican II, dans sa Constitution pastorale «Gaudium et Spes» (1965) : «Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho en leur coeur.» Jean-Paul II en prend à témoin l’histoire de l’Eglise, où quantité de religieux et des religieuses ont consacré leur vie aux personnes souffrantes. Cette expérience est encore quotidienne, ajoute-t-il, en pensant aux diverses initiatives «inspirées par l’Evangile de la charité».

La santé en progrès? Pas partout ni en tout

Mais d’où vient qu’à côté des progrès accomplis dans la promotion de la santé, l’accès aux soins de santé reste si inégal d’un pays à l’autre, du Nord au Sud? Ces disparités, qui continuent à croître, sont profondément injustes, souligne Jean-Paul II, car elles portent atteinte aux «droits fondamentaux de la personne». Le pape relève d’ailleurs ce contraste : «des populations entières n’ont même pas à disposition des médicaments de première et urgente nécessité, tandis que d’autres se laissent aller à l’abus et au gaspillage de moyens pharmaceutiques coûteux».

Pareille situation, aux yeux du pape, impose de reconnaître que «dans de nombreux cas, le progrès économique, scientifique et technique n’a pas été accompagné d’un progrès authentique, centré sur la personne et sur l’inviolable dignité de tout être humain». Jean-Paul II ne peut admettre, notamment, que, dans le domaine de la génétique, «des conquêtes fondamentales pour les soins de santé, et surtout pour la protection de la vie naissante, deviennent l’occasion de sélections inadmissibles, de manipulations insensées, d’intérêts contraires à l’authentique développement, avec des résultats souvent désastreux».

De même, il y a de quoi s’offusquer, s’indigne le pape, quand «d’une part, on multiplie les efforts pour prolonger la vie et pour la procréer de façon artificielle, alors que, d’autre part, on ne permet pas de naître à celui qui est déjà conçu et on précipite la mort de celui qui n’est plus considéré comme utile». D’autres traits de la culture contemporaine choquent le pape: d’un côté, on valorise la santé jusqu’au culte du corps; de l’autre, on réduit la vie à «un simple bien de consommation», jusqu’à en réglementer l’accès pour «les invalides, les vieux, les malades en phase terminale».

Ces situations paradoxales, commente le pape, renvoient à une contradiction plus fondamentale entre deux logiques: «d’une part, celle du bien-être et de la richesse du progrès technologique; d’autre part, celle des valeurs éthiques fondées sur la dignité de tout être humain».

L’exemple du Christ

A l’approche de l’an 2000, l’évolution actuelle et le spectacle du monde de la souffrance poussent à renouveler son appel à une «purification de la mémoire» pour redécouvrir l’authentique sens de l’Incarnation. «Le mystère de l’Incarnation, écrit-il, implique que la vie soit intense comme don de Dieu à conserver avec responsabilité et à dépenser pour le bien», pour le bien physique et spirituel des personnes.

L’exemple du Christ, poursuit le pape, ne peut quitter les yeux des chrétiens: «en assumant la condition humaine, le Fils de Dieu a accepté de la vivre dans tous ses aspects, y compris la souffrance et la mort», allant jusqu’à faire don de sa propre vie par amour. C’est aussi à la lumière du chemin parcouru par Jésus que Jean-Paul II invite à trouver un sens à la souffrance et à la mort, «sens que l’homme ne peut trouver par lui-même». Le parcours du Christ, insiste-t-il, ne s’arrête pas à la croix: la résurrection du Christ confirme que l’amour est vainqueur de la mort, quand la vie est vécue «dans la fidélité à Dieu et dans le don de soi». Ce qui, pour le pape, est le plus beau message de joie adressé aux malades.

Le Jubilé de l’an 2000 devrait dès lors, souhaite Jean-Paul II, inviter les chrétiens à «contempler le visage de Jésus, divin Samaritain des âmes et des corps». Chaque eucharistie est une occasion majeure pour une telle contemplation, qui ne peut qu’aiguiser «le sens du service».

Deux devoirs particuliers des chrétiens

La promotion de la santé et de la qualité de la vie impliquent dès lors, selon le pape, deux devoirs particuliers pour les chrétiens. Le premier est celui de «la défense de la vie». Jean-Paul II se réfère notamment à son encyclique «Evangelium Vitae» de 1995 sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine. Il appelle les croyants à «développer un regard de foi sur la valeur sublime et mystérieuse de la vie, même quand elle apparaît fragile et vulnérable». Seul un tel regard, écrit le pape, est à même de retrouver «en toute personne et en toute circonstance un appel à la rencontre, au dialogue, à la solidarité».

Un second devoir est «la promotion d’une santé digne de l’homme». Par là, le pape va à contre-courant d’une conception de la santé, réduite à une «pure vitalité exubérante, satisfaire de son efficacité physique et absolument fermée à toute considération positive de la souffrance». Car, dit-il, ce serait faire de la santé une idole, à laquelle l’homme risque de sacrifier, pour son malheur, bien des valeurs. Or la vie, même dans la souffrance, insiste le pape, reste encore un espace «de croissance et d’autoréalisation» et un chemin «ouvert à la découverte de valeurs nouvelles».

Dans cette perspective, le pape invite l’Eglise et la société, étant donné le poids de l’environnement, à rechercher «une écologie digne de l’homme»: non seulement une défense extérieure du milieu naturel, mais «une écologie intérieure et morale», la seule qui soit digne de la santéé humaine «considérée dans son intégralité».

Encourageant les fidèles à relever ces défis du nouveau millénaire, le pape attire l’attention sur l’impulsion que devrait donner notamment le Congrès eucharistique international qui se tiendra à Rome en l’an 2000. Il espère aussi que le Jubilé «marquera le développement d’une collaboration oecuménique dans le service aimant des malades» et que l’on pourra lire, dans les initiatives communes des chrétiens, un «témoignage de la recherche de l’unité sur le terrain concret de la charité». (apic/cip/mp)

8 août 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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