Problèmes nombreux et agenda chargé attendent les délégués

Genève: Ouverture de la session du Comité central du COE

Genève, 27 août 1999 (APIC) La session du Comité central du Conseil oecuménique des Eglises (COE) s’est ouverte jeudi 26 août à Genève, et se tiendra jusqu’au 2 septembre. Huit mois après la VIIIe Assemblée tenue l’hiver dernier à Harare, au Zimbabwe, cette session est considérée comme particulièrement importante par les observateurs du mouvement oecuménique. Le nouveau Comité central – 150 membres et 8 co-présidents -, profondément renouvelé depuis Harare, devra en effet procéder à une première réflexion sur les grands dossiers actuels du COE.

Les décisions qui seront prises cette semaine à Genève donneront une indication sur les orientations du Conseil pour les prochaines années. Les relations entre protestants et orthodoxes, l’avenir du COE lui-même et l’évolution de ses nouvelles structures constituent autant de sujets importants pour l’ensemble du mouvement oecuménique qui, après un siècle d’une étonnante aventure, s’apprête à aborder le troisième millénaire avec autant de motifs d’espérance que d’inquiétude.

L’Assemblée a débuté par un culte. La première journée a été essentiellement consacrée à l’examen des candidatures des nouvelles Eglises et à l’audition des rapports du président du Comité central, Aram Ier, et le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE. Cette première journée a en outre permis d’honorer la mémoire de personnalités du mouvement oecuménique récemment disparues.

Comme il le fait traditionnellement en début de chacune de ses session, le Comité central du Conseil oecuménique des Eglises a procédé à un premier examen des demandes de candidatures déposées par les Eglises. Cette année, il a reçu la demande de l’Eglise anglicane de Corée.

Cette Eglise, explique un communiqué, s’est beaucoup développée depuis les années 70 et compte plus de 100 paroisses ou postes missionnaires et regroupe environ 63’000 membres répartis sur trois diocèses. D’origine étrangère, l’Eglise anglicane de Corée s’est efforcée de s’enraciner dans la culture locale du pays. En 1993, elle est devenue une province autonome de la communion anglicane après avoir été sous la juridiction directe de l’archevêque de Cantorbéry.

Candidatures examinées

Le Comité central a également examiné la candidature de la Communauté de travail des Eglises chrétiennes en Suisse en tant que Conseil national d’Eglises. Cet organisme oecuménique réunit en Suisse huit Eglises ou unions d’Eglises orthodoxes, catholique-romaine, catholique-chrétienne, protestantes de différentes dénominations ainsi que l’Armée du Salut.

Ces deux candidatures seront soumis aux votes des délégués à la fin de cette session du Comité central.

Moins institutionnalisé au XXI e siècle

Le mouvement oecuménique du 21e siècle doit être moins institutionnel et devenir «un oecuménisme qui tend la main au peuple de Dieu», a souligné le président du Comité central du COE, le catholicos Aram Ier, de l’Eglise apostolique arménienne, en ouvrant jeudi la session.

Dans son rapport au nouveau Comité central, qui a été élu en décembre 1998 par la Huitième Assemblée du COE, le président a rappelé que «l’Eglise n’est pas un musée, destiné à demeurer immuable et inviolable. L’Eglise n’est pas une réalité centrée sur elle-même et autosuffisante. L’Eglise est constamment en interaction avec le monde. C’est pourquoi elle doit rechercher constamment des manières d’être mieux adaptée et de nouveaux modes d’expression».

Pour parvenir à cet oecuménisme, il faut apprendre à surmonter une partie de l’héritage du 20e siècle, et notamment:: «la prédominance de l’anthropocentrisme»; «La prédominance de l’identité ethnique sur la religion»; «L’apparition d’un nouveau système de valeurs, dans lequel le pouvoir est devenu le critère absolu de la vie humaine»; «Le choc des civilisations, entraîné par la mondialisation et des vues divergentes».

Le catholicos Aram Ier a précisé que «la mondialisation introduit des valeurs libérales occidentales qui menacent la coexistence, les valeurs partagées, les traditions et communautés locales». Le mouvement oecuménique, a déclaré le président du Comité central, «est prêt à s’ouvrir à de nouveaux horizons. Nous n’avons que faire d’un oecuménisme de l’élite de nos Eglises, d’un oecuménisme réservé à des cercles fermés. En fait, l’oecuménisme institutionnel sombre et l’oecuménisme populaire se lève dans beaucoup de nos Eglises.»

Lors de la conférence de presse qui a suivi, le catholicos Aram, qui entame son deuxième mandat à la présidence du Comité central, a été interrogé sur ce qui est peut-être la plus grande difficulté à laquelle doit faire face le COE – ses problèmes relationnels avec certaines Eglises orthodoxes membres du COE. En effet, des orthodoxes ont souvent émis des critiques concernant les politiques et les projets du COE qui, à leur avis, est trop influencé par la ligne protestante et occidentale. Le départ de certains membres orthodoxes aurait été évité à l’Assemblée de Harare par la décision de mettre en place une commission spéciale pour traiter de ces difficultés.

Toutefois cette commission ne s’est pas encore rencontrée. Le catholicos Aram a déclaré qu’il s’attendait à ce que des membres de la commission, présents à Genève à l’occasion du Comité central, se rencontrent de façon informelle ces prochains jours. Une réunion de la commission pourrait alors être planifiée avant la fin de l’année, selon ses dires. Les Eglises orthodoxes se sont engagées en faveur de cette commission, a encore rappelé le catholicos, «mais il existe des difficultés avec certaines Eglises – des difficultés internes et principalement la crise du Kosovo».

Dans son rapport, le catholicos Aram a par ailleurs qualifié de «prématurées» les suppositions selon lesquelles «la crise financière du Conseil serait bientôt surmontée… Les crises économiques toujours plus graves qui frappent certaines régions et les fluctuations constantes des principales devises pourraient continuer à exercer des effets négatifs sur la stabilité financière du Conseil».

La mise en garde du secrétaire général

Quant au secrétaire général du COE, le pasteur Konrad Raiser, il a lancé une mise en garde aux 158 membres du Comité central de l’organisation, en avertissant que «les affrontements et les conflits, qui vont sans doute encore s’accroître à mesure que nous avancerons dans le 21e siècle, sont présents au sein du COE».

«Nous ne pouvons pas aborder le problème de la violence comme s’il ne concernait que le monde autour de nous», a fait observer le pasteur Raiser. «Nous devons reconnaître que nos traditions théologiques et les structures de pouvoir qui existent dans nos communautés ont contribué à modeler les attitudes du monde et que, par conséquent, elles font elles-mêmes sans doute partie du problème auquel nous essayons de nous attaquer.»

Il a appelé les Eglises à rendre un «témoignage prophétique» contre la violence qui est, a-t-il dit, «la force de destruction la plus puissante qui porte atteinte à la vie de la communauté humaine».

Dans son rapport annuel sur les activités et projets du COE, le secrétaire général du COE a rappelé que la Huitième Assemblée du COE a proposé en décembre à Harare de proclamer la période 2001-2010 «Décennie oecuménique – Vaincre la violence».

communauté humaine». (apic/com/pr)

27 août 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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