Inde: La lutte de Mgr Chinnappa pour abolir le système des castes dans l’Eglise catholique
«Il ne peut y avoir d’inégalité dans l’Eglise du Christ»
Vellore (Inde), 4 juillet 1999 (APIC) L’Eglise catholique de l’Etat indien du Tamil Nadu veut mettre fin à la discrimination contre les Dalits – connus autrefois comme intouchables ou hors castes – au sein de l’Eglise. «Sur ce sujet, l’Eglise catholique est une fidèle amie de l’hindouisme», a fait remarquer Mgr Malayappan Chinnappa, évêque de Vellore dans le Tamil Nadu, en faisant référence au système des castes lié à la religion. «Notre Eglise n’a pas encore été capable de briser les préjugés et les pratiques discriminatoires du système des castes.»
«Les Dalits représentent plus de 70 % des quatre millions de catholiques de l’Etat du Tamil Nadu, dans le Sud de l’Inde. Des conflits entre Dalits et castes supérieures ont lieu dans le cadre de nos paroisses. Nous ne pouvons pas arriver au seuil du troisième millénaire avec une Eglise où règnent les inégalités et où la majorité est maltraitée. Alors que nous nous préparons à célébrer le Jubilé de l’an 2000, nous sommes déterminés à éradiquer le système des castes au sein de l’Eglise», a ajouté Mgr Chinnappa, président la Conférence épiscopale de l’Inde et de la Commission sur les castes inférieures du Conseil des évêques du Tamil Nadu.
Le terme «dalit», qui signifie brisé, écrasé, meurtri, est attribué aux gens de la caste inférieure, qui étaient connus comme des intouchables. Selon la tradition hindoue, les Dalits doivent accomplir des travaux dégradants au service des castes supérieures – les Brahmanes (caste des prêtres), les Kshatriyas (caste des guerriers) et les Vaisyas (caste des commerçants).
Comme c’est le cas dans le système de castes dans l’hindouisme, des cimetières séparés pour les Dalits et les castes supérieures existent toujours dans des paroisses catholiques du Tamil Nadu. Dans les affaires de l’Eglise et lors de grandes célébrations, les Dalits ne sont que spectateurs. Les funérailles et les cortèges de mariages des Dalits ne sont pas autorisés à emprunter les rues principales des villes et villages. Un privilège réservé aux castes supérieures.
Un sentiment de frustration
Cette discrimination engendre régulièrement un sentiment de frustration comme ce fut le cas, en février dernier, lors des funérailles de la mère d’un prêtre dalit dans le diocèse de Pondichéry. Pendant les funérailles, des membres des castes supérieures ont d’abord fermé l’église puis bloqué la rue principale de la ville. Pour empêcher la procession, conduite pourtant par Mgr Michael Augustine, archevêque de Pondichéry, d’emprunter cette rue. Des forces de police étaient sur place. Ces dernières, pour éviter des troubles, ont conseillé à l’archevêque de suivre la petite rue habituelle utilisée pour les Dalits. N’ayant plus d’autre choix, l’archevêque a suivi la tradition.
Pour Mgr Chinnappa, lui-même un Dalit, «le système de castes au sein de l’Eglise est un grave problème. Il est tellement enraciné dans le sang indien qu’il ressurgit même chez les prêtres et religieuses. Au détriment de ce qu’ils ont appris théoriquement dans leur formation, en lisant l’Evangile. Les préjugés disparaissent lentement», déplore encore l’évêque. «Le clergé de la caste supérieure, toujours attaché au système des castes, reste le grand obstacle à l’égalité dans l’Eglise catholique».
La plupart des prêtres ne sont pas des Dalits. Par ailleurs, le clergé de la caste supérieure encourage les vocations à la prêtrise chez les membres de leur propre caste. C’est pourquoi, moins de 5% de ceux qui deviennent prêtres sont des Dalits, même si ceux-ci représentent plus de deux tiers des fidèles.
Quelques progrès, mais…
Mgr Chinnappa – lui-même un Dalit – souligne cependant que l’Eglise catholique a fait quelques progrès sur la voie de l’égalité depuis le temps de son ordination sacerdotale, il y a 35 ans. Aucun cimetière séparé selon le système des castes n’a été construit depuis les années 80. La disposition de sièges séparés pour les Dalits et les castes supérieures dans les églises n’existe plus. Les Dalits enfin n’ont plus à attendre que les autres soient rentrés dans leurs bancs pour recevoir la communion…
«Mais nous devons encore progresser. Il n’est pas facile de briser une tradition qui est devenue une partie de notre sang. Nous devons absolument abolir toutes les discriminations restantes. Il ne peut y avoir d’inégalités dans l’Eglise du Christ», conclut l’évêque de Vellore. (apic/eni/aa/ba)




