L’ombre de l’histoire de Jérusalem au centre de la réflexion
Caux: Rencontres d’été du réarmement moral
Caux, 21 juillet 1999 (APIC) Le 15 juillet 1099, les croisés mirent à sac la ville sainte de Jérusalem. Neuf siècles plus tard, quelque cinq cents chrétiens sont arrivés à Jérusalem à l’issue d’une «marche de réconciliation». L’un des organisateurs, Lynn Green, s’est adressé par satellite aux participants des rencontres d’été de Caux, au-dessus de Montreux, organisées par le Réarmement moral autour du thème: «Une page nouvelle, un nouveau départ».
Neuf siècles plus tard, alors que l’Etat d’Israël continue ses implantations en territoire musulman de la ville de Jérusalem et que les chrétiens de plus en plus minoritaires dans la ville sainte sont poussés à l’exil, aucun statut international pour la Ville Sainte ne semble se dessiner. Musulmans et catholiques continuent de le rééclamer. En vain pour l’heure.
Il y a 900 ans, 75’000 hommes, femmes et enfants ont été massacrés en un seul jour par les chrétiens occidentaux. Des milliers de juifs ont été brûlés vifs dans les synagogues, et des dizaines de milliers de musulmans massacrés dans les mosquées. «Faut-il présenter des excuses pour des événements qui se sont déroulés il y a neuf siècles?», s’est interrogé l’Anglais Edward Peters lors d’une conférence téléphonique avec Lynn Green. Le mois dernier, un éditorial du «Times» de Londres a décrit la marche des chrétiens comme «un geste vide» et «un exercice inutile».
La marche, qui a débuté dans la ville allemande de Cologne à Pâques 1996 a retracé les pas des croisés, dans les vallées du Rhône et du Danube, traversant la Turquie, la Syrie, le Liban et actuellement Israël et les Territoires palestiniens. Cette action n’a pas pour but d’évangéliser, mais de demander pardon pour les actes commis au nom du Christ. Quelque mille personnes auront participé à la marche pendant les quatre anées de son parcours. Le 15 juillet, 500 chrétiens occidentaux ont marché le long des murs de Jérusalem et y ont prié. Ils ont en outre donné une conférence de presse et rencontré des responsables des autres familles religieuses.
Tourner la page?
«Tourner la page», tel est justement le thème de la première session d’été de Caux. L’ambition est de permettre de voir le passé en face et de réparer, quand cela est possible, les relations brisées. «Cela permet d’accueillir la guérison intérieure, pour nous, pour les nôtres, pour les autres», expliquent les organisateurs. «Cela permet aussi de regarder au-delà de notre propre existence et de penser à la communauté à laquelle nous appartenons, à notre pays, à nos responsabilités au sens le plus large du terme.» Des participants d’Afrique de Sud et d’Australie ont notamment relaté les initiatives qu’ils ont prises pour contribuer à guérir l’histoire de l’apartheid d’une part, et pour assainir les relations avec les aborigènes d’autre part. Deux mille personnes participeront cette année aux rencontres internationales du Réarmement moral à Caux. Cinq sessions se dérouleront jusqu’au 22 août.
Le Réarmement moral: un courant d’idées
Le Réarmement moral, qui est tout sauf une secte, est né en 1907 de l’intuition d’un pasteur luthérien. Frank Buchman (1878-1961), né d’une famille de Pennsylvanie originaire de Suisse, prit conscience de la valeur contagieuse de toute transformation personnelle et en fit le tremplin d’une action qui touchera nombre de ses contemporains. A partir de 1921, il gagne des d’étudiants à ses idées (Groupe d’Oxford). Dans les années trente, des équipes toujours plus nombreuses parcourent la Scandinavie, les Pays-Bas et la Suisse. En 1938, devant le réarmement militaire généralisé, Frank Buchman forge l’expression «Réarmement moral et spirituel» pour traduire ce qu’il considère comme le besoin primordial de l’être humain. Désignant d’abord un programme d’action, le terme «Réarmement moral» s’identifiera bientôt au courant d’idée lancé par le pasteur Buchman.
Pendant la guerre, nombre de compagnons de Frank Buchman se distingueront dans les armées alliées ou au sein de la Résistance dans les pays occupés. A l’issue du conflit, plus d’une centaine d’entre eux deviendront les cadres permanents du Réarmement moral à travers le monde. A partir de l’été 1946, les milliers de personnes qui se rendent à Caux confèrent à l’action du Réarmement moral un essor mondial.
Promouvoir de nouvelles relations sociales
Le Réarmement moral se veut donc une manière de vivre, visant à un changement global sur la base du changement personnel. Ses membres sont des hommes et des femmes de convictions et de croyances différentes qui tentent, en commençant par eux-mêmes, de promouvoir de nouveaux rapports dans tous les domaines de la société. Les structures formelles sont réduites au minimum.
Au plan international comme au plan national, la coordination est assurée par un processus consultatif. Certaines actions sont entreprises en partenariat avec des organisations ou des personnes partageant les mêmes préoccupations. Quant à la méthode de travail, elle est simple: un échange d’expériences sur la mise en pratique des valeurs auxquelles chacun se réfère, que ce soit dans le cadre familial, professionnel, interculturel ou religieux. Les échanges se déroulent en groupes, lors d’ateliers ou en séance plénière, et sont placés sous le signe de l’écoute: celle de notre voix intérieure, de la voix divine, de l’autre…
Ainsi qu’ils ont été formulés lors d’une consultation internationale en 1993, les objectifs du Réarmement moral sont de «guérir les blessures de l’histoire» – particulièrement aux points de rencontre des cultures et des civilisations – afin d’enrayer «le cercle vicieux de la revanche et de la violence». Il s’agit aussi de «renforcer la dimension morale et spirituelle de la démocratie», d’inspirer chacun à «sortir de la logique du blâme et à entrer dans la logique de l’amour et de la responsabilité». Il s’agit en outre de «promouvoir l’engagement éthique des partenaires de la vie économique», de façon à corriger les déséquilibres économiques et écologiques, de rétablir une vie communautaire dans les villes en s’attaquant à toutes les causes de discrimination, et de créer des réseaux d’hommes et de femmes de cultures et de religions différentes qui «s’engagent ensemble à oeuvrer dans des tâches de réconciliation, de justice et de paix». (apic/spp/jms/pr)




