Un prêtre déplore l’existence d’un certain anticatholicisme en Israël
Tel Aviv: Remous après une conférence réunissant juifs et catholiques
Tel Aviv, 21 juillet 1999 (APIC) Un prêtre catholique a suscité l’ire de quelques milieux juifs pour avoir déploré l’existence d’un certain «anticatholicisme» en Israël. Au cours d’une conférence réunissant des représentants juifs et catholiques à Tel Aviv, le Père David Yager a souligné que nombre de tensions dans les relations judéo-chrétiennes trouvent leur origine non seulement dans l’antisémitisme, mais également dans un certain «anticatholicisme juif».
«L’Eglise catholique n’est plus antisémite et toute trace de cette idéologie a été rejetée de toute institution de l’Eglise, mais Israël continue d’avoir une attitude anticatholique qui nuit aux perspectives d’amélioration des relations», a déclaré lundi le Père Yager à l’occasion d’une réunion de la Commission de dialogue Israël/Saint-Siège. A l’appui de sa constatation, il a cité le manque d’objectivité et les continuelles accusations de certains responsables juifs contre le pape Pie XII, malgré le travail que le pape Pacelli a réalisé en faveur des juifs persécutés par les nazis.
«L’Eglise et le peuple juif sont aujourd’hui alliés et amis», a-t-il poursuivi, mais la tiédeur d’Israël face aux ouvertures du Vatican – il n’y a qu’à penser aux récentes déclarations officielles sur l’antisémitisme – nuit aux relations «au moment où des millions de catholiques s’apprêtent à visiter la Terre Sainte».
Israël veut maintenir le Vatican sur la défensive, quelles que soient ses ouvertures
Le représentant catholique a estimé qu’Israël a pour but de maintenir le Vatican sur la défensive. Il a qualifié d’essentiellement diffamatoires les constantes accusations contre Pie XII. Israël a sévèrement critiqué l’intention de béatifier Eugenio Pacelli, qui fut pape pendant la guerre. Certains milieux juifs lui reprochent son silence durant le génocide des juifs, tandis que ses défenseurs mettent en avant tout ce que le pape a fait dans les coulisses en faveur des juifs.
L’intervention de David Yager a suscité la prompte réaction d’Abraham Foxman, directeur de la Ligue Anti-Diffamation (ADL) «B’nai Brith», une organisation qui ne se prive pas de clouer le pape Pie XII au pilori. Foxman a certes reconnu les efforts du pape Jean Paul II pour faire disparaître ce qui restait d’antisémite dans la liturgie. Pour Abraham Foxman, le message ne serait toutefois pas encore descendu jusqu’à la base. Il a cependant salué le fait que le pape actuel a clairement fait savoir que le catholicisme n’est pas compatible avec l’antisémitisme. Il a aussi reconnu que «des deux côtés, nous avons du chemin à parcourir».
Pierres d’achoppement: mémoire historique divergente et traitement des Palestiniens
Rappelons qu’Israël et le Vatican ont établi des relations diplomatiques complètes fin 1993, un pas important sur la route de la réconciliation. Des obstacles restent cependant à surmonter, comme des divergences persistantes dans le domaine de la mémoire historique ou les critiques vaticanes concernant le traitement réservé par Israël aux Palestiniens.
Le rabbin David Rosen, représentant de l’ADL à la Commission de dialogue Israël/Saint-Siège, a relevé qu’après 2’000 ans d’antisémitisme approuvé par l’Eglise, cela prendra du temps pour que les juifs retrouvent confiance dans le Vatican. Le Père David Yager a rétorqué que la méfiance des juifs à l’égard des catholiques était injustifiée et que c’est Israël qui créé de l’antagonisme. (apic/cnn/ap/aci/be)




