Congo-Brazzaville: La Fédération protestante (FPF) «choquée» par le rôle joué par la France
La FPF pour une médiation politique de l’Union européenne
Paris, 26 juillet 1999 (APIC) La Fédération protestante de France (FPF) se déclare «choquée» et «inquiète» du rôle de la France au Congo-Brazzaville, un pays déchiré par une guerre civile sanglante. Elle l’a fait savoir au cours d’un entretien avec le Premier ministre Lionel Jospin, au cours duquel la FPF a demandé une «médiation européenne» dans ce conflit.
Début juillet, le pasteur Jean-Arnold de Clermont a pris les rênes de la Fédération protestante de France (FPF). Le nouveau président ne cache pas qu’il est impressionné par l’ampleur de la tâche: «Cette nouvelle mission me flanque une trouille horrible, concède-t-il sans façons. Je sais que je vais être attendu au tournant et jugé sur pièces.»
Le président autoproclamé Sassou Nguesso compte des appuis haut placés à Paris
C’est que la FPF est périodiquement appelée à se prononcer sur un nombre considérable de sujets. Le premier à traiter sera la dramatique situation au Congo-Brazzaville. Dans ce pays où plusieurs Eglises et missions sont directement en relation avec le protestantisme français, la situation n’évolue pas vers un apaisement des tensions nourries par la convoitise de la richesse nationale, le pétrole.
Le contrôle de la production pétrolière, telle est en effet la raison pour laquelle les chefs de guerre se battent sans merci. Les puits sont essentiellement «off shore», en mer. Ils représentent 60% du PIB du Congo et sont exploités par la compagnie Elf Aquitaine, grand soutien du président autoproclamé Denis Sassou Nguesso, qui compte beaucoup d’amis dans les plus hautes sphères de l’Etat français.
Le nouveau président de la FPF, Jean-Arnold de Clermont, et son prédécesseur, le pasteur Jean Tartier, ont été reçus le 15 juillet par Lionel Jospin pendant une demi-heure à Matignon. Ils se sont dits «choqués par une attitude complaisante de l’ambassade de France au Congo», de voir l’ambassadeur et le président congolais Denis Sassou Nguesso célébrer la Fête de la musique le 21 juin dernier, «alors même que des massacres se perpétuent».
Davantage de réserve de la part de la France, svp.
Le pasteur J.-A. de Clermont a souhaité davantage de «réserve». Evoquant la possibilité que des militaires français «encadrent la formation de militaires du régime de M. Nguesso», le pasteur a affirmé que si cela était vrai, il était «très inquiet pour l’avenir». «Il s’est passé la même chose au Rwanda et on sait comment cela a tourné», a-t-il relevé. Selon J.-A. de Clermont, le Premier ministre français a assuré que son gouvernement n’avait «aucune complaisance» à l’égard du régime de Sassou Nguesso, pas plus qu’à l’égard des rebelles. Des combats opposent depuis plusieurs mois les miliciens «Cocoyes» de l’ancien président déchu Pascal Lissouba et les «Ninjas» de son dernier Premier ministre Bernard Kolélas, aux forces régulières soutenues par les soldats angolais, qui appuient également les milices «Cobras» de Sassou Nguesso.
La Fédération protestante de France souhaite que l’Union européenne conduise une «médiation politique» au Congo entre les différentes parties, dès le second semestre de cette année sous présidence finlandaise. Pour le pasteur de Clermont, cela «semble nécessaire» dans une situation où, «au moins au niveau de l’image, la France semble très impliquée». Le pasteur Jean Tartier a quant à lui souhaité que la France «ne donne pas une fois de plus l’impression d’une ingérence». (apic/spp/cip/be)




