Afrique centrale: Les évêques condamnent «la politisation du tribalisme»

Milices, corruption, mauvaise gestion, paupérisation croissante…

Yaoundé, 28 juillet (APIC) L’Eglise catholique d’Afrique centrale a sévèrement dénoncé «la politisation du tribalisme» dans le continent noir, motivé par la volonté de pouvoir, les médias qui sème la haine, la mauvaise gestion, le trafic d’armes et les milices privées à base ethnique. Les évêques se sont eux-mêmes engagés à donner l’exemple de la «bonne gouvernance» dans leurs diocèses.

Réunis dans la capitale camerounaise Yaoundé sur le thème de la paix, de la sécurité et des droits de l’homme, les évêques de la région ont déploré l’attitude de certains chrétiens qui se rendent complices des situation d’insécurité, d’injustice et de corruption. Ces comportements sont, selon eux, contraires à la dignité et à l’éthique chrétiennes.

Les évêques membres de l’Association des Conférences épiscopales de l’Afrique centrale (ACERAC), qui ont siégé à Yaoundé du 18 au 25 juillet, se sont aussi déclarés inquiets de l’insécurité économique consécutive à la «mauvaise gestion qui se traduit par la paupérisation croissante de la population». Ils ont dénoncé «la politisation» du tribalisme qui, ont-il souligné, consiste à «utiliser la différence ethnique pour conserver ou conquérir le pouvoir», tout en dénonçant la création, de plus en plus fréquente, de milices privées, souvent à caractère tribal et qui deviennent des armées de rébellion.

Non aux médias de la haine

La conférence, qui a regroupé 50 participants, a été marquée par la mise en place de diverses commissions: justice et paix, communication, centre multimédias, développement et services sociaux, éducation.

Les évêques d’Afrique centrale ont rejeté, en outre, le recours aux médias pour susciter et attiser les conflits, ainsi que la circulation incontrôlée des armes, l’enrôlement des jeunes dans les armées irrégulières et la fragilisation de la société civile. A ce sujet, ils se sont engagés à jouer pleinement leur rôle «prophétique en annonçant l’évangile de l’amour, de la paix et de la justice», et ont condamné les cas de violation de la dignité humaine.

Sur un autre plan, ils se sont engagés à donner l’exemple de la «bonne gouvernance» en mettant en place dans leurs églises et diocèses, des structures de dialogue et de concertation, conformément au droit canon, pour une gestion transparente et «rationnelle» du patrimoine et du personnel diocésains. Dans le même ordre d’idées, ils ont exprimé leur disponibilité à favoriser les médiations et les réconciliations dans les conflits lorsqu’ils sont sollicités «sincèrement».

Les évêques de l’ACERAC, qui regroupe le Cameroun, le Tchad, le Congo-Brazzaville, le Gabon, la Guinée Equatoriale et la République Centrafricaine, ont exhorté les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté à «l’esprit critique, à la vigilance devant l’instrumentalisation politique de l’ethnie et à la mobilisation courageuse et déterminée contre les structures de péché qui avilissent la personne humaine». Dans un appel aux hommes politiques, aux magistrats, députés, membres de gouvernements, ils leur demandent de se «laisser guider par l’esprit de sagesse, de justice, d’amour, de vérité et de paix». La conférence de Yaoundé s’est enfin déclarée touchée par la misère des populations de la République démocratique du Congo et lancé un appel urgent aux responsables politiques du pays pour arrêter «le massacre». (apic/ibc/be)

30 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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