Quel bénéfice pour l’humanité de demain ?

Vienne: Le Saint-Siège et la conquête de l’espace à la Conférence Unispace III

Vienne/Rome, 29 juillet 1999 (APIC) La 3e Conférence des Nations-Unies sur l’exploration et l’utilisation de l’espace extra-atmosphérique (UNISPACE III) s’achève à Vienne vendredi 30 juillet. La Conférence s’est ouverte le 19 juillet sur le thème: «Les bénéfices de l’espace pour l’humanité du XXIe siècle». A cette occasion, la délégation du Saint-Siège a souligné que «la connaissance de l’espace contribue à révéler les responsabilités de l’humanité».

Dans son intervention, le professeur Vittorio Canuto, membre de la délégation du Saint-Siège, a insisté sur la nécessité de transformer les découvertes de l’exploration spatiale en instrument de diagnostic du cosmos, en instrument de perception de la répercussion des phénomènes naturels ou artificiels, dans l’action de l’homme sur la planète et ses habitants.

Le professeur Canuto s’est ensuite demandé ce que l’humanité avait appris à l’aube du troisième millénaire, après 50 ans de recherche spatiale et de découverte des secrets de l’univers. «La surprise de loin la plus grande a été, a-t-il affirmé, de voir notre planète depuis l’espace. Cette exploration a porté à un constat nouveau et inéluctable: nous portons atteinte nos systèmes écologiques par notre usage inconsidéré des ressources naturelles».

«Il s’agit d’un changement fondamental par rapport au paradigme des années 70, lorsqu’on pensait que les limites de la croissance économique étaient dues à la nature finie des ressources naturelles. De fait, les limites concernent l’usage responsable de ces dernières, qui sont un patrimoine commun non seulement pour la génération actuelle, mais encore pour les générations futures. Alors que nous nous aventurons tant au niveau conceptuel que pratiquement à la conquête de l’espace, il nous faut redéfinir notre mode de vie sur cette planète».

La révolution du savoir partagé

Le Délégué du Saint-Siège a ensuite rappelé comment l’histoire de l’humanité est jalonnée de révolutions «bénignes», fruits de la connaissance. «Parmi celles-ci, l’agriculture qui a 10’000 ans, la Révolution industrielle qui a deux siècles». La clef de la troisième révolution qu’attend l’humanité sera «le savoir fondé sur l’éducation», dont le moteur ne sera, ni la terre comme pour la première, ni le charbon comme pour la seconde il y a 200 ans. Ce sera «l’information…, un bien commun intangible, qui doit être, a affirmé le professeur Canuto, à la portée de tous, si l’on veut que la Révolution informatique donne de bons résultats… Les personnes peuvent créer du savoir de façon illimitée, la seule ressource illimitée dont nous disposons».

La question de l’exploration de l’espace s’était déjà posée à Socrate. Un dialogue entre le célèbre philosophe grec d’il y a 2400 ans et un de ses élèves, Glaucos, fait vanter par celui-ci l’étude de l’espace pour une maîtrise plus grande de la météorologie, de la navigation et de l’agriculture et d’un grand nombre d’autres applications pratiques. «Sans doute, répond Socrate, mais n’y aurait-il pas un bénéfice plus grand encore du côté du perfectionnement de l’esprit humain?». Le professeur Canuto, relançant cette question devant la Conférence de l’ONU, a constaté que la conquête de l’espace, à l’inverse de bien d’autres avancées technologiques au cours de l’histoire, ne s’était pas faite à coup de guerres dramatiques entre les nations. Une façon en soit positive de canaliser l’énergie humaine.

Certes, constate encore le professeur Canuto, l’exploration de l’espace a apporté une contribution positive au processus de globalisation. Mais, a-t-il souligné, celle-ci a plutôt signifié, ces dernières années pour un certain nombre de pays, «homogénéisation, ou bien pire, flux incontrôlable sur les ondes électromagnétiques d’informations souvent étrangères aux cultures et traditions locales». En attendant, cette invasion qui semble pacifique peut avoir des effets dévastateurs sur les jeunes, souvent accompagnée qu’elle est du risque de destruction des piliers de l’héritage culturel d’une nation.

Liberté et environnement

Les problèmes posés par l’exploration et l’utilisation de l’espace ne sont pas réductibles à des questions de technologie et de coût. Selon le professeur Canuto, le premier problème posé est celui de la liberté d’information. Il s’agit d’un problème éthique fondamental, insiste-t-il, tant il touche aux modèles de vie et aux sensibilités culturelles. Le délégué du Saint-Siège n’ignore pas que, sur le plan de l’utilisation de l’espace, des acquis nouveaux ont été enregistrés, surtout depuis une vingtaine d’années. Les dégâts causés à l’environnement, découverts depuis l’espace, ont ainsi suscité une nouvelle vigilance écologique.

Face à la destruction de l’environnement, des phénomènes qu’on a trop longtemps perçus comme «naturels», les humains de cette fin de XXe siècle, estime le professeur Canuto, ont trop peu appris à réagir autrement qu’en faisant confiance à une régulation «naturelle» des mécanismes économiques. Or, souligne-t-il, «la maximisation sans bornes des intérêts individuels fade à un «capital» de ressources naturels en diminution a conduit à un développement non durable, donc insoutenable».

La clé de l’avenir: l’éducation

Pour demain, poursuit le professeur Canuto, l’humanité a besoin de bien accomplir la troisième révolution qu’elle traverse après celle de l’agriculture et celle de l’industrie: il s’agit de la révolution de l’information, et «la clé de l’avenir doit être un savoir basé sur l’éducation».

Or, ce savoir, devait conclure le délégué du Saint-Siège, présente des caractéristiques étonnantes: c’est un bien public, puisqu’on le partage avec d’autres. Bien d’autant plus précieux qu’il se conserve et s’accroît à force d’être partagé. , Mais que signifie le savoir ? Et le professeur de répondre: «Le savoir signifie que nous n’avons pas seulement à connaître le prix commercial des choses, mais leur valeur intrinsèque. Le savoir signifie que nous ne vivrons plus dans la confusion morale pernicieuse qui nous a conduits à croire que nous pouvons comprendre la nature sans référence à des principes moraux.»

L’homme dans la biosphère, seulement la partie d’un tout

Et de conclure que le savoir signifie «qu’il nous faut à présent combler le fossé existant entre notre progrès technologique, d’une part, et notre sensibilité morale primitive et notre individualisme détraqué… Le savoir signifie que nous ne pouvons plus envisager la terre et l’espace comme une partie de biens immobiliers à s’approprier, à cartographier, à cataloguer, mais comme une réelle biosphère où nous, les êtres humains, sommes partie intégrante d’un tout.» (apic/cip/bol/be)

29 juillet 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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