Une synthèse de ce qui a été dit sur la culture depuis Vatican II
Rome: Publication d’un document sur la pastorale de la culture
Rome, 1er juin 1999 (APIC) Comment réévangéliser les cultures modernes des pays autrefois chrétiens, mais aujourd’hui marqués par la sécularisation? Pour répondre à cette question, le Conseil pontifical de la culture a élaboré un document d’une cinquantaine de pages, publié le 1er juin 1999 à l’issue de cinq ans de travail et de consultations. Intitulé «Pour une pastoale de la Culture», il offre des indications concrètes pour «redonner vie à un monde déchristianisé» dont il décrit le contexte culturel.
Un premier chapitre donne les «lignes d’orientation» de cette pastorale. Il s’agit de rappeler à l’homme qu’il est une «créature à l’image et à la ressemblance de Dieu», et d’amener les cultures, grâce au message de l’Evangile, à être délivrées de la «présence du péché» qu’elles contiennent.
Un deuxième chapitre explique les «défis et points d’appui» de la pastorale de la culture. Décrivant la «situation culturelle aujourd’hui dominante», le Conseil pontifical de la culture déplore le «subjectivisme» qui devient «critère de vérité», l’athéisme ou l’indifférence religieuse affichée, et le matérialisme hédoniste. L’homme est souvent «déstructuré» aujourd’hui par «la perte de son identité culturelle», assure le Conseil, notamment à cause de «l’urbanisation galopante», des conflits armés et des pressions d’ordre économique et social. Cette perte d’identité culturelle devient «un terrain privilégié pour des pratiques déshumanisantes». Face à cela, le document invite à enseigner un «patriotisme» qui soit un «amour» et un «service» de son propre pays et de sa culture, à ne pas confondre avec un «nationalisme porteur de mépris».
Le Conseil pontifical de la Culture insiste ensuite sur l’importance d’un renouveau de l’enseignement philosophique dans la mesure où la culture actuelle est «éclatée» du fait de l’»accumulation des savoirs». Une réflexion philosophique permet de structurer l’ensemble de ces savoirs et de permettre ainsi l’unité de l’homme contemporain.
La famille, c’est autre source de culture
Autre source de culture et école d’humanité, la famille, dont dépendent l’ensemble des civilisations et la cohésion des peuples. Les campagnes d’opinion et les politiques anti-familiales ou anti-natalistes sont autant de tentatives pour modifier le concept même de famille, jusqu’à le vider de sa substance, regrette le document. «Dans ce contexte, former une communauté de vie et d’amour qui unit les époux en les associant au Créateur constitue le meilleur apport culturel que les familles chrétiennes puissent donner à la société».
Evoquant ensuite les différentes religions du monde, le Conseil pontifical de la culture souligne qu’elles méritent une considération attentive dans la mesure où elles comportent des éléments qui sont des «ouvertures vers la foi au Dieu de Jésus-Christ». Evoquant spécialement la «forte expansion» de l’Islam, la «présence accrue» de musulmans dans les pays de tradition chrétienne, et leur «grande difficulté d’intégration socio-culturelle», le document invite à une collaboration loyale, en vue d’entretenir avec eux et avec les pays islamiques des «rapports fructueux», dans «une réciprocité effective». Une telle coopération, est-il précisé, ne dispense pas les chrétiens de rendre compte de la spécificité de leur foi.
Le troisième chapitre de ce document présente des propositions concrètes pour créer dans les cultures actuelles les conditions de la réception du message de l’Evangile. On y trouve à la fois des moyens pastoraux simples: homélies, catéchisme, missions populaires, écoles d’évangélisation, et un encouragement à l’utilisation des moyens de communications modernes. Un paragraphe particulier est consacré à Internet. Parlant à propos de son utilisation des «craintes tristement justifiées par des usages malfaisants», le document invite cependant les chrétiens à se servir de ses «immenses potentialités» pour rendre présent le message de l’Evangile dans la culture moderne.
Pour la création de Commission épiscopales de la culture
Encourageant la création de Commissions épiscopales pour la culture, et de projets culturels propres à chaque Eglise particulière, le Conseil pontifical de la culture invite les Eglises locales à l’étude des cultures et des pratiques traditionnelles de leur région. Le but est de favoriser un dialogue, qui suppose une meilleure identification de la «spécificité chrétienne», précise-t-il. Concernant précisément l’étude des sectes avec lesquelles ces Eglises peuvent être en contact, le document fait remarquer que «l’antidote véritable aux sectes est la qualité de la vie ecclésiale».
Dans le domaine de l’éducation, ce texte souligne que les responsables des institutions catholiques doivent fonder leur projet éducatif sur l’enseignement de l’Eglise, en se souciant à la fois de la formation humaine et chrétienne et de la formation scolaire des élèves. L’enseignement de la religion quant à lui doit comporter une information religieuse «exacte et objective», et en même temps un «témoignage de foi», d’où la «nécessité» de la présence d’enseignants «aptes à faire de ces établissements des écoles de croissances spirituelle et culturelle».
Par ailleurs, le document encourage la mise en place de centres de formation théologique, de centres culturels, de réseaux de radios d’une presse écrite, de librairies, de bibliothèques et vidéothèques catholiques. Il suggère également de trouver des occasions de promouvoir les créations artistiques chrétiennes. L’art et les artistes chrétiens ont un rôle capital pour «inculturer l’Evangile», assure-t-il, dans «une culture marquée par le primat de l’avoir, l’obsession de la satisfaction immédiate, l’appât du gain, la recherche du profit».
Enfin dans les domaines des sciences et des technologies modernes – et en particulier celles qui ont trait à la bioéthique -, le Conseil pontifical de la culture invite d’une part les chrétiens à acquérir une formation approfondie pour que l’Eglise soit présente dans ces domaines à travers leurs compétences, et d’autre part les séminaristes et les prêtres à se préparer à transmettre aux laïcs l’enseignement de l’Eglise sur les domaines propres à leurs qualifications professionnelles.
En présentant ce document à Rome, le 1er juin 1999, le cardinal Carlo Maria Martini, archevêque de Milan, a affirmé qu’il s’agit d’»une bonne synthèse» de ce qui s’est dit sur la culture depuis le Concile Vatican II, et en particulier au cours du pontificat de Jean Paul II. Une synthèse qui contient en même temps des indications concrètes, a-t-il ajouté, qui sont un stimulant dans le dialogue entre la culture contemporaine et la foi. (apic/imed/pr)




