Dénoncer les fausses images de Dieu
Lausanne: Les adieux du professeur Thierry de Saussure
Lausanne, Après plus de trente ans d’enseignement de la psychologie de la religion aux universités de Lausanne, Genève et Neuchâtel le professeur Thierry de Saussure, théologien et psychanalyste de Genève, a pris congé lors d’une leçon d’adieu donnée à Lausanne. La théologie et la psychanalyse ne sont-elles pas contradictoires? A la crisée de ces deux disciplines, le défi relevé par Th. de Saussure a été de dénoncer les images de Dieu que se forge l’humain dans son désir inconscient d’absolu.
Bien des travaux de psychothérapeutes aboutissent au même constat: les histoires contées par la Bible dénoncent les images fantasmatiques de Dieu. Elles nous font part, comme une volonté du Créateur, de l’incitation à devenir vraiment humain. Le péché? C’est bien plus que des fautes morales: c’est la rupture du lien avec la source de la vie et de l’amour. Et le psychanalyste de dénoncer le risque d’une certaine théologie qui postule que Dieu s’est fait homme pour que l’homme puisse devenir Dieu: «L’Evangile nous présente un Dieu qui s’autolimite en devenant homme et nous invite à s’identifier non pas au Dieu de nos fantasmes, mais à l’homme Jésus.»
Vivre, c’est choisir ! Devenir acteur de sa propre vie: tel est le résultat du renoncement au désir de toute puissance. C’est ce qui donne aux lois de la vie en groupe leur dimension positive. A l’inverse, les prétentions illimités du désir inconscient font percevoir les autres, la société et ses lois comme sources de toutes les frustrations. Fantasmer la liberté comme la fusion infantile avec le Grand Tout fait voir les lois uniquement sous leur angle répressif, et l’autre, le différent, comme un intrus à chasser. Les idéaux inconscients s’en emparent, confondant l’amour du prochain, que l’on s’efforce de connaître dans sa différence, avec une illusion d’amour qui nie les différences.
C’est à un tout autre amour auquel le Dieu de la Bible nous invite: «Aime ton prochain comme toi même» est une injonction qui relie l’amour à sa source: aimer Dieu, soi et l’autre dans un même mouvement non contradictoire. Le mieux à viser n’est pas dans l’illusion de la perfection. Car il est nécessaire, pour aimer de la sorte, d’apprendre à connaître Dieu, se connaître soi-même et connaître l’autre. La spiritualité chrétienne vise à une intégration du corps et du psychisme, et non à une opposition manichéenne. «C’est un programme de vie insolite dont l’accomplissement n’est jamais acquis», conclut Thierry de Saussure. (apic/spp/jms/mp)




