Sœur Anne-Sophie

Le Dieu des visites

Pendant tout l’Avent, nous avons appelé le Seigneur pour qu’il vienne sans tarder, lui qui au cours des siècles n’a cessé de visiter son peuple. À Noël, il est venu et enfin, il est là. Mais encore faut-il que nous nous rendions, comme les mages, à Bethléem pour que la visite soit réciproque, pour qu’elle soit une vraie rencontre.

C’est là toute la vie spirituelle: une quête de Dieu qui lui-même nous cherche. C’est d’abord dans l’immensité du ciel que les mages ont cherché des signes de sa venue, puis dans l’effort et la patience de longues distances à franchir. Ils ont ensuite consulté les spécialistes des Écritures et cette longue histoire de la Révélation de Dieu aux hommes, pour enfin découvrir dans l’intimité d’une maison ordinaire un tout petit enfant abandonné dans les bras de sa mère.

Il en va de même pour nous: c’est dans les lointains de la terre de nos existences, dans les méandres de nos histoires et de nos rencontres, dans les signes comme dans les obstacles ou les errements dont elles sont l’occasion, que s’enracine notre quête de Dieu. Elle ne va pas sans peines et fatigues. Mais soudain, la rencontre s’opère, à la fois espérée et toujours inattendue.

À l’intime du Bethléem de notre cœur nous trouvons Dieu et nous sommes trouvés par lui. Nous lui rendons visite et il nous visite, lui qui est toujours déjà là. Il se révèle à nous et ce faisant, il se communique à nous, comme dit Rahner. C’est pourquoi «l’histoire» ne s’arrête pas là! Une fois mutuellement trouvés, Dieu nous entraîne dans une immense tournée de visites et cela de deux manières: intérieurement et extérieurement.

«Il faut aller à la prière comme on va rendre visite, porteurs, comme les mages, des cadeaux appropriés à nos hôtes.»

Intérieurement déjà, car Dieu, rencontré à l’intime, convie en nous l’universel, tout comme la petite maison de Bethléem a attiré à elle les mages venus de loin. En Christ, nous communions à ce grand dessein créateur et rédempteur de Dieu sur le monde par l’amour que communique l’Esprit Saint à nos cœurs devenus universels comme le cœur de Dieu. C’est cela la prière qui nous rend solidaires de toutes les situations humaines en posant sur elles le regard et la miséricorde de Dieu. Il faut aller à la prière comme on va rendre visite, porteurs, comme les mages, des cadeaux appropriés à nos hôtes.

Extérieurement aussi, car la rencontre – si elle est authentique, va nous pousser à aller à la rencontre de ceux que nous pouvons atteindre par notre présence physique afin de leur partager Celui que nous avons trouvé et les trésors que nous avons reçus de lui. En ce sens, l’Enfant Jésus, s’il avait pu parler aux mages, n’aurait pas manquer de leur dire: «Merci pour la visite! Je vous la rendrai, vous ne perdez rien pour attendre!» Car la visite de Jésus à toutes les nations, par laquelle il leur porte le salut, c’est la grande mission de l’Église.

La finale de l’évangile de Matthieu l’exprime parfaitement: apparaissant à ses apôtres sur une montagne de Galilée, Jésus les envoie en tout lieu de l’univers, porteurs comme les mages d’un immense cadeau: le baptême, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. La vie trinitaire ne serait-elle pas la réalité offerte par Dieu aux hommes que figurait la triple offrande de l’or, de l’encens et de la myrrhe faite par les mages? Puissions-nous être porteurs d’un tel cadeau à chacune de nos visites de 2026.

Sœur Anne-Sophie, op | Dimanche 4 janvier 2026


Mt 2, 1-12

Jésus était né à Bethléem en Judée,
au temps du roi Hérode le Grand.
Or, voici que des mages venus d’Orient
arrivèrent à Jérusalem
    et demandèrent :
« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?
Nous avons vu son étoile à l’orient
et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
    En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé,
et tout Jérusalem avec lui.
    Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple,
pour leur demander où devait naître le Christ.
    Ils lui répondirent :
« À Bethléem en Judée,
car voici ce qui est écrit par le prophète :
    Et toi, Bethléem, terre de Juda,
tu n’es certes pas le dernier
parmi les chefs-lieux de Juda,
car de toi sortira un chef,
qui sera le berger de mon peuple Israël. »

    Alors Hérode convoqua les mages en secret
pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;
    puis il les envoya à Bethléem, en leur disant :
« Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant.
Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer
pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
    Après avoir entendu le roi, ils partirent.

Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient
les précédait,
jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit
où se trouvait l’enfant.
    Quand ils virent l’étoile,
ils se réjouirent d’une très grande joie.
    Ils entrèrent dans la maison,
ils virent l’enfant avec Marie sa mère ;
et, tombant à ses pieds,
ils se prosternèrent devant lui.
Ils ouvrirent leurs coffrets,
et lui offrirent leurs présents :
de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

 Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode,
ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

L'adoration des trois mages, détail. Girolamo de Santacroce. Vers 1530. | Domaine public
2 janvier 2026 | 17:00
par Sœur Anne-Sophie
Temps de lecture : env. 4  min.
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