Garanties insuffisantes
Angleterre: Avertissement de Christian Aid sur les organismes génétiquement modifiés
Londres, 13 juin 1999(APIC) L’institution d’entraide britannique Christian Aid, lance une mise en garde contre les organismes génétiquement modifiés (OGM). Les garanties sont insuffisantes pour permettre un développement estime-t-elle dans un rapport publié à Londres.
Aujourd’hui, relève Christian Aid, les OGM sont vendus à l’Occident sans garanties suffisantes. C’est pourquoi l’institution appelle les consommateurs de l’Occident à s’associer aux agriculteurs du monde en développement dans une campagne contre les OGM. Ces conclusions se retrouvent un rapport, Selling Suicide, publié par Christian Aid, institution soutenue par les grandes Eglises chrétiennes de Grande-Bretagne.
La modification génétique, qui permet de modifier les caractéristiques d’une plante par l’introduction d’un gène extérieur, vise à accroître la résistance aux insectes et à améliorer la qualité. Le produit le plus connu parmi les OGM est le soja de la multinationale Monsanto, dont les cultures peuvent être pulvérisées avec l’herbicide Roundup, qui tue toutes les autres plantes. Les partisans des OGM soutiennent que cette technique n’est que le prolongement de l’hybridation des plantes, pratiquée depuis des siècles. Les opposants répondent que l’introduction de gènes d’autres espèces, voire des gènes d’animaux dans des plantes, peut avoir des conséquences imprévisibles et des effets très graves sur l’écosystème.
Certains aliments – en particulier le soja – traités de cette façon, sont déjà vendus en Occident. L’opposition des consommateurs à la «nourriture Frankestein» est particulièrement forte en Grande-Bretagne, où le prince Charles n’a pas hésité à prendre position contre les OGM. Par ailleurs, les chaînes de distribution alimentaire Tesco, Sainsbury et Safeways, ont annoncé leur retrait d’une expérience menée par le gouvernement pour tester les effets des aliments génétiquement modifiés sur la santé des consommateurs.
Un tournant
La politique suivie par le gouvernement britannique est d’autoriser des expériences contrôlées sur des cultures d’OGM. Mais un groupe de défense de l’environnement, Friends of the Earth (Amis de la Terre) a réclamé un moratoire de cinq ans sur le génie génétique et l’obtention de brevets dans le domaine de l’alimentation et de l’agriculture. Le mois dernier, l’Association médicale britannique – qui représente la majorité des médecins – a adopté une ligne plus dure encore, en réclamant un moratoire illimité. Cependant, selon le Nuffield Council on Bioethics (Conseil sur la bioéthique), qui a déclaré n’avoir trouvé aucune raison d’imposer un moratoire sur la commercialisation des OGM, autoriser les cultures transgéniques dans les pays en développement pour combattre la famine est un «impératif moral».
Pour Andrew Simms, auteur du rapport publié par Christian Aid, «nous sommes à un tournant très important. La commercialisation des OGM n’est pas encore allée trop loin, mais le monde doit décider s’il préfère le dogme du libre marché ou le principe de la prévention (lorsque une technologie n’est autorisée que si elle est reconnue comme sûre).»
Le rapport affirme que les récoltes de produits génétiquement modifiés ne répondent pas aux besoins du monde en développement parce que la technologie est axée sur l’exportation de produits rentables comme le soja, le coton et le tabac et non sur la consommation locale. En tous les cas, la famine est causée surtout par des problèmes de distribution et de répartition des ressources et non par la pénurie de vivres. Par ailleurs, la mise en culture de produits génétiquement modifiés menace le principe même d’une agriculture mixte et saine pour l’environnement, car les agriculteurs ne peuvent pas utiliser les semences des récoltes précédentes et sont donc obligés de racheter des semences chaque fois.
Or, ceci a déjà créé d’immenses problèmes dans les pays en développement, et peut conduire à des faillites et à la ruine d’agriculteurs. En Inde, par exemple, environ 80 % des récoltes sont actuellement obtenues à partir des mêmes semences. Selon le rapport, «l’utilisation des mêmes semences est tellement fondamentale pour la société rurale indienne que toute menace à cette pratique est une menace pour la société elle-même.»
Pour un moratoire de cinq ans
Le rapport condamne aussi une autre pratique – l’obtention des brevets concernant des plantes et des arbres possédant des propriétés médicinales, comme par exemple le margousier, le curcuma (safran des Indes), ou le savonnier africain et la revente de ces produits aux communautés autochtones.
Devant l’argument avancé par les sociétés qui vendent les semences – à savoir que l’investissement dans la recherche et le développement des OGM justifient l’obtention de brevets pour couvrir les frais – le rapport constate que «l’objectif du développement humain et de la protection de l’environnement est sacrifié sur l’autel de la protection de la propriété intellectuelle».
Christian Aid réclame un moratoire de cinq ans sur la commercialisation du génie génétique dans la chaîne alimentaire. Andrew Simms espère que les consommateurs du premier monde et les agriculteurs du tiers monde pourront lutter ensemble contre ces tendances qui menacent les deux groupes. (apic/eni/pr)




