Le docteur René Laennec (1781-1826) a passé sa vie à lutter contre la tuberculose
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Laennec, avec sa foi et son stéthoscope, a pourfendu la tuberculose

Le Breton René Laennec, en inventant le stéthoscope au début du 19e siècle, a été une cheville ouvrière du déclin de la tuberculose. La fervente foi chrétienne de ce docteur opiniâtre lui a inspiré une approche humaniste et globale du patient, qui a influencé la médecine pour les siècles à venir.

Ce 17 février 1816, René Théophile Hyacinthe Laennec rentre en trombe dans son appartement parisien. Il arrache avec frénésie trois pages d’un carnet vierge. Il en fait un tuyau qu’il consolide avec une ficelle. Qui aurait pensé que ce geste apparemment trivial allait changer le cours de la médecine?

Le docteur qui exerce alors à l’hôpital Necker, au sud-ouest de la capitale, teste son invention le jour-même sur une patiente. En posant le tube de papier sur sa poitrine, il parvient à entendre des bruits différents lorsque la femme respire, expire ou tousse.

Le temps des ‘Dames aux camélias’

Laennec a trouvé l’inspiration pour ce nouvel instrument lors d’une balade à Paris, en observant des enfants jouer à se transmettre des sons à travers une poutre.

Il est persuadé d’avoir réalisé un grand pas dans la détection d’un fléau qui ravage alors l’Europe: la tuberculose. Le mycobacterium tuberculosis fauche partout des centaines de milliers de personnes, souvent des jeunes, sapant ainsi les forces vives de la société. La médecine de l’époque est fort démunie face à cette grave affection. Le seul examen clinique à disposition est la percussion des poumons, qui permet le repérage des «zones sourdes», rappelle Le Livre des Merveilles. Une méthode peu fiable.

«L’engagement catholique de Laennec n’arrange rien, en un temps où l’athéisme scientifique croit pouvoir triompher des ‘vieilles superstitions’»

La pandémie provoque son lot de souffrances physiques, mais aussi sociales. Des politiques sanitaires prescrivent d’enfermer les malades dans des lieux isolés. Les sanatoriums ne sont en fait que des mouroirs, principalement destinés aux plus vulnérables, les pauvres et les femmes. Une douloureuse réalité notamment reflétée dans le roman La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas.

Vents contraires

La lutte contre la tuberculose représente une obsession de vie pour Laennec. Il ne peut supporter son dénuement face à cette maladie qu’il nomme sa «vieille ennemie». Le 17 février 1816 marque ainsi d’une pierre blanche son combat.

À partir de là, le Breton ne cesse d’améliorer son stéthoscope. Il se rend vite compte à quel point son invention est révolutionnaire. La diversité des bruits transmis par l’instrument permet à l’ensemble de la cage thoracique de livrer ses secrets. Grâce à cela, le médecin peut diagnostiquer la tuberculose avec sûreté, isoler des pathologies pulmonaires qui n’ont rien à voir avec elle, suivre pas à pas les progrès de la phtisie dans l’organisme.

Laennec cherche alors à répandre l’usage du stéthoscope. Mais, comme de nombreux inventeurs audacieux de son époque, il se heurte au scepticisme, voire à une violente opposition. Le chef de file des détracteurs est François-Joseph-Victor Broussais (1772-1838), l’un des médecins les plus en vue dans la haute société parisienne. Il professe une idée de la médecine très différente de celle de Laennec et compare le stéthoscope à du charlatanisme.

Une foi simple et éthique

L’engagement catholique de ce dernier n’arrange rien, en un temps où l’athéisme scientifique croit pouvoir triompher des «vieilles superstitions», souligne Le Livre des Merveilles.

Né à Quimper en Bretagne, une région profondément catholique, Laennec était en effet un homme profondément croyant. Une biographie médicale historique mentionne qu’il suivait les prescriptions de sa foi avec simplicité et sans ostentation, ne cherchant ni prosélytisme ni avantage social. Sa foi était morale et éthique plutôt que ritualiste ou affichée.

«L’instrument qu’il laisse en héritage sera un outil fondamental pour la détection précoce et le suivi de la tuberculose»

Celle-ci l’a-t-elle porté lorsqu’il dut affronter le torrent de critiques contre son invention? Rien ne permet de le dire, mais il apparaît qu’il n’a en tout cas jamais baissé les bras. Une persévérance qui finit par payer, alors qu’il enchaîne les petites victoires. Des diagnostics particulièrement brillants achèvent d’asseoir sa réputation. Comme celui d’une pleurésie liquidienne chez une jeune femme que l’un de ses adversaires considérait comme présentant une phtisie en phase terminale. Ponctionnée à temps, elle se rétablit.

Rattrapé par sa vieille ennemie

Les travaux de Laennec finiront par s’imposer, tandis que la doctrine de Broussais déclinera rapidement après sa mort. Son traité De l’auscultation médiate en 1819 est considéré comme un ouvrage de référence. La gloire arrive enfin en 1822, lorsqu’il est nommé professeur au Collège de France.

En 1824, c’est avec son propre stéthoscope que l’infection de Laennec à la tuberculose est découverte. Sa «vieille ennemie» règle définitivement ses comptes avec lui en 1826, alors qu’il est âgé de seulement 45 ans.

L’instrument qu’il laisse en héritage sera un outil fondamental pour la détection précoce et le suivi de la tuberculose, permettant de traiter les malades avec beaucoup plus d’efficacité. Le recul massif de la tuberculose sera lié plus tard aux découvertes microbiologiques et aux traitements efficaces, dès la fin du 19e siècle.

Suivant la voie qu’il a tracée, d’autres ont en outre mis au point l’auscultation cardiaque.

Pour la pudeur des femmes

Au-delà de ces réalisations cruciales pour la santé humaine, le médecin breton a eu une influence sur la prise en charge des patients. Ses écrits et ses correspondances montrent qu’il voyait dans la religion un guide pour la conduite personnelle et la bienveillance envers les malades. Alors qu’à l’époque la médecine pouvait être brutale ou indifférente, surtout envers les pauvres ou les femmes, Laennec considérait chaque patient comme un être humain digne de respect, indifféremment de son statut social.

«La vie de Laennec réfute l’idée reçue selon laquelle la poursuite de la science est incompatible avec la foi religieuse»

Il a été dit que l’invention du stéthoscope servait également à préserver la pudeur des femmes, la pratique d’auscultation de ce temps voulant que le médecin pose directement l’oreille sur leur poitrine.

Une médecine de vérité

La foi du Breton se traduisait aussi dans sa rigueur scientifique, du moment qu’il refusait de laisser ses croyances influencer ses observations. Il suivait une éthique de vérité et de précision, considérant que la médecine devait être honnête et fiable, pour le bien du malade.

Dans sa conférence sur Laennec en 1883, le docteur Austin Flint, éminente autorité américaine en matière d’auscultation, déclarera d’ailleurs: «La vie de Laennec offre un exemple frappant parmi d’autres qui réfute l’idée reçue selon laquelle la poursuite de la science est incompatible avec la foi religieuse.» (cath.ch/livredesmerveilles/arch/rz)

Le docteur René Laennec (1781-1826) a passé sa vie à lutter contre la tuberculose
20 janvier 2026 | 17:00
par Raphaël Zbinden
Temps de lecture : env. 5  min.
Maladie (81), médecine (51), Science (58)
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