Jacques Berset

Ravenne, au-delà du ravissement des mosaïques paléochrétiennes

Je me réjouissais, en allant visiter la ville italienne de Ravenne, en Émilie-Romagne ce mois de janvier, de découvrir les églises paléochrétiennes, célèbres pour leurs mosaïques datant des Ve et VIe siècles, un témoignage exceptionnel de l’art byzantin et de l’iconographie chrétienne. J’allais avoir bientôt une surprise désagréable…

 Après avoir admiré les mosaïques à nulles autres pareilles des baptistères: celui de la tradition trinitaire, le Baptistère de l’évêque Néon (fin du Ve siècle), ou celui des Ariens (de l’arianisme, doctrine christologique hérétique due au théologien alexandrin Arius), me voici devant la basilique de San Francesco. Première découverte: c’est l’église où eurent lieu en 1321 les funérailles de Dante Alighieri, le plus grand poète italien, auteur de la «Divine Comédie» et qualifié de «père de la langue italienne».

Mais ce n’est pas son tombeau – un petit temple de style néoclassique que les habitants de Ravenne surnomment dans le dialecte local la «pivarola» (la poivrière) en raison de sa forme –  qui m’a surpris, voire interloqué! A côté de l’exposition sur Dante, qui fut chassé de Florence pour s’être dressé contre la politique d’ingérence du pape, je découvre des pamphlets sur «le danger des tatouages». Une sévère mise en garde avec force citations du Père Gabriele Amorth, décédé le 16 septembre 2016 à l’âge de 91 ans, après avoir été pendant 36 ans l’exorciste du diocèse de Rome.

 «Se faire tatouer, c’est désobéir à Dieu… Le tatoué permet au diable d’avoir des influences sur lui… Derrière chaque tatouage, qu’il s’agisse d’une petite fleur ou d’un dragon, il y a précisément du satanisme…». Nous voilà vivement interpellés ! J’apprends ainsi que si, sur la peau, on se tatoue des anges, des visages de saints ou des images de Jésus ou de Marie, nous offensons Dieu deux fois. «L’on ne plaisante pas avec ça !», peut-on lire sur cette feuille que l’on retrouve dans divers lieux de culte de la ville.

«Cela m’a fait penser au village de mon enfance, quand les paysans du lieu craignaient comme la peste la ‘sorcière’»

 La mise en garde cite encore une fois le Père Amorth, qui disait que «dans les exorcismes, le démon avoue à plusieurs reprises, par la bouche des possédés, que quiconque se fait tatouer est consacré à Satan, et peu importe le dessin du tatouage, l’influence du démon sur la vie du tatoué est réelle et continue».

 J’en tremble encore !?  Après la visite des superbes églises paléochrétiennes de Ravenne, qui m’a élevé l’âme, serais-je, en ce début de XXIe siècle, replongé en pleines peurs du Moyen-Age?

 Ou alors serais-je devenu trop rationaliste, alors que le pape François déclarait le 25 septembre 2024, lors de sa 500ème audience générale:  «Notre monde technologique et sécularisé regorge de magiciens, d’occultisme, de spiritisme, d’astrologues, de vendeurs de sorts et d’amulettes, et malheureusement de véritables sectes sataniques… Chassé par la porte, le diable est rentré par la fenêtre, pourrait-on dire. Chassé par la foi, il revient par la superstition.»

 Cela m’a fait penser au village de mon enfance, quand les paysans du lieu craignaient comme la peste la «sorcière» vivant dans une masure isolée près de la forêt, qui, grâce à son «grand grimoire», pouvait lancer des sorts… Mon père me racontait, dans les années 60, ces superstitions qui, alors, me paraissaient déjà d’un autre âge! 

Jacques Berset

15 janvier 2026

Le prêtre exorciste Gabriele Amorth considérait que les tatouages relevaient du satanisme | DR
15 janvier 2026 | 17:47
par Jacques Berset
Temps de lecture : env. 2  min.
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