Israel: un projet de loi menace la survie des établissements chrétiens de Jérusalem
Les 12 écoles chrétiennes de Jérusalem se sont mises en grève le 10 janvier 2026 après que les permis de 171 enseignants issus de Cisjordanie ont été annulés par les autorités israéliennes. Des «mesures arbitraires» qui mettent en péril l’éducation de 10’000 élèves, auxquelles se surajoute un projet de loi discriminatoire.
Avec Terre Sainte Magazine
Les permis de travail sont des autorisations temporaires délivrées par Israël. Ils permettent aux résidents palestiniens de Cisjordanie d’entrer en Israël pour y travailler légalement. Ils sont soumis à des contrôles sécuritaires, sont limités dans le temps et souvent conditionnés à un employeur ou à des horaires précis. La grande majorité de ces permis ont été révoqués après l’attaque du 7 octobre 2023, avec pour seule exception les enseignants et les professionnels de santé. Mais Israël a encore durci ses mesures «sécuritaires», révoquant les permis de nombreux enseignants.
Des renouvellement au compte-goutte depuis l’été
«Les problèmes ont commencé cet été, raconte Frère Daoud Kassabry, le directeur du Collège des Frères de Lasalle, l’une des écoles privées les plus prestigieuses de Jérusalem. Les autorités israéliennes ont révoqué les permis des enseignants du 20 juillet au 20 août, au motif qu’il n’y avait pas école. Mais ce n’est pas parce qu’il n’y a pas classe que l’école ne tourne pas, au contraire: il y avait les camps d’été, et de la maintenance à gérer.»
À la reprise des cours de l’année scolaire 2025-2026, les permis ont été renouvelés, mais pour six mois seulement. Seuls certains professeurs ont eu un permis début janvier 2026, et encore à l’étendue limitée: «Parfois ils n’incluent pas le samedi, qui est pourtant un jour de classe», précise le directeur du collège lasallien.
En protestation, 12 établissements chrétiens parmi les plus réputés de la ville sainte ont choisi de garder portes closes dès le 10 janvier: 10’000 élèves sont concernés. Dans un communiqué, le Secrétariat général des écoles chrétiennes explique rejeter les «mesures arbitraires» des autorités israélienne et affirme son «incapacité à assurer le déroulement régulier du second semestre scolaire tant que ces mesures resteront en vigueur».
Un projet de loi discriminatoire
Les autorités israéliennes ont alors lâché du leste. Les enseignants palestiniens ont vu leurs permis renouvelés, mais seulement pour cinq jours au lieu des sept habituels. Avec en outre des exceptions. «Notre coordinatrice académique, âgée de 60 ans, s’est vue refuser son permis au motif qu’elle n’est pas mariée et qu’elle doit renouveler sa carte d’identité magnétique alors qu’elle est encore valable six mois», détaille pour Terre Sainte Magazine Sœur Lucy Jadallah, directrice de l’école des sœurs du Rosaire, qui emploie 33 professeurs issus des territoires palestiniens.
Un projet de loi examiné par la Knesset en 2025 vise à interdire l’emploi d’enseignants titulaires d’un diplôme universitaire délivré par l’Autorité palestinienne (AP), soit ayant étudié dans les territoires palestiniens. Or, selon les données présentées lors des délibérations par le Centre de recherche et d’information de la Knesset, sur les 30’339 enseignants qui ont commencé à enseigner dans l’éducation arabe au cours de la dernière décennie, 11% sont titulaires d’un diplôme universitaire délivré par l’Autorité palestinienne, soit 3447 enseignants. Ces derniers enseignent en majorité (62%) à Jérusalem-Est, mais aussi (29%) dans l’enseignement bédouin dans le Néguev et (9%) dans d’autres districts.
Aujourd’hui, précise Terre Sainte Magazine, environ 6700 enseignants enseignent à Jérusalem-Est, et au moins 60% d’entre eux sont titulaires d’une licence délivrée par un établissement universitaire palestinien.
Au cœur de la question: les manuels scolaires
Les écoles chrétiennes sont classées par le ministère israélien de l’Éducation et l’autorité éducative de la municipalité de Jérusalem comme «établissements reconnus mais non officiels». Elles sont fréquentées par des élèves palestiniens (chrétiens et musulmans) et dispensent le programme national palestinien (tawjihi), avec des manuels néanmoins modifiés par les autorités israéliennes, ainsi que des programmes internationaux.
«Les difficultés autour des permis mettent en lumière un conflit de longue date autour de l’éducation dispensée aux élèves palestiniens à Jérusalem-Est», précise le magazine de la Custodie franciscaine de Terre Sainte. Israël affirme que le programme palestinien contient des incitations à la haine et nie son droit à exister. «De ce fait, les écoles privées subissent une pression croissante pour adopter le programme israélien (bagrout) comme condition d’obtention de subventions, alors que leur budget sont mis à rude épreuve par la guerre.» (cath.ch/tsmag/cl/lb)





