Les représentants de la Conférence des gouvernements de Suisse occidentale, le 26 janvier 2026 à Lausanne: de g. à d. Stéphane Theurillat, Ministre du canton du Jura; Nathalie Fontanet, conseillère d'Etat du canton de Genève; Christelle Luisier Brodard, présidente du Conseil d'Etat du canton de Vaud | © Raphaël Zbinden
Suisse

«Les émissions religieuses de la SSR font partie de l’offre culturelle menacée»

La Conférence des Gouvernements de Suisse occidentale (CGSO) a annoncé le 26 janvier 2026 à Lausanne sa ferme opposition à l’initiative populaire «200 francs, ça suffit!» (initiative SSR). Les représentants des gouvernements des cantons de Vaud, Genève et du Jura ont notamment souligné la menace que fait peser l’initiative sur l’offre religieuse de l’audiovisuel public.

«Des milliers de personnes en Suisse romande attendent chaque dimanche matin la retransmission de la messe ou du culte sur la RTS. Comment évaluez-vous l’éventuelle disparition d’une telle offre qui répond aux besoins spirituels d’une partie de la population?» «Les émissions religieuses font partie de toutes cette dimension culturelle qui serait clairement menacée en cas d’acceptation de l’initiative», a répondu Christelle Luisier Brodard à la question de cath.ch. La présidente du Conseil d’État du canton de Vaud était l’une des trois représentants de gouvernements de Suisse occidentale présents à la conférence de presse. Celle-ci s’est déroulée au Centre de formation au journalisme et aux médias (CFJM), à Lausanne.

Danger sur la cohésion nationale

La Conférence des Gouvernements de Suisse occidentale (CGSO) a présenté devant une quinzaine de journalistes ses arguments contre l’initiative «200 francs, ça suffit!», qui sera soumise au peuple suisse le 8 mars prochain. Une acceptation du texte et un abaissement de la redevance de 335 à 200 francs entraînerait une réduction de 54% du budget de la SSR, ont rappelé les élus. Une déflagration qui aurait forcément pour effet une diminution drastique des moyens et donc de l’offre du service public audiovisuel national.

Christelle Luisier Brodard a rappelé l’importance de la RTS pour la cohésion nationale | © Raphaël Zbinden

«Il est bien sûr impossible de dire actuellement comment se répercuteraient les coupes dans les prestations de la SSR», a relevé Christelle Luisier Brodard. Il est toutefois certain qu’un ›oui’ le 8 mars aurait des effets nuisibles inéluctables sur la couverture régionale. Un problème, car «le service public n’a de légitimité que s’il demeure solidement ancré dans toutes les régions linguistiques de la Suisse. De fait, il joue un rôle central dans la préservation de la cohésion nationale», ont noté les représentants de gouvernements.

Pour des citoyens justement informés

La cohésion nationale a été un mot-clé de la conférence de presse. Christelle Luisier Brodard, Nathalie Fontanet, conseillère d’État du canton de Genève, et Stéphane Theurillat, Ministre du canton du Jura, ont rappelé que la Suisse s’était construite sur la reconnaissance de sa diversité. «Le traitement de l’actualité locale et régionale ainsi que les émissions et partenariats dans les domaines du sport et de la culture constituent un enjeu essentiel pour les minorités linguistiques et les régions périphériques», ont insisté les représentants cantonaux.

Pour Nathalie Fontanet, le soft power de la Suisse aurait beaucoup à perdre d’une réduction de la redevance | © Raphaël Zbinden

Pour que le système de fédéralisme et de démocratie directe puisse fonctionner, il est indispensable que les citoyens soient capables de se forger librement leurs propres opinions. Pour cela, un audiovisuel public de qualité est nécessaire. «La réduction de la redevance à 200 francs fragiliserait fortement la production d’une information journalistique plurielle, de qualité et indépendante. Cela compromettrait la capacité des médias publics et privés à garantir à l’ensemble de la population une information fiable, indispensable pour le bon fonctionnement du débat démocratique et pour lutter contre les fake news circulant dans les réseaux sociaux.» D’où l’importance d’un média national indépendant et neutre. «La SSR fonctionne avec une logique différente, qui n’est pas celle de la course au profit», a commenté Christelle Luisier Brodard.

Le seul média qui appartient à tous les Suisses

«Une redevance à 200 francs affecterait tout le tissu social», a en outre prévenu Stéphane Theurillat. La SSR est dans de nombreuses régions de Suisse, et notamment le Jura, au cœur d’un vaste réseau économique. Des milliers d’emplois seraient menacés en cas de baisse de la redevance. Sans compter une perte en innovation et formation journalistique et numérique dont la SSR est le moteur. «La SSR est le seul média qui appartient à tous les Suisses», a martelé Nathalie Fontanet.

Stéphane Theurillat a relevé que la SSR était au coeur d’un vaste réseau économique | © Raphaël Zbinden

La Genevoise a mis l’accent sur la valorisation du patrimoine culturel rendu possible par le service public. «Il s’agit de l’un des seuls moyens de transmettre les traditions, fêtes populaires, expressions artistiques qui font vivre notre pays.» Elle a pointé le rôle des archives, qui font office de mémoire collective et conservent l’identité culturelle de la Suisse.

La réputation de la Suisse en jeu

Au-delà des frontières, Nathalie Fontanet a mis en garde contre l’affaiblissement du «soft power» helvétique. Plus de 800’000 Suisses de l’étranger dépendent des informations de Swissinfo, un média également financé par la redevance. Grâce au partenariat avec TV5 Monde, la RTS est en outre retransmise dans le monde entier. Autant de dispositifs qui renforcent la visibilité de la Suisse dans le monde et qui serait mis à mal en cas d’acceptation de l’initiative.  «C’est également la réputation de notre pays à l’international qui est en jeu», a averti la conseillère d’État genevoise.

Rien n’est gratuit

Mais qu’en est-il de la charge financière de la redevance, sur les ménages modestes notamment? Stéphane Theurillat a rappelé les nombreuses prestations offertes par la SSR, notamment les retransmissions d’événements culturels ou sportifs. Si le service public n’avait plus les moyens de les diffuser, les personnes devraient se tourner vers des acteurs médiatiques privés aux prestations souvent coûteuses. «De toute façon, rien n’est gratuit», a renchéri Nathalie Fontanet, qui a rappelé que dans de nombreux domaines, dont la santé, la qualité avait un coût. Stéphane Theurillat pense, finalement, qu’une prise de conscience doit se faire dans la population, qui ne se rend souvent pas compte de ce qu’elle perdrait en cas d’une acceptation de «200 francs, ça suffit!». (cath.ch/com/rz)

Les représentants de la Conférence des gouvernements de Suisse occidentale, le 26 janvier 2026 à Lausanne: de g. à d. Stéphane Theurillat, Ministre du canton du Jura; Nathalie Fontanet, conseillère d'Etat du canton de Genève; Christelle Luisier Brodard, présidente du Conseil d'Etat du canton de Vaud | © Raphaël Zbinden
26 janvier 2026 | 17:00
par Raphaël Zbinden
Temps de lecture : env. 4  min.
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