Le ministre de la Défense désigné comme instigateur du crime
Guatemala: Trois militaires de haut rang impliqués dans le meurtre de Mgr Gerardi
Guatemala, 29 juin 1999 (APIC) Le ministre désigné de la Défense du Guatemala, Marco Tulio Espinosa, ainsi que deux militaires de haut rang, ont été désignés par l’ex-juge Juan Solis Oliva comme les instigateurs du meurtre de Mgr Juan Gerardi Conedera , assassiné à coups de pierre dans sa cure le 26 avril 1998. Le ministre Espinosa, désigné comme commanditaire du crime, a le grade de général. Il sera assermenté mercredi 30 juin au cours d’une cérémonie officielle.
L’ex-juge Juan Solis Oliva a déposé sa requête lundi matin 28 juin devant le Tribunal de première instance, et présenté son mémoire pour solliciter l’ouverture d’une procédure pénale contre le nouveau ministre de la défense, le général Espinosa, ainsi que contre le major Francisco Escobar Blass et le colonel Rudy Pozuelos. Il appartient désormais au Ministère public de déterminer si les preuves réunies contre les trois chefs militaires sont suffisamment fondées pour leur mise en examen.
Selon Juan Solis Oliva, le major Escobar Blass a «organisé l’opération logistique», pour permettre aux membres du commando militaire appelé «Valle del Sol» d’assassiner l’évêque auxiliaire de Guatemala Ciudad, Mgr Gerardi. Le même ex-juge affirme que toute l’opération a été montée avec la «bénédiction» et le soutien du ministre-général Espinosa et du colonel Pozuelos.
Le même Tribunal de première instance a de son côté convoqué deux autres militaires, mais en qualité de témoins cette fois, les capitaines Juan Urizar et Alejandro Jimenez Lopez, alors au service de l’Etat major présidentiel (EMP), au moment du crime. Selon Solis Oliva, ces deux militaires savent comment a été organisé l’assassinat de Mgr Gerardi, et avec quelles précautions les indices pouvant permettre de remonter à l’armée ont été soigneusement éliminés. «La nuit même du meurtre, affirme-t-il à l’appui, des véhicules de l’EMP ont circulé autour de la maison de paroisse, afin de vérifier que rien n’avait été laissé au hasard».
Interrogé par la presse locale, le ministre général, qui prêtera serment mercredi, s’est borné a déclarer qu’il appartient désormais au Ministère public de dire si oui ou non les preuves sont réunies pour une mise en accusation.
Pas une surprise pour l’Eglise
Mgr Gerardi a été tué dans la nuit du 26 avril 1998 de plusieurs coups portés à la tête à l’aide d’une pierre. Deux jours avant son assassinat, l’évêque auxiliaire avait présenté au pays un document accablant contre la répression violente, principalement exercée par les forces armées du Guatemala pendant 36 ans de guerre civile. Il avait notamment dénoncé les exactions qui ont causé la mort de près de 200’000 civils.
Dans les milieux de l’Eglise catholique, au niveau de la base comme à celui de la hiérarchie, on n’a pas hésité à montrer du doigt des militaires de haut rang, et cela dès le début de l’affaire. Des accusations étayées avec précision contre plusieurs membres des forces armées n’avaient jusqu’ici jamais été prises en compte par la justice. Malgré des faits troublants, aucune enquête n’avait alors été ouverte à leur encontre. Plusieurs arrestations ont été opérées, jugées peu sérieuses. Toutes les personnes alors interpellées furent relâchées, y compris le prêtre guatemaltèque Mario Orantes, détenu le 22 juillet 1998. Ce dernier a été remis en liberté après quelque 7 mois de détention. (apic/pl/pr)




