Belgrade: Le patriarche Pavle dénonce les «bombes de la calomnie» contre la Serbie
Visite de sympathie d’envoyés du patriarche de Constantinople
Belgrade/Vienne, 5 mai 199 (APIC) Le patriarche Pavle, chef de l’Eglise orthodoxe serbe, s’est déclaré profondément touché par les «bombes de la calomnie» déversées contre la Serbie. Il a également condamné les tendances nationalistes lors de la visite mardi soir à Belgrade du métropolite orthodoxe de Vienne, Michel Staïkos, et de son collègue parisien, Jérémie Kaligiorgis, métropolite orthodoxe de France.
Recevant les deux archevêques grecs-orthodoxes en visite en Yougoslavie à la demande du patriarche de Constantinople Bartholomaios Ier, le chef de l’Eglise serbe a déclaré que «sur la Serbie, ce sont pas seulement matériellement que tombent les bombes, mais le peuple serbe est également soumis au bombardement de la calomnie». Mgr Staïkos a rapporté mercredi ces propos à l’APIC à Vienne. Les deux métropolites ont assuré le patriarche Pavle de la sympathie du patriarche œcuménique Bartholomaios.
A l’occasion de la visite des métropolites de France et d’Autriche, Mgr Pavle a une nouvelle fois répété que l’Eglise serbe «rejette les tendances nationalistes mais partage également les souffrances du peuple serbe tout comme celles des personnes chassées du Kosovo». L’Eglise serbe veut contribuer à une solution pacifique, a souligné Mgr Staïkos, mais le patriarche Pavle est très touché par la façon dont on met en question en Occident «le droit et l’identité du peuple serbe.»
Les Eglises occidentales appelées à soulager la détresse également en Serbie
Le chef de l’Eglise orthodoxe serbe était rentré la semaine dernière «très déprimé» par sa visite au Kosovo – où il fut très longtemps évêque – et consterné par l’ampleur des destructions. Il s’est dit frappé par le nombre de villages vidés de leurs populations. Le patriarche Pavle a également déploré l’absence d’aide fraternelle de la part des Eglises occidentales pour soulager la détresse en Serbie. «Le patriarche a attendu cette aide et continue de l’attendre», a déclaré à l’APIC Mgr Staïkos. Les seules Eglises qui apportent actuellement de l’aide aux Serbes sont les Eglises orthodoxes du monde entier. Le métropolite d’Autriche a souligné que de jour Belgrade donne une impression terrible à cause des destructions, tandis que de nuit, ce n’est plus qu’une ville fantôme.
En raison des bombardements de l’OTAN, l’eau et l’électricité manquent même dans les plus grands hôtels, tandis que la situation est particulièrement alarmante dans les hôpitaux. En raison des raids aériens sur la capitale yougoslave, les médecins ont noté un nombre inhabituel de naissances prématurées. La survie de ces nouveau-nés, en couveuse, est menacée par la destruction de l’approvisionnement en électricité. Le métropolite viennois a encore remarqué qu’en Serbie, «les gens sont informés». Et de souligner que la population a accès à tous les programmes de TV occidentaux, de CNN à la RAI, en passant par les chaînes allemandes ARD et ZDF.
Le COE et la KEK critiquent les bombardements de l’OTAN
Le secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises (COE), le pasteur Konrad Raiser, a également lancé mardi soir depuis Vienne un appel aux responsables politiques européens pour qu’ils s’opposent à la logique de guerre dans le conflit du Kosovo. Il a déploré le risque d’escalade et la mentalité dominante de la «victoire ou la défaite». Le pasteur Raiser a également interpellé les Eglises. Il a rappelé qu’elles ne pouvaient se décharger du fait qu’elles étaient elles aussi «une partie du mal» dans le conflit du Kosovo.
Keith Clements, secrétaire général de la Conférence des Eglises européennes (KEK), a lui aussi critiqué les bombardements de l’OTAN, soulignant que les Eglises ont depuis longtemps mis en garde contre le risque qu’une agression militaire contre la Yougoslavie soit «contre-productive» tant pour la population du Kosovo que pour celle du reste de la Yougoslavie. L’intervention de l’OTAN, a-t-il déploré, a sévèrement affaibli les forces en Yougoslavie qui s’engagent pour la démocratie et la défense des droits de l’homme, tout en déstabilisant toute la région.
Des fondamentalistes musulmans profitent de la situation
D’autres voix au sein du COE relèvent également que les bombes de l’OTAN ont plutôt renforcé le dictateur Milosevic et la direction politique à Belgrade, et que ce n’est que le petit peuple qui souffre. Du côté catholique, Mgr Joakim Herbut, évêque macédonien du diocèse de Skopje-Prizren, dont fait partie le Kosovo, a lancé un nouvel appel pour la cessation des frappes aériennes et des combats au Kosovo. Dans une émission de télévision, son confrère orthodoxe Kiril Popovski, métropolite de Polog et Kumanovo, a mis en garde contre le risque de déstabilisation de la Macédoine, submergée par le flux de réfugiés kosovars. La situation «est très sérieuse», le pays risque de perdre son équilibre ethnique, a-t-il relevé. Le métropolite orthodoxe révèle que des fondamentalistes musulmans venus de l’extérieur profitent de la crise du Kosovo et de la tragédie des réfugiés pour prendre pied dans la région. (apic/kap/be)




