Rwanda: Décès de l’abbé Modeste Mungwarareba, secrétaire de la Conférence épiscopale
Disparition, de «mort naturelle», d’un apôtre de la réconciliation
Kigali, 6 mai 1999 (APIC) L’abbé Modeste Mungwarareba, secrétaire général de la Conférence épiscopale du Rwanda, est mort lundi «de mort naturelle» à l’âge de 48 ans à l’hôpital de Butare, dans le sud du pays. Apôtre de la réconciliation entre Hutus et Tutsis, ce prêtre d’origine tutsie était une grande figure de l’Eglise catholique rwandaise, connue bien au-delà de la région des Grands Lacs. Lauréat 1998 du Prix international de la Paix de Pax Christi, il avait également été l’hôte en Suisse de la campagne de carême 1996. Pour la Conférence épiscopale rwandaise, les rumeurs sur son «décès suspect» sont infondées.
Démentant les rumeurs – une dépêche de l’AFP du 5 mai parle de «mystérieux décès», d’autres sources à Kigali répandent le soupçon d’un empoisonnement – ses proches à Kigali ont confirmé jeudi à l’APIC que malade depuis un certain temps, Modeste Mungwarareba est décédé de mort naturelle. Si l’abbé, un homme apparemment de constitution robuste, au visage rayonnant, avait l’air en bonne santé, il gardait quelques séquelles d’un long séjour en prison en 1990, mais également des mauvais traitements subis à plusieurs reprises dans sa jeunesse dans le cadre des troubles ethniques et de la répression de l’opposition.
L’une des figures de proue du SAT, un atelier de réconciliation interethnique
«Il était aussi très fragilisé intérieurement par tout ce qu’il avait vécu, notamment dans les circonstances du génocide de 1994… il ne faut pas oublier que cet homme a énormément souffert, comme beaucoup ici», rappelle-t-on au siège de la Conférence épiscopale.
L’abbé Modeste fut un responsable apprécié du Service d’animation théologique (SAT) de Butare, un lieu de formation pour les laïcs, axé sur la réconciliation, qui, lors du génocide de 1994, perdit 38 de ses 72 animateurs. Lui-même ne dut son salut qu’à sa fuite à l’étranger. Le SAT a étéé fondé en 1990 par un théologien laïc marié et père de quatre enfants, Laurien Ntezimana, d’origine hutue. Deux ans après la création de ce service, alors qu’il venait de perdre un de ses collaborateurs, Laurien était rejoint par un prêtre tutsi, Modeste Mungwarareba. Dès la fin de l’année 1994, le SAT reprenait son travail pastoral, autant psychologique et social que spirituel, pour promouvoir la réconciliation et former des «noyaux générateurs de paix» au Rwanda.
C’est pour leur engagement en faveur de la réconciliation, que les deux responsables du SAT recevaient, le 25 novembre dernier à Louvain-la-Neuve, le Prix international de la Paix, des mains du président de Pax Christi international, le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles.
Inspirateur de la «Confession de Detmold»
Né le 8 mai 1951 dans la préfecture de Butare, l’abbé Modeste Mungwarareba a été ordonné prêtre en 1976. Devenu en 1996 secrétaire de la Conférence épiscopale du Rwanda, il poursuivait son traail aux côtés de Laurien Ntezimana. Il est l’inspirateur de la «Confession de Detmold», du nom de la localité allemande où ce texte fut signé en décembre 1997 par des chrétiens rwandais d’ethnies et d’Eglises différentes, soucieux de s’engager dans la construction d’un Rwanda où il fasse bon vivre pour tous.
Invité en Suisse avec Laurien Ntezimana lors de la campagne de carême 1996, il avait alors reconnu combien «l’amour des ennemis, c’est très difficile à vivre!». Il témoignait pourtant que la non-violence est possible, même dans un pays déchiré, «où la convivialité a vraiment été brisée à cause du génocide». Dans un contexte encore très marqué par la peur, le désespoir, le doute sur les possibilités de vaincre la violence, le travail consiste, précisait M. Mungwarareba, à «remettre debout les individus, à mettre ensemble les individus qu’on a remis debout, à mettre au travail les individus qu’on a mis ensemble». Secrétaire romand de l’Action de Carême – un organisme qui finance le travail du SAT – , Charles Ridoré salue la mémoire de cet homme, qui, avec son ami Laurien, avait fortement impressionné le public suisse par son message de réconciliation et son travail pour promouvoir le dialogue entre les deux communautés rwandaises. (apic/be)




