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Homélie

Homélie du 8 février 2026 (Mt, 13-16)

Abbé Rodolf Zumthurm – Chapelle de Glace, Leysin, VD

En allemand, existe l’expression : « Und der Letzte – macht das Licht aus ! ». En français, cela donne: « Et le dernier qui quitte la pièce – éteint la lumière… »
Cette expression – ironique – trouve son origine dans l’ancienne RDA. Juste avant la chute du mur de Berlin. Au moment où les citoyens de la RDA tournaient le dos à leur pays par milliers !

Aujourd’hui cette expression décrit la fin prochaine de quelque chose. Un processus où tout se dissout. Ou tout semble fini. Terminé. Une situation désespérée, de non-retour. Lorsque le dernier est parti, lorsque même la lumière est éteinte, il fait nuit noire.
C’est notre ressenti, aujourd’hui, lorsque nous regardons autour de nous. Notre monde est en manque d’espérance. Nos Eglises en rapide diminution.  Et nous ne savons plus quel lendemain nous attend. « Et le dernier qui quitte – éteint la lumière… »

Dans l’Evangile, nous trouvons une expression similaire : « On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ». Le boisseau, c’est un récipient. Le boisseau qu’on pose à l’envers sur la lampe à huile la protège. Cela évite de la « shooter » par accident. Et de la casser, si elle est en terre cuite. Cela diminue aussi le risque d’incendie, même si la lampe n’est pas complètement éteinte. Vu qu’un récipient hermétique, posé par-dessus, provoque rapidement un manque d’oxygène. Le boisseau est donc le lieu de rangement, par excellence, pour une lampe à huile, lorsqu’on ne l’utilise plus.

Appel de Jésus à faire rayonner la lumière

 Ne pas mettre la lumière sous le boisseau signifie donc : « Ne rangez pas votre lumière ! », « Ne la cachez pas ! ». L’Evangile le formule en positif : « Soyez vous-même la lumière ! »
L’Evangile pousse même plus loin et ose affirmer : « Vous êtes la lumière du monde ! ». L’Evangile reprend l’exemple de la lampe qu’il faut utiliser, et non pas ranger. La lampe à huile, « on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. »

De même, que votre lumière brille devant les hommes. » « Vous êtes la lumière du monde ! ». Dans la bouche de Jésus, c’est un appel ! Un appel à faire rayonner cette lumière. Pour le monde ! Pour tous ! Nous ne sommes pas appelés à devenir des « loupiottes de sanctuaire ou de sacristie ». Ou pire : A ranger définitivement notre lumière, bien à l’abri de tout.

Notre boulot en tant que croyants, notre « être chrétien », c’est devenir une lumière qui se voit, une lumière qui éclaire et qui réchauffe le monde. Car nous sommes d’abord chrétiens, pour les autres ! « Vous êtes la lumière du monde ! ». Non pas de manière triomphaliste : « Regardez !  On vous apporte la lumière ! ». Mais avec une attitude humble, simple et fraternelle.

L’année du jubilé avait vu juste. On a choisi un thème – prophétique pour notre temps : « Pèlerins d’espérance ». L’espérance, le monde en a terriblement besoin. Vu comment il tourne. Et l’Eglise autant, avec ce qui s’y passe… Et comment devenir lumière autant pour l’Eglise que pour le monde ? Nous trouvons une piste dans le document final sur la Synodalité (n° 154).

« Le salut à recevoir et à proclamer passe par les relations… »

Voilà ! Tout simplement: « Le salut à recevoir et à proclamer passe par les relations… ». Ce sont nos liens humains qui sont porteurs de salut !
 « C’est ensemble que nous vivons le salut et que nous en témoignons ». C’est à travers toutes les personnes que nous rencontrons que nous expérimentons – concrètement – ce que c’est le salut. 
« En allant à la rencontre de tous pour porter la joie et la lumière de l’Evangile, nous pouvons vivre la communion qui sauve, avec Dieu, avec l’humanité entière et avec toute la création. »

« La lumière pour le monde », ce sont des hommes et des femmes qui prient, qui s’inspirent de la Parole de Dieu, qui essaient d’aimer, qui sont là pour les autres, qui s’engagent auprès des pauvres et des malheureux qui se réunissent en son nom et qui découvrent que – vraiment – « il » est là, au milieu d’eux. Et tant qu’il y aura ces hommes et ces femmes, et tant qu’ils continueront à se retrouver, il n’y a pas de raison d’éteindre la lumière !

5e dimanche du Temps ordinaire
Lectures bibliques : Isaïe 58, 7-10; Psaume 111; 1 Corinthiens 2, 1-5: Matthieu 5, 13-16

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8 février 2026 | 09:35
Temps de lecture : env. 3  min.
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