Création d’une coalition de 10’000 observateurs
Elections sud-africaines: Les Eglises du pays veilleront au bon déroulement des élections
East London/Afrique du Sud, 12 mai 1999 (APIC) Les communautés religieuses et les organisations non gouvernementales viennent de mettre en place une coalition chargée de nommer 10’000 observateurs en vue de suivre les élections générales du 2 juin et de prévenir d’éventuelles fraudes et irrégularités.
Cette coalition – South African Civil Society Observer Coalition -, lancée le 3 mai au siège de la Conférence épiscopale sud-africaine (SACBC) à Pretoria, comprend la Commission «Justice et paix» de la Conférence épiscopale, le Conseil des Eglises d’Afrique du Sud (SACC), ainsi que des représentants des communautés hindoue, juive et musulmane.
La SACBC coordonne la coalition, qui sera chargée de dénoncer toute fraude électorale, manoeuvre d’intimidation, autres irrégularités et défauts logistiques auprès de la Commission indépendante électorale, a indiqué à l’Agence œcuménique ENI le porte-parole de cette coalition et directeur de la Commission «Justice et paix», Ashley Greeen-Thompson.
La formation de la coalition fait suite à la résolution adoptée en janvier lors de la session plénière des évêques qui ont demandé que l’Eglise catholique soit impliquée dans le contrôle des élections. La résolution a été ensuite transmise à la Commission électorale indépendante, qui organise les élections. Celle-ci a approuvé la résolution et a accepté d’accréditer les observateurs.
«Notre foi est concernée par tous les aspects de la vie», a souligné le porte-parole de la coalition. «C’est pourquoi les Eglises ont été obligées d’agir contre l’apartheid. Aujourd’hui il nous incombe, dans cette période qui suit l’apartheid, de faire en sorte que la pratique démocratique soit respectée. Les observateurs seront issus de la base et désignés par les différents organismes qui composent la coalition. Ainsi, nous confions la responsabilité d’assurer la crédibilité des élections à des Sud-Africains ordinaires, loin des groupes de l’Etat».
Ces citoyens seront «des témoins indépendants, non partisans». Ils vont suivre un cours de formation, et se familiariser avec le code de conduite signé par tous les partis politiques participant aux élections. Dans le courant de cette semaine encore, un premier groupe devrait déjà y prendre part.
Vers la victoire de l’ANC
Interrogé sur les possibilités de fraudes électorales, Ashley Green-Thompson a simplement rappeléé que les enjeux étaient élevés, car les partis luttent pour obtenir la première place, notamment dans certaines provinces. Le Congrès national africain voudrait obtenir une majorité de deux tiers et les partis d’opposition font tout pour l’empêcher de réaliser cet objectif. «Par ailleurs, dit-il, il y a ceux qui ne veulent pas que l’élection se déroule normalement, et feront tout pour la saper. Nous ne voulons pas dire que les partis politiques iront jusqu’à falsifier les résultats, mais la possibilité de fraude existe». Ashley Green-Thompson précise que la coalition est soutenue financièrement par les ambassades allemande, néerlandaise et britannique, ainsi que par une grande société financière sud-africaine.
L’opération devrait coûter quelque 5,5 millions de rands (900’000 dollars) Les observateurs vont recevoir des honoraires symboliques.
Le porte-parole de la coalition ne considère pas ce financement extérieur comme une ingérence étrangère dans les élections sud-africaines. «L’élection générale de 1994, qui a mis fin à l’apartheid et porté le gouvernement de Nelson Mandela au pouvoir, a été une élection de libération. Il y a eu beaucoup de problèmes, mais la bonne volonté a fait le reste. C’est seulement notre première élection sous le nouveau système, et nous avons besoin de toute l’aide que nous pouvons obtenir».
L’ANC devrait vraisemblablement remporter les élections et le président de ce parti, Thabo Mbeki, actuellement vice-président du pays, succéder au président Mandela qui prendra sa retraite dans le village de la province du Cap-Oriental où il a passé sa jeunesse.
Thabo Mbeki assure déjà une bonne part des affaires courantes, et il s’est engagé à poursuivre la politique de Nelson Mandela.
Le crime, le chômage et la corruption vont peser lourd dans la campagne électorale. A ce jour, il y a eu beaucoup moins de violences politiques que lors des premières élections démocratiques en 1994. La confiance des milieux d’affaires ne faiblit pas alors que l’échéance électorale se rapproche. La semaine dernière, la Chambre de commerce d’Afrique du Sud affichait même un certain optimisme. (apic/eni/pr)




