Suisse: ACAT-Suisse soutient la campagne internationale pour la fermeture de la SOA

«Non à l’enseignement des pratiques de torture»

Berne, 17 mai 1999 (APIC) L’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture et de la peine de mort (Acat-Suisse), réclame également la fermeture de «L’Ecole des Amériques» (SOA), à Fort Benning (Géorgie). Des milliers de manifestants en provenance de divers Etats américains s’étaient déjà réunis début mai devant la Maison Blanche pour dénoncer ce qu’ils appellent: «L’Ecole des assassins».

«L’Ecole des Amériques» a été fondée par les autorités américaines en 1946 à Panama, avant qu’elle ne soit transférée à Fort Benning (Géorgie) en 1984. Sa tâche principale est la formation de militaires en provenance d’Amérique latine. Chaque année, elle accueille un millier d’élèves, dont le tiers vient actuellement du Mexique. En plus de 50 années d’activité, elle a formé plus de 58’000 militaires.

«Alors que nous montrons du doigt la purification ethnique au Kosovo menée par le leader de la Yougoslavie Slobodan Milosevic, les Etats-Unis doivent laver le sang sur leurs propres mains en fermant l’Ecole des Amériques», a lancé le Père Roy Bourgeois, codirecteur de «SOA Watch» à Washington, une organisation qui lutte pour fermer la SOA.

Les initiants de la Campagne internationale «Non à l’enseignement des pratiques de torture» affirment qu’à Fort Benning l’on a enseigné la torture et les méthodes d’assassinat à des milliers de militaires latino-américains. La Fédération internationale de l’ACAT (FI.ACAT), qui a son siège à Paris, a décidé de soutenir la Campagne promue par la «SOA Watch» visant à demander au Congrès américain de ne pas accorder à la SOA ses crédits annuels, de manière à ce que celle-ci se voit contrainte à fermer ses portes.

Les Etats-Unis doivent donner l’exemple

Cela fait neuf ans que la «SOA Watch» adresse un appel semblable aux citoyens américains, en les invitant à écrire aux membres du Congrès. Un projet de loi dans ce sens, présenté par le représentant Joe Kennedy et par le sénateur Richard Durbin, a déjà été repoussé deux fois mais avec un écart de voix exigu: le 4 septembre 1997 par 217 contre 210, et le 7 septembre 1998 par 212 contre 201.

Les Etats-Unis ont le devoir de donner l’exemple en respectant leurs promesses dans le domaine des droits de l’homme. Celles-ci figurent dans la législation américaine et dans les nombreux traités internationaux relatifs aux droits de l’homme, notamment dans l’article V de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 signée par 154 pays

La torture est une réalité dans de nombreux pays signataires de Conventions internationales. La torture n’est jamais justifiable et elle n’est pas une fatalité. Selon l’ACAT-Suisse, «on doit se battre pour la faire disparaître comme on l’a fait pour l’esclavage. Construire un monde sans torture, c’est reconnaître que tout être humain est digne de vivre et que nous ne sommes pas esclaves de nos pulsions violentes».

«La promesse des droits de l’homme universels reconnus à tous ne saurait toutefois être maintenue si les droits d’un nombre important d’êtres humains sont piétinés. Les droits des pauvres et des marginaux, des minorités, des délinquants, des demandeurs d’asile et de tous ceux qui, vivant en dehors du territoire américain, sont bafoués par la politique des Etats-Unis», écrit Amnesty International dans une étude – «Etats-Unis. Le paradoxe américain» – consacrée à la situation des droits de l`homme dans le pays le plus puissant du monde.

300 anciens élèves violent les droits de l’homme

D’après les dénonciations d’un nombre de plus en plus important d’organisations de défense des droits de l’homme, les Etats-Unis sont souvent les premiers à ne pas les respecter. Tout en se présentant en défenseurs des droits de l’homme au niveau planétaire, ils les bafouent notamment vis-à-vis de leurs citoyens condamnés à des peines de détention ou à la peine de mort. Les corps américains de police étant quant à eux mis souvent en accusation à cause de la violence qu’ils exercent surtout sur les minorités noires et hispaniques ou sur les réfugiés.

Le Père Roy Bourgeois, religieux américain de la congrégation de Maryknoll emprisonné à plusieurs reprises pour avoir manifesté en faveur de fermeture de la SOA, a dressé avec ses collègues une liste de plus de 300 anciens élèves de l’Ecole impliqués dans de graves violations des droits de l’homme.

Parmi les victimes des élèves de la SOA, Mgr Romero, les six jésuites de l’UCA…

La mort de l’archevêque de San Salvador, Mgr Oscar Arnulfo Romero, en 1980, attribuée officiellement au major salvadorien Roberto D’Aubuisson, cheville ouvrière des sinistres «Escadrons de la Mort» salvadoriens, et le massacre de six prêtres jésuites, leur cuisinière et sa fille, abattus à l’Université catholique Centraméricaine (UCA), sont également à mettre sur le compte d’anciens diplômés de l’Ecole des Amériques. D’autres «exploits» de ce genre ont aussi été perpétrés au Chili sous la dictature du général Pinochet, ont rappelé les manifestants.

Un ancien élève de l’Ecole, le dictateur panaméen Manuel Antonio Noriega – aujourd’hui incarcéré aux Etats-Unis pour trafic de drogue -, purge sa peine dans une prison de Miami. D’autres personnalités connues pour leurs actions répressives, comme le dictateur bolivien Hugo Banzer ou l’Haïtien Raoul Cédras, ont également fréquenté les cours de la SOA, dont les méthodes d’enseignement ont été connues du public en 1996 quand le Pentagone a dû publier des manuels d’entraînement comportant des techniques explicites d’assassinat et de torture.

La SOA s’inscrit dans cette même logique de l’usage de la force visant à imposer l’ordre social, et ce à tout prix. Elle est en fait une institution au sein de laquelle la pratique de la torture, les abus physiques et psychiques contre les opposants et les guérrilleros, voire leur suppression pure et simple, ont été légitimés en tant que méthodes de gouvernement.

Bill Clinton reconnaît les erreurs

Le «Rapport 94» de la Commission de vérité du Guatemala – dont la publication, l’année dernière, a coûté la vie à son président, Mgr Gerardi – dénonçait le soutien des Etats-Unis au gouvernement dictatorial qui, en 30 ans de guerre civile, a causé des dizaines de milliers de morts, de disparus et d’exilés surtout parmi les populations indiennes. Le président Bill Clinton, lui-même, a admis, d’après un reportage depuis Lima publié par le Neue Zürcher Zeitung (13-14 mars 1999), que «le soutien fourni par les Etats-Unis aux forces armées et aux services secrets des Etats d’Amérique centrale aux temps de la guerre civile contre la guérilla de gauche a été une erreur qui ne devra plus se reproduire».

Le Congrès américain ayant été partiellement renouvelé le 6 janvier dernier, les partisans de la Campagne de «SOA Watch» espèrent atteindre leur but en exerçant des pressions sur les députés, et ce avant le 15 juillet 1999, par trois initiatives différentes.

Promues en Suisse par la section nationale de l’ACAT, la première intervention consiste en l’envoi de lettres par les membres d’ACAT-Suisse à tous les dirigeants des partis des deux Chambres; la deuxième comprend des messages adressés par le Secrétariat central de l’ACAT-Suisse aux responsables des principales Eglises chrétiennes suisses et américaines en leur demandant d’intervenir conjointement auprès de l’opinion publique des Etats-Unis et des membres du Congrès; la troisième comprend l’implication directe des médias suisses. (apic/com/ab)

30 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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