Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem   | © Jacques Berset
International

Les chrétiens sionistes s’en prennent aux patriarches de Jérusalem

Des responsables chrétiens sionistes – catholiques comme évangéliques – se mobilisent avec l’appui de responsables israéliens contre la récente dénonciation du sionisme chrétien par les patriarches et chefs des Églises de Jérusalem. Ces derniers, qui représentent les chrétiens vivant sur place, ont dénoncé «des initiatives se réclamant des chrétiens de Terre Sainte sans mandat ecclésial».

Les patriarches ont rappelé le 17 janvier 2026 qu’eux seuls représentent les communautés chrétiennes de Terre Sainte dans les domaines religieux, communautaires et pastoraux.

Sans le nommer explicitement, rapporte le site de Terre Sainte Magazine, revue de la Custodie franciscaine de Terre Sainte, le texte des Patriarches semble viser le groupe The Israeli Christian Voice (La voix chrétienne israélienne), présidé par le lieutenant-colonel de réserve israélien Ihab Shlayan, dont les prises de position et les démarches politiques récentes sont jugées problématiques par les responsables ecclésiaux.

Des idéologies dommageables qui sèment la confusion

Dans leur déclaration, les chefs des Églises affirment que «le troupeau du Christ dans cette terre est confié aux Églises apostoliques», présentes sur place depuis des siècles. Ils mettent en garde contre «des activités récentes menées par des individus locaux qui promeuvent des idéologies dommageables, telles que le sionisme chrétien, trompent le public, sèment la confusion et portent atteinte à l’unité de notre troupeau».

Le communiqué des patriarches souligne que ces initiatives trouvent «un écho favorable auprès de certains acteurs politiques en Israël et au-delà», engagés dans «un agenda politique susceptible de nuire à la présence chrétienne en Terre Sainte et au Moyen-Orient». Les patriarches rappellent que «revendiquer une autorité en dehors de la communion de l’Église blesse l’unité des fidèles» et «alourdit la mission pastorale confiée aux Églises historiques».

Les responsables des Eglises chrétiennes de Terre Sainte s’inquiètent particulièrement de l’accueil officiel réservé à ces promoteurs du sionisme chrétien «au niveau local comme international», une démarche qualifiée «d’ingérence dans la vie interne des Églises» et de mépris de la responsabilité pastorale des chefs d’Églises de Jérusalem. Terre Sainte Magazine rappelle que par le passé, d’autres figures chrétiennes israéliennes ont porté une ligne très pro-gouvernementale, en rupture avec les positions des chefs d’Églises. Et de mentionner le prêtre grec-orthodoxe Gabriel Nadaf et le militant Shadi Halul. Aucun de ces acteurs n’a toutefois réussi à s’imposer comme représentant consensuel de la communauté chrétienne.

Les chrétiens sionistes aimeraient «un nouveau leadership»

The Israeli Christian Voice appelle explicitement les responsables ecclésiaux légitimes à «se retirer» pour «laisser émerger un nouveau leadership», tout en affirmant ne pas se substituer à l’Église dans les domaines doctrinaux ou pastoraux. L’association basée en Israël affirme coopérer avec des responsables religieux chrétiens, juifs, musulmans et druzes, et assure ne recevoir aucun financement destiné à orienter ses décisions. Son action, selon elle, «complète la mission de l’Église sans la remplacer».

Dans sa propagande, le lieutenant-colonel de réserve Ihab Shlayan publie sur son site des photos le montrant lors de la réception des chefs des Églises par le président israélien Isaac Herzog pour les vœux de la nouvelle année. Il apparaît aussi aux côtés de l’ambassadeur américain controversé Mike Huckabee, un ancien pasteur baptiste et fervent partisan d’Israël qui vient d’affirmer que selon la tradition biblique, Israël aurait un droit sur des terres s’étendant sur une large partie du Moyen-Orient.

Des partisans du côté catholique

Mais le sionisme chrétien a aussi ses partisans du côté catholique. Ainsi Paddy Monaghan, un laïc catholique irlandais qui occupe les fonctions de secrétaire de l’Initiative catholique évangélique et du Conseil Vers Jérusalem II (« TJCII ») Irlande. Il s’agit d’une «initiative de repentance et de réconciliation entre les segments juifs et païens du Corps du Messie». L’Irlandais se passionne pour le renouveau de l’Église catholique centré sur le Christ et fondé sur la Bible, la réconciliation entre chrétiens et la construction de ponts d’amitié entre chrétiens et juifs.  

Illustration aronbengilad.blogspot.com

Répondant à la récente dénonciation du sionisme chrétien par les patriarches de Jérusalem sur Catholiques pour Israël un site dirigé par André Villeneuve, professeur agrégé d’Ancien Testament et de langues bibliques au Grand Séminaire Sacré-Cœur de Détroit (Michigan) –  Paddy Monaghan s’appuie sur des décennies de renouveau catholique et sur le témoignage de leaders catholiques évangéliques du monde entier. Il soutient que le sionisme biblique n’est pas une distorsion politique, mais une expression fidèle de l’enseignement chrétien historique sur l’alliance éternelle de Dieu avec Israël.

D’autres chrétiens israéliens en rupture avec les patriarches

Terre Sainte Magazine rappelle que par le passé, d’autres figures chrétiennes israéliennes ont porté une ligne très pro-gouvernementale, en rupture avec les positions des chefs d’Églises, comme le prêtre grec-orthodoxe Gabriel Nadaf ou le militant Shadi Halul. Aucun de ces acteurs n’a toutefois réussi à s’imposer comme représentant consensuel de la communauté chrétienne.

Par leur communiqué, les patriarches et chefs des Églises tracent une ligne claire: la représentation des chrétiens de Terre Sainte relève des Églises historiques, et toute tentative de captation politique extérieure à cette communion est perçue comme une menace pour l’unité ecclésiale et la survie même de la présence chrétienne dans la région.

L’une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde menacée

L’intervention des patriarches intervient alors que les chrétiens palestiniens s’inquiètent de plus en plus du fait que les politiques israéliennes – notamment la confiscation de terres, l’expansion illégale des colonies et les pressions exercées sur les biens de l’Église – accélèrent l’érosion de l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde.

Les Eglises ont également condamné les restrictions imposées par Israël pour empêcher les enseignants de Cisjordanie occupée de se rendre dans les écoles de Jérusalem-Est occupée, avertissant que l’éducation chrétienne était directement menacée. Les responsables de l’Église ont déclaré que les autorités israéliennes avaient purement et simplement suspendu les permis de dizaines d’enseignants tout en réduisant considérablement le nombre de jours pendant lesquels les autres étaient autorisés à travailler.  Le ciblage des écoles chrétiennes, selon eux, s’inscrit dans le cadre d’une politique israélienne plus large visant à saper l’éducation palestinienne et à éroder la présence chrétienne palestinienne à Jérusalem.

Malgré ces menaces, un puissant courant du christianisme évangélique aux États-Unis continue de façonner le soutien politique et financier à Israël, suscitant une inquiétude croissante chez les dirigeants religieux à Jérusalem. De nombreux chrétiens sionistes, adeptes de l’idéologie de  l’«évangile de la prospérité», estiment que bénir Israël apporte des récompenses au plan  personnel et financiers. (cath.ch/tsm/jp/be)

Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem | © Jacques Berset
23 février 2026 | 10:57
par Jacques Berset
Temps de lecture : env. 5  min.
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