Une année dominée par les catastrophes, dons en hausse
Lucerne: Bilan 1998 de Caritas Suisse
Lucerne, 18 mai 1999 (APIC) Pour Caritas Suisse, l’année 1998 aura surtout été celles des catastrophes naturelles au Bangladesh et en Amérique centrale, au Sud-Soudan où la sécheresse se conjugue avec la guerre. En Suisse, l’œuvre d’entraide catholique a lancé un débat national avec l’étude sur les «working poors». Avec un corallaire positif: la générosité des Suisses n’a pas été prise en défaut. Les dons ont connu une augmentation de 15%.
Au Bangladesh, les deux tiers du pays ont été inondés; 25 millions de personnes se sont retrouvées sans abri et dix autres millions coupées du reste du monde. Le réseau Caritas au Bangladesh a pu prendre en charge 130’000 personnes pendant les premières semaines après la catastrophe en leur fournissant des aliments de base et des médicaments. Caritas s’est aussi occupée du ravitaillement en eau potable, a relevé le directeur Jurg Krummenacher.
Depuis plusieurs mois, Caritas soutient des projets de reconstruction. Les eaux ont emporté des milliers de digues et détruit des millions d’hectares de rizières. L’aide à la reconstruction garantit d’une part les prochaines semailles et la moisson et d’autre part assure la remise en état des infrastructures agricoles.
Avec le concours de la Chaîne du Bonheur, Caritas Suisse a combattu la famine au Sud-Soudan. La sécheresse de 1997 avait conduit à une diminution importante des récoltes et au printemps 1998, la situation s’est encore aggravée lorsque les réserves se sont épuisées. Les paysans n’ont pas pu ensemencer leurs champs à cause des actions militaires et 300’000 personnes ont été contraintes à fuir soit dans d’autres régions du pays, soit vers les pays voisins. Caritas a livré – au nom d’un consortium d’oeuvres d’entraide ecclésiales, auquel appartient aussi l’Entraide protestante (EPER) – 900 tonnes de denrées alimentaires dont du millet, des haricots, du sel et de l’huile. Caritas a investi 2,5 millions de francs en tout dans l’aide d’urgence et à la reconstruction au Soudan en 1998.
Ouragan Mitch: un engagement à long terme nécessaire
Toujours avec l’aide de la Chaîne du Bonheur, Caritas Suisse s’est engagée en Amérique centrale dans l’aide d’urgence en faveur des victimes de l’ouragan Mitch. Jusqu’ici, 5 millions de francs ont été investis dans divers projets: 3,8 millions au Nicaragua, 1,1 million au Honduras. Un programme plus modeste sera également réalisé au Guatemala. Dans tous ces pays, la phase d’aide d’urgence a été bouclée il y a deux mois.
Tous les programmes de Caritas passent de la première phase de l’aide à une phase de reconstruction. Des maisons vont devoir être réparées ou totalement rebâties. Les programmes de Caritas permettront la reconstruction de 500 maisons au Nicaragua, dans les régions très touchées de Chinandega, Matagalpa et Jinotega. Au Honduras, 700 maisons devraient être réalisées.
Caritas s’est également engagée dans l’aide d’urgence dans les Balkans. Elle a réalisé un programme de secours d’hiver au Kosovo. Lorsque le travail sur place est devenu impossible, elle s’est concentrée sur les Etats limitrophes du Monténégro et de l’Albanie.
Aide humanitaire et politique humanitaire
Pour Jurg Krummenacher, le risque est bien réel que l’humanitaire à court terme serve à pallier une politique à long terme inexistante. Un humanitaire qu’on s’empresse de pratiquer devant les caméras des télévisions à coup de casques bleus, d’engagements de l’OTAN, de corridors humanitaires, de largage par avion de vivres ou de convois de camions. Or l’action politique ne peut et ne doit pas être remplacée par l’aide humanitaire.
Aux yeux du directeur de Caritas Suisse, il est donc nécessaire de distinguer entre politique humanitaire et aide humanitaire. L’aide n’est qu’un des domaines de la politique humanitaire. Elle se concentre sur les besoins des victimes de la guerre, de l’oppression politique, des violations des droits de l’homme et de catastrophes naturelles. Une politique humanitaire doit tendre de son côté à l’amélioration durable des conditions sociales et politiques. La prévention en est l’idée maîtresse en particulier par le renforcement de la société civile. Une politique humanitaire contribue en outre à garantir l’accès aux ressources naturelles comme le sol ou l’eau. Le passage à la reconstruction et à une aide au développement à plus long terme font aussi partie de ce processus.
«Combler le vide d’action politique par des mesures d’aide humanitaire est impossible. Les acteurs de l’humanitaire seraient rapidement débordés. On ne peut exiger des organisations comme Caritas qu’elles réussissent là où la politique a échoué.»
Il ne faut pas oublier que les oeuvres d’entraide comme Caritas s’engagent, mis à part l’aide d’urgence, surtout dans des programmes de coopération au développement à long terme. L’an passé, Caritas a ainsi investi 25 millions de francs pour des programmes de coopération au développement dans 50 pays et 5 millions pour l’aide d’urgence.
Large écho pour l’étude sur les «working poors» en Suisse
Dans le cadre du travail de Caritas en Suisse, l’étude sur «Les ’working poors’: ils sont pauvres et pourtant ils travaillent» a suscité un vif intérêt, se réjouit Jurg Krummenacher. Aucune étude de Caritas Suisse n’avait encore suscité autant de réactions. En Suisse, quelque 250’000 personnes dépendent du soutien de l’aide sociale malgré le revenu qu’ils tirent de leur activité professionnelle à plein temps. Une pauvreté qui touche surtout les familles. Que peut-on entreprendre contre ce constat scandaleux ? Trois propositions politiques se sont cristallisées depuis la publication de l’étude. Il faut d’abord fixer des salaires minimaux par le biais de l’élargissement des conventions collectives à toute l’économie .
L’établissement de salaires minimaux ne résoudra cependant pas à lui seul le problème des «working poors», car il faut chaque fois se demander combien de personnes vivent d’un salaire. La réponse indique si le ménage doit être compté parmi les «working poors». Il faut donc un complément de salaire basé sur les besoins. On pourrait envisager par exemple d’étendre les prestations complémentaires aux «working poors». Mais pour Caritas, le moyen le plus efficace est de soutenir directement les enfants par une rente et par des allocations familiales.
Aide sociale en Suisse
En partenariat avec les Caritas régionales, Caritas Suisse a réalisé l’an dernier 18 projets d’occupation et de réinsertion professionnelle en faveur de chômeurs de longue durée et des exclus. Les personnes à faible revenu peuvent également s’approvisionner à bon compte dans les magasins «Carisatt» de Berne, Bâle, Lucerne et St-Gall. Enfin, Caritas a encadré des actions bénévoles en faveur des paysans de montagne. En 1998, 1’200 bénévoles ont effectué 13’895 jours de travaux. (apic/com/mp)




