La Pétition du «Jubilé 2000» sera remise le 16 juin à Cologne aux membres du G8

Déjà quatre millions de signatures pour

«la plus grande pétition de l’histoire du monde»

Cologne, 19 mai 1999 (APIC) La collecte de signatures pour la pétition «Jubilé 2000» pour la remise de la dette des pays pauvres bat son plein. Le 19 juin à Cologne, les organisateurs de cette pétition internationale espèrent déposer 22 millions de signatures devant les représentants du G8, le groupe des pays les plus industrialisés. Pour l’heure, seuls 4 millions de personnes ont signé. On est encore loin du compte.

Quatre millions de personnes sur 22 millions escomptés, ont en effet pour l’heure signé la pétition «Jubilé 2000» pour l’annulation de la dette extérieure des pays les plus pauvres. En Angleterre, en Allemagne, en France, mais aussi dans certains Etats africains, soit dans plus de quarante pays du Nord comme du Sud, des associations chrétiennes ou laïques unissent leurs efforts pour faire de cette campagne «la plus grande pétition de l’histoire du monde». Recueillir 22 millions de signatures, voilà le but que se sont fixé ces associations. et cela avant le 19 juin. Lors du Sommet du G8 à Cologne, la pétition sera remise aux dirigeants des pays les plus industrialisés (plus la Russie). Les pays bénéficiaires de l’annulation se trouvent principalement en Afrique subsaharienne : de l’Ouest à l’Est du continent, de la Mauritanie à Madagascar. Mais aussi en Amérique latine avec le Honduras, le Nicaragua, la Guyane et la Bolivie ainsi qu’en Asie du Sud-Est avec la Birmanie, le Laos et le Vietnam. En tout quarante et un pays qui entrent dans ce que la Banque mondiale appelle les pays pauvres très endettés (PPTE).

La pétition «Jubilé 2000» a été lancée en 1996 par des associations chrétiennes britanniques. Le titre même de la pétition renvoie à la pratique du jubilé, décrite dans l’Ancien Testament. Selon le livre du Lévitique (chap. 25), le peuple hébreu s’engageait tous les cinquante ans à remettre les compteurs économiques à zéro. Les esclaves devaient être libérés, les terres redistribuées et les dettes remises. Mais la pétition ne réclame pas seulement l’annulation de la dette; elle souhaite aussi diverses réformes pour qu’une telle situation ne se reproduise plus: la mise en place d’une cour internationale d’arbitrage en cas de difficulté de remboursement des emprunts internationaux, la possibilité pour un Etat d’être déclaré en faillite, ainsi que des efforts de lutte contre la corruption et le détournement de fonds publics à des fins privées. En Suisse, les grandes oeuvres d’entraide n’ont pas participé à la récolte de signatures. Seuls le Service d’entraide et de liaison (SEL), une association proche de l’Alliance évangélique romande, et la paroisse catholique Notre-Dame de Lausanne se sont engagés dans la collecte de signatures.

Plus de 7 fois le budget de la Confédération

La dette des pays pauvres très endettés s’élevait à 348 milliards de francs en 1996. Ce montant correspond à plus de sept fois le budget 1999 de la Confédération. Il se divise en trois types de dettes. Tout d’abord les dettes bilatérales, provenant d’emprunts d’Etat à Etat ou bénéficiant de la garantie de l’Etat. L’aide publique au développement, dans la mesure où elle se fait sous forme de prêts, entre dans cette catégorie, tout comme les crédits à l’exportation. C’est ce qu’en Suisse on appelle la garantie des risques à l’exportation (GRE), une sorte d’assurance que donne l’Etat lorsqu’une entreprise exporte des biens vers un pays qui, peut-être, ne parviendra pas à payer la facture. Seconde catégorie: les dettes multilatérales. Ce sont celles que les pays pauvres ont contractées à l’endroit d’instances internationales comme la Banque mondiale, le Fonds monétaire international ou certaines banques régionales de développement. Les dettes privées constituent la dernière catégorie, constituées des montants dus à des banques privées ou à des entreprises. Fredy Gugler, de la Communauté de travail des oeuvres suisses d’entraide, estime les dettes privées de pays pauvres vis-à-vis de la Suisse à environ 800 millions de francs.

A la fin de 1973 et au début de 1974, lors du premier choc pétrolier, le prix du pétrole a quadruplé en l’espace de quelques mois. Les banques occidentales ont vu affluer l’argent dans leurs coffres. Les pays producteurs de pétrole cherchaient à placer leurs nouvelles ressources. Toutefois la majorité des autres pays, pris à la gorge par cette augmentation et désireux de se développer ou simplement de survivre, cherchaient à financer les déficits croissants de leur balance des paiements. «Cette conjonction d’une offre et d’une demande de capitaux internationaux importantes a accéléré formidablement le développement de l’endettement entre 1974 et 1982», commente le professeur Christian Coméliau de l’IUED (Institut universitaire d’études pour le développement, à Genève) En août 1982, le Mexique annonce qu’il ne pourra pas rembourser ses emprunts. Les créanciers se demandent alors s’ils seront un jour remboursés. Les prêts privés se tarissent, au moins provisoirement, et les Etats comme les instances internationales se montrent extrêmement sévères face aux emprunteurs de capitaux. Les pays débiteurs sont invités à réorienter leur appareil de production afin de parvenir à rembourser leurs dettes. C’est ce que les économistes appellent en langage technique : les mesures d’ajustement structurel.

Les conséquences des dettes

En bref, les conséquences économiques du poids des dettes sur les pays très endettés sont triples. La production de ces pays va s’orienter à l’exportation aux dépens de la production pour le marché intérieur. Les budgets de la santé et de l’éducation seront réduits de manière drastique, et ces pays feront fuir les investisseurs. «Il faut bien comprendre, relève C. Coméliau, que le paiement de la dette va devenir une exigence prioritaire des organisations internationales». Les pays concernés doivent alors réorienter leur appareil de production. Parce que son pays a besoin de devises pour rembourser ses dettes, le paysan du Burkina Faso se trouve incité à cultiver des haricots que les Européens pourront consommer frais en hiver.

Sortir de l’endettement ?

Les possibilités pour les pays pauvres de sortir de l’endettement sont multiples. Elles se situent entre deux attitudes extrêmes: le paiement régulier de la dette et le refus de rembourser, ce qui entraîne le retrait total du système financier international et du commerce international. Entre les deux, il y a une série de formules intermédiaires: les mesures d’ajustement structurel qui permettent de réorienter l’économie d’un pays en fonction du remboursement de la dette, le rééchelonnement de la dette qui consiste à étaler le remboursement dans la durée, enfin les pratiques d’annulation qui visent certaines dettes ou alors l’intégralité de la dette.

Dans ce dossier, deux institutions internationales sont souvent prises à partie: la Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI). Peut-on dire que ces deux organismes ont pour but le développement des pays pauvres? Pour C. Coméliau, il importe de distinguer le FMI de la BM. Le premier est spécialisé dans les problèmes monétaires et financiers, mais n’a pas directement une mission de développement. Tandis que la BM, dans ses statuts, a une mission explicite de développement. Toutefois celui-ci vise avant tout la promotion du commerce international et des investissements privés à l’étranger. «Certes, commente l’économiste Christian Coméliau, il ne faut pas être simpliste. Le développement du business n’est pas toujours en contradiction avec la lutte contre la pauvreté. Il n’empêche que la Banque mondiale a pour priorité le développement des affaires et non une politique de développement».

La Suisse, bon élève

La Suisse n’est pas concernée directement par l’annulation des dettes bilatérales. En 1989, les oeuvres d’entraide helvétiques ont lancé une campagne de jubilé à l’occasion du 700e anniversaire de la Confédération. Une initiative, forte de 250’000 signatures, a demandé l’annulation des dettes bilatérales. En 1992, un programme de désendettement très novateur a permis de constituer un fonds de 500 millions de francs. Avec ce montant, la Suisse est en train de financer des actions de désendettement de l’ordre de 2 à 2,5 milliards de francs. La plupart de ces dettes étaient des crédits à l’exportation pour des entreprises suisses. «Dans un crédit à l’exportation, vous avez deux éléments, explique Fredy Gugler de la Communauté de travail des oeuvres d’entraide. Le premier c’est ce qui est assuré par la garantie contre les risques à l’exportation (GRE), soit en général 70% d’un montant. Le second, c’est la franchise à la charge de l’entreprise».

Ce programme de désendettement a permis de racheter aux entreprises suisses exportatrices les franchises non payées par les gouvernements débiteurs. Aujourd’hui, les spécialistes se rendent compte qu’amener toute la planète au niveau de vie des sociétés occidentales n’est pas généralisable. Cela entraînerait des problèmes écologiques et sociaux insolubles. Il s’agit plutôt de donner la priorité à la lutte pour les besoins essentiels et au combat contre l’exclusion. «Je ne connais pas de recettes pour ce nouveau type de développement. Mais cela suppose un ajustement considérable par lequel nous, les Occidentaux, nous devrons aussi passer». (apic/spp/sc/pr)

19 mai 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 6  min.
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