Jean-Jacques Friboulet

La personne et l’intelligence artificielle

Une révolution est en train de s’opérer dans le fonctionnement de nos sociétés. Il s’agit de la présence de ce qu’on appelle improprement l’intelligence artificielle (IA). Celle-ci va modifier profondément nos modes de travail et donc nos façons de produire et donc de consommer.

L’intelligence artificielle (IA) n’est pas une vraie intelligence mais une machine ultraperfectionnée grâce à l’informatique et à la numérisation. Je l’ai testée. Elle est vraiment étonnante à deux niveaux. Elle répond dans l’instant à nos demandes d’informations même très compliquées. Elle est une encyclopédie au bout des doigts. Mais surtout elle parle et elle rédige parce qu’elle utilise le langage. Elle peut écrire des textes sur un sujet à notre demande mais elle répond aussi à nos questions. Nous pouvons entrer en dialogue avec elle. C’est la première fois dans notre histoire que l’on peut faire cela avec une machine.

C’est ici que se situe le vrai danger. En dialoguant avec elle, nous pouvons croire que nous avons affaire à une vraie personne intelligente et expérimentée, capable de nous donner de vrais conseils. Or c’est totalement faux. L’IA n’a pas une vraie intelligence capable de pénétrer, donc de comprendre les choses et les gens. Elle ne fonctionne que par analogie en rapprochant des millions de données et en choisissant par calcul celles qui lui paraissent le plus pertinentes. Elle ne procède ni par déduction logique ni par expérimentation.

«La confusion entre les personnes et l’IA peut être la source des pires dérives»

Notre intelligence est certes le fruit de notre cerveau. Mais elle est aussi le fruit de notre culture, de notre histoire et de nos relations. En discutant en groupe, on s’aperçoit que l’on devient plus intelligent. L’IA n’a pas de culture, pas d’histoire et pas davantage de relations. Elle n’est pas une personne mais un objet sans conscience morale. En la prenant pour une personne on peut faire une confusion majeure sur laquelle le pape Léon XIV à la suite de François ne cesse de nous mettre en garde.

Une émission récente de Temps présent a montré les dérives d’une telle confusion. Une personne déprimée en Belgique s’est mise à dialoguer avec l’IA durant des heures en croyant que celle-ci était une véritable partenaire. L’IA n’émettait aucune critique à ses affirmations et ne cessait, dans ses réponses, de la conforter dans son approche négative de la vie. Elle a fini par se suicider.

Quand nous partageons avec un véritable ami, celui-ci ne se comporte pas en béni oui-oui. C’est d’ailleurs à cela qu’on reconnait un véritable ami. Il peut vous faire des critiques et n’être pas d’accord avec vous. D’où l’intérêt du dialogue qui nous change et nous fait progresser.

La confusion entre les personnes et l’IA peut être la source des pires dérives. L’IA n’est pas responsable. Lui confier un pouvoir décisionnel est une faute. Seules les personnes sont responsables. Elles seules ont le pouvoir de mesurer les conséquences de leurs actes. Elles seules peuvent vérifier les propositions faites par l’IA. L’IA doit rester un outil aux pouvoirs d’information sans précédent. C’est la raison pour laquelle il faut continuer d’entrainer nos jeunes à réfléchir et à exercer leur sens critique. L’IA ne le fera pas à leur place.

Jean-Jacques Friboulet

25 mars 2026

L'intelligence artificielle est-elle notre amie? | © Microsoft Copilot/Unsplash
25 mars 2026 | 07:02
par Jean-Jacques Friboulet
Temps de lecture : env. 2  min.
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