Lionel Jospin en janvier 2002, alors qu'il était Premier ministre de la France | © KEYSTONE/ EPA PHOTO/ AFP/ JACK GUEZ
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Décès de Lionel Jospin, un athée marqué par ses racines chrétiennes

Premier ministre français de 1997 à 2002, sous la présidence de Jacques Chirac, le socialiste Lionel Jospin est décédé le 22 mars 2026 à l’âge de 88 ans. Éduqué dans une famille de protestants pratiquants de gauche, il en avait gardé l’empreinte d’une éthique et culture chrétiennes compatibles, selon lui, avec la laïcité française.

Lionel Jospin ne craignait pas les paradoxes. «Le jour où vous aurez compris que je suis un rigide qui évolue, un austère qui se marre et un protestant athée, vous écrirez moins de bêtises», lançait-t-il fin 1999 à des journalistes, rappelle le journal La Croix dans son édition du 23 mars 2026.

 «J’ai grandi dans un milieu protestant, ouvert, œcuménique et progressiste», renchérissait-il en novembre 2001 dans un entretien accordé à ce même journal. Son grand-père, Héliodore Jospin (1873-1944), fut pasteur. Son père entrepris des études de théologie, qu’il ne poursuivit pas, tout en restant actif au sein des mouvements de jeunesse protestants.

La culture chrétienne n’était donc pas étrangère à l’univers de pensée de Lionel Jospin. «J’ai reçu une éducation religieuse et mes deux parents étaient profondément croyants, l’un et l’autre. Cela a marqué leur vie, leur façon d’être et d’élever leurs enfants», expliquait-il dans La Croix. Adolescent, Lionel Jospin a ainsi été scout chez les Éclaireurs unionistes de France.

Prévenir les conflits religieux grâce à la laïcité

Attaqué par une frange de catholiques pour la non-référence du religieux dans le préambule de la Charte européenne des droits fondamentaux de 2000 – suite à la demande, notamment, de la délégation française -, Lionel Jospin se défendit d’être un athée rigoriste. «Les trois grandes religions monothéistes ont intérêt à souligner ce qu’elles ont en commun plutôt qu’à creuser leurs différences», pour éviter le piège d’un conflit de religions ou de civilisations ou d’éventuelles attaques terroristes, déclarait-il dans La Croix.

Défenseur d’une laïcité définie par la neutralité de l’État, mais porteuse de tolérance grâce aux valeurs républicaines qui la sous-tendent (liberté, égalité et fraternité), il notait déjà avec inquiétude la montée de l’intégrisme musulman, «auquel peuvent faire écho un certain intégrisme chrétien, par exemple aux États-Unis, ou un certain intégrisme juif en Israël». Cette réalité «a fait resurgir l’idée d’une laïcité que je dirais protectrice» face à des marques d’intolérance.Cet attachement à la laïcité serait justement «une particularité protestante», selon François Clavairoly, ancien président de la Fédération Protestante de France (FPF), commentant sur RCF, le 24 mars 2026, le décès de l’ancien Premier ministre français, .

Le patrimoine spirituel de l’Europe

Être laïque n’empêche pas d’être «sensible au fait religieux», assurait Jospin dans la même interview, reconnaissant que le religieux est au plus profond de l’histoire de l’Europe et qu’il existe une parenté entre les valeurs judéo-chrétiennes et la morale laïque. «C’est toute notre civilisation qui porte les marques du religieux, spécialement du christianisme.»

La Charte européenne, d’ailleurs, souligne ce patrimoine culturel et spirituel dans son préambule, même si le mot religion n’y est pas formellement inscrit. On peut y lire que «consciente de son patrimoine spirituel et moral, l’Union se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d’égalité et de solidarité.»

Lionel Jospin aimait à rappeler que les pères fondateurs de l’Europe (Schuman, De Gasperi, Adenauer), alors même qu’ils incarnaient la démocratie chrétienne, n’ont à aucun moment éprouvé le besoin d’introduire, dans les textes fondateurs de l’Europe, une mention spécifique de l’héritage religieux.

Du privé de la foi au collectif de la religion

Pour cet homme politique de gauche, il était donc tout à fait possible d’établir une synthèse cohérente entre la tradition laïque et le progressisme chrétien. «Quand il y a eu, raconte-il dans son interview dans La Croix, le conflit de l’école privée, j’ai été de ceux qui ont préféré le compromis au conflit.» En tant que ministre de l’Éducation nationale, il avait aussi veillé à ce que la réforme des rythmes scolaires de 1988 n’affecte pas le catéchisme.

«La foi appartient à la vie personnelle mais la religion est aussi un fait collectif», soulignait-il alors. Pour lui, il était non seulement normal mais aussi nécessaire que les Églises s’expriment clairement à l’occasion des débats de société, à dimension éthique notamment. (cath.ch/lacroix/arch/lb)

Lionel Jospin en janvier 2002, alors qu'il était Premier ministre de la France | © KEYSTONE/ EPA PHOTO/ AFP/ JACK GUEZ
24 mars 2026 | 14:19
par Lucienne Bittar
Temps de lecture : env. 3  min.
Décès (292), Europe (145), France (579), Laïcité (110), politique (193), protestantisme (10)
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