«Opération Calice»: les parlementaires belges regrettent la position de l’Église
Seize ans après le début des faits, la commission d’enquête parlementaire belge chargée de faire la lumière sur d’éventuels dysfonctionnements commis dans le cadre de l’«Opération Calice» – l’enquête pénale visant les abus sexuels dans l’Église catholique – a rendu son rapport le 24 mars 2026. L’Église reste écornée, tandis que les évêques réitèrent leur position.
L’affaire avait éclaté après la démission de Mgr Roger Vangheluwe, évêque de Bruges, en avril 2010, pour des abus sexuels sur un mineur. La justice belge avait alors lancé «l’opération Calice», menant une série de perquisitions dans plusieurs lieux liés à l’Église, comme le palais épiscopal de Malines, le domicile du cardinal Danneels ou encore les bureaux de la Commission «Adriaenssens», une instance mise en place par l’Église pour recueillir des témoignages de victimes. Les enquêteurs avaient même fouillé les tombes de cardinaux dans la cathédrale de Malines, craignant qu’elles ne dissimulent des preuves.
L’Église du pays avait alors dénoncé ces perquisitions comme une atteinte à sa liberté, et le Vatican avait protesté contre la manière dont elles avaient été menées. Saisie, la Cour d’appel de Bruxelles avait jugé, deux ans plus tard, que ces perquisitions étaient illégales, entraînant l’annulation des preuves saisies, ce qui avait porté un coup dur à l’enquête judiciaire. Une décision confirmée le 28 mai 2013 par la Cour de cassation belge.
Il aura fallu encore près de 15 ans avant que la Chambre du Conseil ne décide, le 17 février 2025, que l’enquête sur les abus sexuels dans l’Église ne justifie pas de poursuites à l’encontre de responsables ecclésiastiques et qu’il n’y aura donc pas de procès.
Cette lenteur serait en partie imputable à l’Église
Dans son rapport rendu public le 25 mars 2026, la commission d’enquête parlementaire chargée de faire le point sur l’»Opération Calice» analyse le pourquoi de cette lenteur. Celle-ci, estime-t-elle, s’explique par plusieurs facteurs: l’ampleur des faits et leur ancienneté, la perte et la mauvaise gestion des documents, et la bataille procédurale menée par l’Église.
La commission estime néanmoins que ces éléments ne justifient pas le fait que l’affaire n’ait pas été portée devant le tribunal de première instance. Elle souligne la déception des victimes.
«Le rapport n’est pas tendre pour l’action de l’Église, sans toutefois l’accuser d’une ingérence illégale», commente RTBF-actus. Les députés notent: «La commission d’enquête a constaté que l’Église avait tenté d’exercer une influence, mais il n’est possible ni de prouver ni d’exclure que ces tentatives aient eu un impact sur les décisions judiciaires.» Les parlementaires regrettent également que l’Église ait «choisi d’engager une bataille juridique plutôt que de coopérer pleinement à l’enquête judiciaire».
Pas d’ingérence illégale, disent les évêques
La Conférence des évêques de Belgique a aussitôt réagi par un communiqué de presse, dans laquelle elle maintient qu’il n’y a eu ni ingérence illégale ni tentative d’influence de sa part. «L’Église a simplement tenté de se défendre de manière légitime dans le cadre des procédures en cours, par l’intermédiaire de ses avocats, ce qui est normal dans un état de droit.»
Les évêques rappellent ensuite ce que l’Église a mis en place ces dernières années pour reconnaitre, accompagner et indemniser les victimes d’abus sexuels prescrits par la Justice, via la Fondation Dignity, «pour un montant total d’environ 9 millions d’euros à ce jour». (cath.ch/com./arch)





