Liège: le cas d’un prêtre-ouvrier abuseur est reconnu par l'évêché belge
Un courrier de l’évêque de Liège, Jean-Pierre Delville, adressé à des victimes d’abus sexuels a été dévoilé dans la presse le 20 mars 2026. Il confirme qu’un prêtre auteur d’abus sexuels sur adultes vulnérables a sévi dans le diocèse entre 1970 et 2023.
«Bien qu’aucun nom n’ait été divulgué, de nombreux éléments laissent penser que le prêtre-ouvrier Germain Dufour, décédé en 2023 des suites d’un cancer, serait l’auteur des faits», estime la rédaction de CathoBel.
«Il faisait partie d’un ordre religieux et mourut en 2023. Il était engagé au niveau de l’aide sociale dans le milieu des sans-abri et a profité de sa position pour abuser d’eux régulièrement», écrit l’évêché, qui précise qu’une personne a déposé plainte officiellement, après cette adressée à la Fondation Dignity, un organisme indépendant de défense des victimes d’abus, point de contact avec l’Église.
«L’abbé Pierre belge»
Originaire de Tournai, issu d’une famille d’agriculteurs, le frère capucin Germain Dufour fut ordonné prêtre dans son village natal en 1970. «La même année, relate CathoBel, il est engagé comme balayeur de rue par la ville de Liège», poste qu’il occupe pendant 17 ans. «Il s’installe alors dans un quartier populaire nommé Pierreuse et défend des causes qui lui tiennent à cœur. Il s’engage dans la défense des sans-abris, des sans-papiers et en faveur du dialogue islamo-chrétien.» Il crée alors un refuge, baptisé Espace Fraternel, et y accueille une vingtaine de marginaux.
Dans les années 80, frère Germain s’engage avec le parti Ecolo et débute une carrière politique. Il siège au Sénat de 1992 à 1995. Il rejoindra plus tard le Parti Communiste, puis le mouvement VEGA (Verts, Écosocialistes, Gauche alternative), avant de se retirer de tout mandat politique en 2012.
Les victimes peuvent se signaler à l’Église
En 2018, l’association Point d’Appui signale au procureur du Roi de Liège des «faits de mœurs» concernant Germain Dufour. Les victimes seraient des «jeunes hommes majeurs vulnérables hébergés chez lui», à la rue, en séjour illégal, sans aucun revenu, toxicomanes pour certaines d’entre elles. Par peur d’être arrêtées et expulsées vers leur pays d’origine, elles ont choisi de ne pas porter plainte. Finalement, trois plaintes seront déposées contre Germain Dufour, mais avec la mort de celui-ci, l’action du parquet de Liège a pris fin en 2023.
Une action pénale à l’encontre du prêtre n’est donc plus de l’ordre du possible. L’évêché de Liège invite néanmoins les autres possibles victimes du prêtre-ouvrier à s’adresser à la Fondation Dignity.
Une Église lente à réagir
En septembre 2025, le magazine Médor faisait état d’au moins 13 victimes potentielles «d’atteinte à l’intégrité physique» ou de viol. Il détaillait aussi la lenteur d’action de l’Église face à interpellation de Frédéric Paque, curé durant 22 ans, qui, «en sa qualité de président de Point d’Appui, a d’abord prévenu l’évêque de Liège, Jean-Pierre Delville, puis rédigé un premier courrier au vicaire Patrick Bonte, le 29 avril 2015, afin de l’informer de ‘comportements affectifs troubles’». Sans le moindre retour de l’Église durant trois ans. «Finalement, ce n’est que six ans après avoir été contacté, soit le 18 juin 2021, que l’évêque Delville a transmis un courrier de ‘signalement’ au procureur du Roi liégeois», note le journaliste. (cath.ch/cathobel/medor/lb)





