L’infini se cache ici-bas
Ce matin, en regardant la vapeur s’élever de ma tasse de thé, j’ai pensé à vous, lectrices et lecteurs de ce site cath.ch. À nous. À ces instants, si banals, où l’éternité semble se glisser dans notre quotidien sans que nous n’en prenions garde. Nous passons nos vies à chercher le sacré dans les grands moments, les grandes émotions, les grands lieux. Pourtant, il est là, sous nos yeux, dans le geste le plus simple: une tasse de thé qui fume, un rayon de soleil sur la table de la cuisine, mon clavier d’ordinateur qui attend que je tapote mon blog.
Feu André Gounelle, mon ancien professeur, avait cette phrase qui me turlupine gentiment: «Dieu n’est pas au bout du chemin, mais dans le chemin.» Pas besoin de monter sur les sommets ou de s’enfermer dans les cathédrales pour trouver Dieu. Dieu est dans le pas que nous posons à terre, dans le regard que nous jetons machinalement vers la fenêtre, dans le silence qui offre à nos pensées la place pour exister. C’est vrai, c’est tentant et ce serait tellement aisé si la solution revenait simplement à ne pas courir après l’extraordinaire, mais à reconnaître l’infini dans l’ordinaire. Plus facile à dire qu’à faire!
Moi la première, et probablement vous aussi de temps à autres, nous sommes toutes et tous un peu coupables de dédaigner notre quotidien. Parce que nous rêvons de voyages lointains, de moments exceptionnels, de révélations fulgurantes. Or la vie, la vraie vie, se joue dans les petits riens, dans la répétition des quotidiens insignifiants. Dans la tasse de thé du matin, dans le repas préparé à la hâte, dans le travail qui épuise trop souvent.
Quelle place massive et existentielle occupe le travail dans notre vie quotidienne en ce bas-monde! Pourtant déjà, Calvin, ce grand réformateur que nous connaissons bien, nous disait qu’il n’y avait pas de vocation mineure. Que chaque métier, chaque tâche, chaque geste a sa dignité. Le balayeur, l’enseignante, l’artisan, toutes et tous participent, à leur manière, à l’œuvre de Dieu. Leur travail n’est pas une corvée, mais une manière de co-créer le monde. Comment combiner cette aspiration à la pénibilité du travail et aux victimes de burn-out?
«Et si, finalement, le vrai sacré était d’avoir conscience et de bénir le fait d’être tout banalement vivant, là, maintenant, tel.les que nous sommes?»
Qu’est-ce qui s’oppose si farouchement à percevoir nos gestes routiniers comme des actes de création? Pourquoi est-ce si difficile de les considérer comme des petites liturgies de la vie. Des liturgies vivantes qui transforment nos journées en quelque chose de sacré. Ce à quoi André Gounelle nous exhortait lorsqu’il parlait de «profanation sacrée». Cet art de révéler le sacré là où l’on ne l’attend pas. Cet art de faire glisser de l’infini dans nos moments les plus prosaïques.
Peut-être est-ce la dureté récurrente et les redites de violence de notre histoire humaine qui nous désespèrent et nous bouchent la vue du sacré et de l’infini.
Alors, respirons, arrêtons-nous un instant. Prenons le temps de regarder notre tasse de thé, d’observer danser les reflets de soleil à sa surface. Centrons notre attention, non plus sur notre monde menaçant et ses tracas meurtriers, mais sur ce qui se pose banalement devant nous.
Peut-être que la spiritualité n’est pas de chercher Dieu, mais de laisser Dieu nous trouver. Dans la simplicité et la beauté de l’ordinaire: pourvoir tenir une tasse de thé chaude. Peut-être que le sacré, ce n’est pas ce qui nous arrache au monde, mais ce qui nous ancre plus profondément en lui: être consciente d’être vivante, là, précisément pour avaler une gorgée de thé.
Et si, finalement, le vrai sacré était d’avoir conscience et de bénir le fait d’être tout banalement vivant, là, maintenant, tel.les que nous sommes?
Nadine Manson
8 avril 2026
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