Nicole Agustoni, sauveteuse en mer Méditerranée sur un zodiac de Sea-Watch | © catt.ch
Suisse

En Méditerranée avec Sea-Watch: «Gagner la confiance de ceux qui fuient la mort»

Libye, Tunisie, Lampedusa. Nombreux sont les endroits où, au cours de la semaine de Pâques, les sauveteurs en Méditerranée ont été confrontés à la mort d’exilés qui choisissent de traverser la mer, en dépit des dangers. Récit de la tessinoise Nicole Agustoni, 33 ans, qui œuvre sur l’un des deux bateaux de l’ONG Sea-Watch.

Laura Quadri, catt.ch (traduction et adaptation Lucienne Bittar)

Originaire de la commune Morbio Inferiore, la jeune femme s’est d’abord engagée en Haïti, dans un projet soutenu par le diocèse de Lugano, avant de rejoindre, il y a deux ans, l’Aurora, un des navires de secours de Sea-Watch.

La mort, dans ces eaux glacées, est presque une «compagne», une triste «sœur». «On s’y attend dès le premier jour où l’on embarque. On part avec l’idée de tout laisser derrière soi, y compris soi-même», raconte à catt.ch Nicole Agustoni, dans un moment de calme d’apparent. Une mort cruelle, due à l’épuisement et à l’hypothermie, qui touche sans interruption depuis des années des milliers de migrants. Parmi eux, des enfants, des jeunes mères, des hommes âgés.

La peur d’être refoulé

«Le Sea-Watch 5 est le grand navire, je suis sur le plus petit, large de 14 mètres, basé à Lampedusa», précise la volontaire. «Nous sortons en mer pour des sauvetages ou sur appel. L’équipage se compose d’un médecin, d’un mécanicien, d’un chef de mission, d’un responsable de l’accueil, qui agit aussi en tant que médiateur culturel et interprète, et d’un pilote de zodiac utilisé lors des sauvetages.» Elle explique que, pour sa part, elle s’est souvent retrouvée sur le zodiac, et donc chargée de la première approche avec les migrants en détresse.

Sea-Watch, précise-t-elle, collabore avec les avions de secours civil pour une meilleure identification des personnes. Chaque sauvetage nécessite la mise en œuvre de nombreuses compétences. «La procédure est complexe, mais il est encore plus complexe de faire comprendre aux personnes que nous n’avons pas l’intention de les refouler. La confiance est la première chose, la plus difficile, qu’il faut gagner.»

L’Europe doit plus se mouiller

Au lieu de diminuer, les besoins ne cessent d’augmenter, même si on en parle moins. De nombreuses personnes originaires du Soudan du Sud ont été secourus dernièrement par l’équipage de l’Aurora, témoigne ainsi la Tessinoise. «Je vis tout cela comme un acte de solidarité face à une situation moins médiatisée. Le contexte international n’est pas des plus favorables. On nous a parfois demandé d’accoster au nord de la Sicile, ce qui nous obligeait à effectuer un trajet plus long. Les migrants ont donc passé plusieurs heures supplémentaires en mer, des heures qui s’ajoutent au poids de la difficile traversée déjà effectuée. Ce n’est pas du tout idéal.»

Ces expériences se vivent dans un climat d’urgence sur l’Aurora. Elles sont très intenses. Nicole Agustoni s’apprête néanmoins à entreprendre une nouvelle mission en mer de cinq semaines. «Il ne s’agit pas de Mon expérience personnelle de vie. Je voudrais plutôt alerter sur le caractère tragique de cette réalité, pour que l’on établisse avec plus de conviction des voies d’accès sûres et légales pour entrer en Europe.» (cath.ch/cath.ch/lq/lb)

Nicole Agustoni, sauveteuse en mer Méditerranée sur un zodiac de Sea-Watch | © catt.ch
8 avril 2026 | 12:10
par Lucienne Bittar
Temps de lecture : env. 2  min.
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