Représentation (détail) de Donald Trump en sauveur publiée sur sa plateforme «Truth Social», le 13 avril 2026 | © Truth Social
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L’image de Trump avec le Sacré-Cœur tient de la propagande guerrière

Bernhard Fresacher ne mâche pas ses mots. Pour ce spécialiste de l’iconographie chrétienne, professeur de théologie fondamentale à l’Université de Lucerne, l’image de Trump en Jésus, générée par IA, est «répugnante» et de «mauvaise augure» dans le contexte mondial de guerre. Interview.

par Regula Pfeifer, kath.ch (traduction et adaptation Lucienne Bittar)

Quel est votre sentiment face à cet autoportrait de Donald Trump?
Bernhard Fresacher*: L’image de Trump avec le Sacré-Cœur générée par IA est troublante car elle joue sur une iconographie chrétienne familière, où les rayons émanent non pas du cœur, mais de la main gauche, et se reflètent sur la tête du malade, du blessé, du vétéran. La couleur rouge domine et relie le drapeau national à Trump et au peuple. Le rouge est la couleur du sang, symbole de vie et de sacrifice, d’amour et de lutte.

Est-il censé représenter Jésus?
Comme toujours, l’interprétation de cette image, qu’elle soit associée à Jésus ou non, est subjective. Quoi qu’il en soit, les connotations religieuses sont explicitement présentes, notamment à travers les mains jointes en prière de la jeune femme en bas à gauche. Difficile pour les personnes élevées dans un environnement chrétien de ne pas y voir une iconographie faisant allusion à Jésus.

L’image de Donald Trump en sauveur s’inspire de l’iconographie chrétienne | © Truth Social

Quel est son message selon vous?
Les éléments de l’image soulignent la nécessité du sang versé pour le bien de la nation. Ils visent clairement à encourager la population à se sacrifier, compte tenu des guerres dans lesquelles l’administration Trump a entraîné les États-Unis. L’image distille ainsi ce message: ceux qui sont blessés ou tués à la guerre peuvent établir un lien particulier avec Trump.

À quelles autres images, historiques ou non, cette image générée par l’IA vous fait-elle penser?
Si on se réfère à l’iconographie chrétienne, on peut la relier en particulier à la figure du Bon Samaritain, qui inclut également des personnalités comme Henri Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge internationale, qui a soutenu les anciens combattants.

Est-ce un blasphème?
Selon la conception moderne, ce n’est plus considéré comme un blasphème. Il appartient à chacun de décider si les sentiments religieux sont offensés et, le cas échéant, de s’en remettre aux tribunaux.

De mon point de vue, il s’agit d’un portrait répugnant, de mauvais goût et mal exécuté. Mais c’est précisément pour cela qu’il a réussi à attirer l’attention, à provoquer l’indignation et à être repris par les médias. Avec Trump à sa tête, l’administration américaine maîtrise cette forme de propagande, et c’est inquiétant. L’État de droit aux États-Unis sera-t-il suffisamment fort pour mettre fin à cette mascarade et revenir à une politique digne du nom d’«humaine»? Le plus tôt sera le mieux. Le résultat des élections en Hongrie me donne une lueur d’espoir. (cath.ch/kath.ch/bl/lb)

* Les recherches de Bernhard Fresacher portent sur les discours religieux sur Dieu, la sémantique, l’esthétique et l’identité. Il examine notamment les iconographies représentant le Christ, de l’Antiquité à nos jours.

Représentation (détail) de Donald Trump en sauveur publiée sur sa plateforme «Truth Social», le 13 avril 2026 | © Truth Social
15 avril 2026 | 13:14
par Lucienne Bittar
Temps de lecture : env. 2  min.
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