Messe à Kilamba: Léon XIV appelle l’Angola à surmonter les «vieilles divisions»
Léon XIV a encouragé l’Angola à construire son avenir en surmontant les divisions héritées de la guerre civile, lors d’une messe à Kilamba, banlieue de la ville de Luanda, le 19 avril 2026. Devant 100’000 Angolais le pape a mis en garde contre la corruption, mais aussi contre les mirages de la magie et de la superstition.
Au deuxième jour de sa visite en Angola, le pape s’est rendu sur l’immense esplanade du quartier périphérique de Kilamba – occupant 5’000 hectares de la capitale –, édifié il y a une vingtaine d’années par la Chine, investisseur dans le pays d’Afrique australe. Sa papamobile a été accueillie un peu avant 10h par des acclamations ardentes de 100’000 Angolais dont certains avaient passé la nuit sur place.
Dans son homélie, le pape a évoqué l’histoire «marquée par la douleur» de ce pays «magnifique et meurtri», qui se relève de plusieurs décennies de guerre civile (1975-2002) ayant fait entre 500’000 et 800’000 morts. Il a déploré les «ressources gaspillées», les «problèmes sociaux et économiques» et les «différentes formes de pauvreté» actuels.
Problèmes sociaux
«Oui, c’est vrai.» Dans la foule, Alsina, une Angolaise originaire de Luanda et ayant étudié en Angleterre, acquiesçait aux paroles du pape, confiant à I.MEDIA que son pays connaissait «des problèmes notamment au niveau de l’éducation et de l’accès aux soins». L’employée de banque, qui accueillait pour la deuxième fois un pape, après Benoît XVI en 2009, constatait que depuis cette dernière visite papale, «l’Angola s’est beaucoup développé dans ses infrastructures, mais sur le plan social, les gens sont plus pauvres et rencontrent davantage de difficultés».
Sur le podium autour duquel se soulevaient des nuages de poussière, Léon XIV a reconnu le risque de «perdre l’espoir et rester paralysé par le découragement». Le chef de l’Église catholique a alors exhorté à s’engager pour «construire un pays où les vieilles divisions seront définitivement surmontées». Il a souhaité que «la violence», ou encore «le fléau de la corruption» disparaissent au profit d’une «nouvelle culture de justice et de partage».

Le 267e pape a invité particulièrement l’Église locale à œuvrer pour apaiser les blessures en sachant «recueillir le cri de ses enfants». Il a souhaité des communautés qui s’engagent «dans l’amour et le pardon mutuels» et dans la «solidarité envers ceux qui en ont le plus besoin».
Le risque de la magie et la superstition
Aux catholiques qui représentent près de 60 % de la population – 20 millions de personnes –, le pape a lancé un avertissement contre des «formes de religiosité traditionnelle» qui «risquent de confondre et de mélanger des éléments magiques et superstitieux qui n’aident pas dans le chemin spirituel». Et d’enjoindre: «Restez fidèles à ce que l’Église enseigne, ayez confiance en vos pasteurs et gardez le regard fixé sur Jésus».
En 2025, Mgr José Manuel Imbamba, archevêque de Saurimo, dénonçait à l’agence vaticane Fides la grande influence des «sorciers, devins et voyants» sur la population. Critiquant la superstition autour d’objets et de rituels, il déplorait un «spectacle de vols et de mensonges».
«La réconciliation, la paix et le bien-être»
Assis sur les barrières de sécurité non loin du podium, le jeune Terence était venu avec une trentaine de scouts catholiques de sa paroisse. «Le pape apporte l’espérance, l’amour et la paix», a-t-il affirmé, s’appliquant à prononcer chaque mot d’anglais avec soin. «J’espère que cette visite nous apportera la réconciliation, la paix et le bien-être», a abondé Alsina.
Sur les chaises en bordure d’allée, Wanda et ses trois sœurs saluaient avec force enthousiasme la file de prêtres passant en procession, hélant chacun de son nom. «Nous connaissons tout le monde car nous appartenons à plusieurs paroisses de la ville», a expliqué celle qui était déjà présente pour la visite de Jean Paul II en 1992. «J’avais 21 ans et je faisais partie des jeunes engagés dans l’organisation. Aujourd’hui il y a plus de monde et il y a toujours ce désir profond d’accueillir le pape!», s’est-elle exclamée, galvanisée par les hymnes du chœur de 500 voix qui faisaient vibrer la terre.
Wanda, qui était aussi à l’aéroport de Luanda samedi pour saluer l’arrivée de Léon XIV, a souhaité pour son pays «la bénédiction pour tous, même les personnes d’autres religions qui sont venues à cette célébration». «Vous pouvez compter sur la proximité et la prière du pape!», a promis celui-ci au peuple au terme de son homélie, encourageant à «regarder vers l’avenir avec espérance».
L’Ukraine et le Liban
Léon XIV a déploré «la récente intensification des attaques contre l’Ukraine» durant la prière du Regina Caeli, à l’issue de la messe. Le 16 avril, des frappes massives sur l’ensemble du pays attaqué par la Russie ont fait au moins 16 morts et plus d’une centaine de blessés.
La trêve entre le Liban et Israël est un «motif d’espérance» et un «soulagement pour le peuple libanais et pour le Levant», a poursuivi Léon XIV. Entré en vigueur dans la nuit du 16 au 17 avril, après un mois et demi de conflit, ce cessez-le-feu doit durer dix jours et permettre des négociations. (cath.ch/imedia/ak/bh)
Pour le troisième voyage de son pontificat, Léon XIV visitera l’Algérie, le Cameroun, l’Angola et la Guinée équatoriale lors d’un long périple qui se déroulera du 13 au 23 avril 2026. Ce déplacement marque sa volonté de replacer l’Afrique — ce «poumon» de l’Église — au centre des priorités romaines.



