Indonésie: Des manifestants lancent un appel à la guerre sainte contre les chrétiens
Les chrétiens accusés par les islamistes d’»épuration ethnique»
Djakarta, 3 mars 1999 (APIC) Quelque 2’000 manifestants défilant dans les rues de la capitale indonésienne Djakarta ont lancé mercredi un appel à la guerre sainte contre les chrétiens. Les islamistes accusent les chrétiens «d’épuration ethnique» à Ambon, une région à prédominance chrétienne dans les îles Moluques. Les incidents intercommunautaires qui ont éclaté depuis le début de l’année ont déjà fait plus de 200 morts, tandis que plus de 3’000 maisons et des dizaines d’églises et de mosquées ont été incendiées par les émeutiers.
L’armée indonésienne a acheminé 3000 hommes en renfort dans l’archipel des Moluques où les heurts entre chrétiens et musulmans se poursuivent. Située à 2’300 km à l’est de Djakarta, la ville d’Ambon, qui compte quelque 250’000 habitants, a été dévastée par les émeutiers. Un calme relatif était revenu mercredi en ville, après des jours de troubles.
Le général Wiranto, ministre de la défense, a annoncé que les militaires allaient prendre des mesures draconiennes pour rétablir le calme aux Moluques. L’armée a reçu l’ordre de tirer à vue sur tout émeutier. Le général Wiranto, qui s’est vu reprocher de ne pas agir avec assez d’efficacité pour rétablir l’ordre à Ambon, a limogé le chef de la police de la ville, le colonel Karyono Sumodinoto. Des observateurs accusent les militaires indonésiens de «téléécommander» les violences pour déstabiliser le pays et légitimer leur intervention pour maintenir leurs positions-clefs, écrit mercredi l’agence missionnaire romaine MISNA.
Le général Wiranto a donné l’ordre à la troupe de traiter durement les fauteurs de troubles «sans tenir compte de l’appartenance ethnique ou religieuse». Lundi, la police a été accusée d’avoir tiré sans avertissement sur une foule de fidèles sortant d’une mosquée après la prière du matin. Selon des témoins, quatre personnes ont été tuées. Le général Wiranto devra s’expliquer devant le Parlement sur ce sanglant incident.
Depuis la chute de Suharto, un gouvernement central davantage musulman
La violence entre chrétiens et musulmans en Indonésie – le plus grand pays musulman du monde – a augmenté considérablement depuis la chute du dictateur Suharto en mai de l’année dernière. Des troubles interreligieux ont éclaté dans la capitale Djakarta en novembre dernier déjà. Depuis janvier, plus de 200 personnes sont mortes sur l’îl d’Ambon lors d’émeutes menées par des bandes de jeunes chrétiens et musulmans s’affrontant au sabre, au couteau et à coups de gourdins dans un pays qui passait récemment encore pour un exemple de coexistence interreligieuse.
Une des causes majeures du mécontentement de la population chrétienne d’Ambon vient du fait que le gouvernement central apparaît de plus en plus ouvertement musulman à ses yeux. L’ancien président Suharto avait nommé un certain nombre de chrétiens dans son cabinet et parmi les responsables militaires, et les musulmans s’estimaient sous-représentés dans les sphères du pouvoir. Cette situation a été inversée depuis l’arrivée aux affaires du président Habibie, provoquant des craintes au sein de la petite minorité chrétienne. La crise économique qui a paupérisé des millions de personnes a encore déstabilisé une situation sociale déjà explosive, encore aggravée par la politique de migration interne qui a déplacé des populations entières et provoqué l’hostilité de populations indigènes qui vivaient jusque-là, comme à Ambon, en parfaite harmonie. (apic/kna/misna/bbc/be)




