Mexique : un évêque critique la «consulta» zapatiste sur les droits des indiens

Une consultation «subordonnée aux intérêts des zapatistes»?

Mexico 19 mars 1999 (APIC) La consultation populaire sur les droits des Indiens organisée ce dimanche 21 mars dans tout le Mexique par l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) suscite une critique de Mgr Felipe Arizmendi Esquivel. L’évêque en conteste la valeur du fait qu’elle a été «préparée et décidée de façon unilatérale».

Mgr Arizmendi Esquivel, évêque de Tapachula, reconnaît que l’initiative des zapatistes est positive, dans la mesure où ceux-ci renoncent aux mécanismes de la violence pour se faire entendre du gouvernement. Il déplore cépendant que la consultation «ait été préparée, décidée et organisée de façon unilatérale».

La  » consulta  » est une sorte de votation proposée par l’EZLN aux Mexicains pour leur permettre de livrer leurs opinions quant à l’avenir du pays. Des observateurs l’ont déjà critiquée, la jugeant dirigée, les citoyens y étant soumis à des questions dont la réponse va de soi, du genre : «Désirez-vous un avenir de paix ?», «Voulez-vous sortir de la pauvreté ?», «Les indigènes devraient-ils participer aux prises de décision du pouvoir ?»

Un moyen pour faire pression sur le Congrès?

C’est aussi l’avis de l’évêque de Tapachula: «Cette consultation manipulée, déclare-t-il, n’est rien d’autre qu’un moyen de faire pression sur le Congrès National. Les questions sont formulées de manière tellement subjective, constate-t-il, que l’on connaît d’avance les réponses de ceux qui y prendront part, et qui seront dans leur grande majorité, voire dans leur totalité, des sympathisants de l’EZLN.»

Aux yeux de l’évêque, la consultation aurait été plus crédible si elle avait été organisée conjointement avec le gouvernement. L’EZLN aurait ainsi assumé le risque que la société civile prenne part à une «vraie» consultation, quitte à ce que les citoyens ne partagent pas les vues des zapatistes.

Mgr Arizmendi Esquivel relève en outre que lors d’une précédente consultation, la population a demandé à la rébellion zapatiste de renoncer à être un groupe armé pour devenir une force politique, mais que les rebelles n’ont pas tenu compte de la volonté populaire. «À l’occasion de cette seconde consultation, conclut-il, l’EZLN demande si nous sommes favorables à une démilitarisation, alors que la première à se démilitariser devrait être l’EZLN elle-même.»

Quand, le 7 juin 1998, Mgr Samuel Ruiz, évêque de San Cristóbal de Las Casas, avait annoncé officiellement qu’il renonçait au rôle de médiateur entre le pouvoir mexicain et l’armée zapatiste, Mgr Arizmendi Esquivel, en tant que membre de la Commission épiscopale pour la paix et la réconciliation dans le Chiapas, avait déjà prôné le dialogue entre le gouvernement et la rébellion zapatiste, les invitant tous deux à surmonter les obstacles politiques, culturels et religieux pour adopter une politique de tolérance.

«Ce n’est qu’en harmonisant nos différences que nous parviendrons à l’unité qui manque au Chiapas et à tout le pays «, avait-il déclaré. (apic/cip/pda)

19 mars 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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