Yougoslavie: Les bombardements de l’OTAN inquiètent les Eglises
Les évêques américains dénoncent une «agression injustifiée»
Washington 31 mars 1999 (APIC) L’attaque aérienne de l’OTAN contre la Yougoslavie semble être une «initiative injustifiée», une «agression» aux résultats incertains, qui pourrait aggraver la situation des albanais du Kosovo. C’est ce qu’a déclaré le président de la Conférence épiscopale des Etats-Unis, Mgr Joseph Anthony Fiorenza, évêque de Galveston-Houston, au Texas.
«Les attaques massives contre les civils, lancées par les autorités yougoslaves, sont sans aucun doute moralement inacceptables» a expliqué l’évêque, au quotidien italien «Avvenire». «Nous, les évêques, considérons qu’une intervention ayant un but humanitaire, celui de protéger ceux qui sont persécutés, est nécessaire, mais dans le cas présent, les conséquences de l’utilisation de la force ne semblent pas très claires. Quelles souffrances les civils serbes vont-ils devoir endurer ? Les bombardements protégeront-ils les kosovars des agressions ou provoqueront-ils une intensification des attaques contre eux et une résistance encore plus grande du régime à un accord politique ? Et les attaques sont-elles sûres d’atteindre leurs objectifs ? Quelles pourraient être les conséquences d’un échec ? Pour terminer, que dit le droit international d’une action militaire de ce genre ?»
L’OTAN se trouve entre la nécessité de désarmer l’agresseur et celle d’arrêter les bombardements. L’évêque américain reconnaît qu’il s’agit d’un «dilemme moralement très complexe». «Les bombardements me semblent être une initiative injustifiée», déclare-t-il. ’Nous ne savons pas combien de morts et de blessés ils sont en train de provoquer parmi les civils innocents, sans compter que l’utilisation de la force ne fait que rendre encore plus difficile la signature de la paix par Milosevic».
En ce qui concerne l’objection de conscience, l’évêque texan reconnaît que la «question n’est pas claire», mais il affirme : «Je crois qu’un soldat des Etats-Unis doit examiner très attentivement sa conscience pour voir s’il doit participer à cette guerre. S’il ne la considère pas justifiée, il doit faire connaître ses réserves morales à ses supérieurs». Les évêques américains veulent susciter un large débat dans le pays pour évaluer la légitimité de cette intervention militaire et son caractère opportun, a conclut le prélat.
De son côté Pax Christi Etats-Unis rejette la guerre, les préparatifs pour la guerre et toute forme de violence et de domination et, dans cet esprit, s’oppose fermement aux frappes aériennes de l’OTAN au Kosovo. Le mouvement pour la paix invite Milosevic à revenir à la table des négociations avec en vue d’un accord pour en finir avec la violence au Kosovo. Pax Christi en appelle à la diplomatie et la négociation comme alternatives à une option militaire.
Le patriarche orthodoxe de Moscou dénonce l’hypocrisie occidentale
Outre l’Eglise catholique américaine, de nombreuses autres Eglises du monde entier ont exprimé leur préoccupation face aux frappes aériennes de l’OTAN sur la République yougoslave.
A Genève, les quatre secrétaires généraux du Conseil oecuménique des Eglises (COE), de la Fédération luthérienne mondiale (FLM), de la Conférence des Eglises européennes (KEK) et de l’Alliance réformée mondiale (ARM) ont réclamé l’arrêt immédiat de l’intervention militaire de l’OTAN et une initiative des Nations Unies pour que soit trouvée une solution politique.
Une des réactions les plus fortes contre l’intervention de l’OTAN est venue de Moscou, ou le patriarche Alexis II, primat de l’Eglise orthodoxe russe a condamné «l’hypocrisie occidentale». Le patriarche a qualifié l’intervention de l’OTAN de «péché devant Dieu et de crime du point de vue du droit international» mais il a aussi appelé les Serbes et les Albanais du Kosovo à «mettre un terme à la violence et à commencer sans retard à dialoguer».
Dans la capitale yougoslave, Belgrade, le patriarche Pavle, responsable de l’Eglise orthodoxe serbe a exhorté «les gouvernements de tous les pays du monde à entreprendre une action pour que cessent les bombardements et que l’on trouve une solution juste à la crise actuelle par le biais de négociations. L’Eglise orthodoxe serbe demande aux autorités civiles et militaires de Serbie et de Yougoslavie de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour instaurer la paix».
A Paris, le pasteur Jean Tartier, président de la Fédération protestante de France déplore que son pays soit «entré dans une guerre qui ne fait qu’ajouter l’horreur à l’horreur et qui précipite un peu plus ressentiments et dégoût, nationalisme et enfermements, à l’heure ou l’Europe se veut plus solidaire et fraternelle. La fin justifie-t-elle les moyens et la lutte contre les dictateurs en place autorise-t-elle tous ces massacres et ces déplacements de population que cette guerre dans les Balkans ne fait qu’intensifier?» s’interroge-t-il.
Il est intolérable de laisser le génocide se poursuivre
D’autres Eglises ont des avis moins tranchés et soutiennent conditionnellement l’intervention de l’OTAN.
A Londres, l’archevêque de Cantorbéry, George Carey, a déclaré que «les maux de la purification ethnique et la situation dramatique des personnes déplacées ne sont pas plus tolérables aujourd’hui qu’ils ne l’étaient au début de la crise des Balkans». Mais a-t-il averti: «Le recours à la force au nom de la communauté internationale ne peut être entrepris à la légère, et dans ce sens, il doit toujours être considéré comme regrettable. La force ne peut pas être une fin en soi, il doit y avoir des objectifs clairs et des limites bien définies.»
A New York, Frank T. Griswold, évêque président et primat de l’Eglise épiscopalienne (anglicane) des Etats-Unis s’est dit «personnellement déchiré par la décision de l’OTAN. En effet, alors que son objectif est noble, ses moyens sont violents. Et pourtant, il est aussi intolérable pour nous d’accepter et de permettre que le génocide se poursuive.»
A Hanovre, Manfred Kock, responsable de l’Eglise évangélique d’Allemagne (EKD), a souligné qu’après l’échec des négociations de paix, «la force militaire est le dernier moyen qui nous reste pour mettre fin aux crimes contre l’humanité et sauver la vie de personnes menacées. Nous ne pouvons garantir que l’intervention militaire débouchera sur une solution à long terme. Ne rien faire, cependant, signifierait que nous serions coupables pour d’autres raisons. » (apic/zenit/eni/mp)




