Des cas isolés, estime le gouvernement fédéral
Violences en Inde contre les chrétiens
New Delhi, 18 février 1999 (APIC) Embarrassés par les attaques et violences perpétrées récemment contre des chrétiens, certains membres du gouvernement de coalition de l’Inde, dominé par le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party, cherchent maintenant à minimiser les violences. Ce sont, estiment-ils, des incidents «isoles» qui font partie d’une «conspiration internationale» visant à discréditer le gouvernement fédéral.
Incidents? Les plus récentes violences sont le meurtre d’un missionnaire australien, brûlé vif avec ses deux enfants dans l’Etat d’Orissa le 27 janvier, le viol d’une religieuse par des hommes déguisés en femmes le 3 février, puis, le 7 février, le viol, suivi du meurtre, par des inconnus, d’une chrétienne d’une tribu indigène et de son jeune frère.
La Commission nationale pour les minorités, qui a mené sur place une enquête sur les attaques graves contre les chrétiens et les autres minorités, n’est pas de cet avis du gouvernement s’agissant de ses explications sur un complot international.
«Nous n’avons pas trouvé de preuves d’une conspiration internationale dans les Etats du Gujarat ou d’Orissa – ou ont eu lieu des attaques contre des chretiens -. Par ailleurs, on ne peut pas parler d’actes isolés. Tous ces incidents sont liés», a précisé à l’Agence œcuménique ENI James Massey, membre de cette Commission.
James Massey, de l’Eglise de l’Inde du Nord, s’est en effet rendu, accompagné d’un autre membre de la Commission nationale pour les minorités, dans l’Etat d’Orissa pour enquêter sur le meurtre du missionnaire australien Graham Staines et de ses deux jeunes fils. Tous trois avaient été brûlés vifs le 23 janvier, alors qu’ils dormaient dans leur voiture dans le village de Manoharpur, à environ 1’000 kilomètres au sud-est de New Delhi.
«Ce qui s’est produit à Manoharpur», explique James Massey, «est lié à ce qui se passe dans d’autres régions du pays. D’après mes enquêtes sur les attaques perpétrées contre les minorités, à Dumka, Ludhiana, Gujarat, Nasik, Jhabua et Manoharpur, il existe un plan bien défini visant à créer un climat d’insécurité parmi les chrétiens».
Le privilège des castes supérieures
Après l’assassinat du missionnaire, le Sangh Parivar (organisation nationaliste hindoue) a accusé les missionnaires chrétiens d’avoir converti 31 familles hindoues au christianisme. Mais, a dit James Massey, l’enquête de la Commission nationale pour les minorités a prouvé qu’aucune des ces familles n’était devenue chrétienne. En réalité, «la conversion est agitée comme un épouvantail pour justifier les attaques à l’encontre des chrétiens».
«Le Sangh Parivar considère que le pays est une nation hindoue dans laquelle les castes supérieures dominent les autres. Mais lorsque des chrétiens – par leur action sociale – font prendre conscience aux gens de leurs droits, ils sont alors considérés comme des ennemis par les dirigeants et les oppresseurs. C’est là que réside la cause de la violence à l’encontre des chrétiens».
Même si les chrétiens ne sont qu’une faible minorité en Inde, 2,3 % dans un pays de 980 millions d’habitants, a expliqué James Massey, «c’est le travail social des chrétiens qui représente une menace pour les défenseurs du système de castes. Lorsque vous aidez une personne a devenir un être humain avec des droits égaux, les castes supérieures vont perdre leur influence. C’est pourquoi elles veulent conserver leur hégémonie sur les gens au nom de la religion».
Décrivant la situation tendue et les violences contre les chrétiens, James Massey déclare encore que «la Commission pour les minorités fait l’objet d’attaques de la part du gouvernement central et des gouvernements des Etats. Cela indique aussi que la Commission dit ce qui embarrasse les gouvernements. Ceux-ci sont dans une situation difficile aujourd’hui à cause de la Commission et d’autres organismes comme la Commission nationale des droits de la personne». (apic/eni/pr)




