Inde : Conversion spontanée de 600 «intouchables» au christianisme dans le Gujarat

Les extrémistes hindous pris à contre-pied

New Dehli, 23 février 1999 (APIC) Quelque 600 «dalits» (intouchables) du village d’Undhai, dans le district de Mehsana de l’Etat du Gujarat, en Inde, ont décidé au début du mois de février de devenir chrétiens. En pleine campagne des extrémistes hindous contre les prétendues «conversions forcées», et dans un Etat, gouverné par le BJP (Bharatiya Janata Party) hindouiste, où depuis plusieurs mois les agressions anti-chrétiennes se succèdent, l’événement met dans l’embarras les militants hindouistes.

Les «dalits» d’Undhai n’ont pas mâché les mots sur les raisons de leur conversion au christianisme. Ils veulent «en finir avec le boycott social et économique» que la haute caste des «»patels» » leur impose, et «protester contre l’impuissance du gouvernement à les protéger».

De manière générale l’événement attire l’attention sur les conflits sociaux internes de l’hindouisme lui-même. L’affaire qui oppose les «dalits» et les «patels» du village d’Undhai a commencé en mai 1998, à l’occasion de l’inauguration d’une nouvelle statue dans le temple local d’Amba. La fête avait été financée par des contributions de toute la population du village, «dalits» compris. Mais, selon les membres des basses castes, pour le banquet qui a clôturé la cérémonie, les «patels» ont demandé aux «dalits» d’apporter leurs propres assiettes et de s’asseoir à l’écart. Humiliés, ceux-ci ont alors porté plainte, en accusant les «patels» de les traiter en «intouchables». Après avoir échoué dans une tentative de conciliation, la police a arrêté 37 membres de la communauté «patel». Pour se venger, les «patels», qui sont des propriétaires terriens, ont refusé de continuer d’employer des «dalits» dans leurs fermes. Le résultat en est, selon Chimanbhal Sauhan, dirigeant des «dalits», que «nos frères, ici, souffrent de la faim depuis six mois à cause du boycott social et économique imposé par les hautes castes».

Pour les «dalits», «le christianisme est la seule issue qui reste», dit l’un d’entre eux. Le Vishwa Hindu Parishad (VHP) ou Conseil mondial de l’hindouisme, l’une des organisations hindoues les plus extrémistes, a rapidement compris que cette conversion massive des «dalits» d’Undhai au christianisme pouvait être un coup fatal porté à sa campagne anti-conversions. Il a donc envoyé des représentants dans le village pour essayer de dissuader les «dalits». Mais leurs efforts semblent avoir été vains. Si l’on en croit Shauhan, la situation a atteint un point de non-retour : «Nous avons l’intention d’aller de village en village, dit-il, pour convaincre les autres de nous rejoindre et de changer de religion». Sa conclusion est dévastatrice pour les extrémistes hindous : «Après tout, que nous a apporté l’hindouisme ?», demande-t-il. (apic/eda/mp)

23 février 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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