Constat mitigé en Suisse romande: une poignée de gens a répondu
Premier bilan sur la Consultation des Eglises sur l’avenir économique et social de la Suisse
Lausanne, 17 janvier 1999 (APIC) Un an après avoir été lancée par les catholiques et les protestants, la consultation œcuménique sur l’avenir économique et social de la Suisse semble ne pas trop intéresser les gens de ce pays. Le constat est mitigé, en Suisse romande du moins: une poignée de personnes seulement à répondu.
A l’appel des organisateurs de la consultation en Suisse romande, une trentaine de personnes ont participé samedi 16 janvier à Lausanne à une journée destinée à faire le point sur le processus en cours. Deux constats s’imposent: le déficit de l’information sur le sujet est inquiétant; les milieux de la finance n’aiment pas la critique, dès lors qu’est remis en cause le néolibéralisme.
Les Eglises catholique et protestantes de Suisse se préoccupent de l’avenir économique et social de notre pays. Aussi ont-elles lancé, il y un an jour pour jour, une vaste consultation oecuménique avec à la clef onze interrogations touchant à la situation sociale actuelle, au rôle de l’Eglise, à la signification de la Bible dans les problèmes sociaux et économiques, ainsi qu’aux valeurs communes possibles pour l’avenir.
S’exprimant sur les premiers résultats concrets aux questions de la consultation, enregistrés en Suisse romande, et qui faisaient l’objet d’une vingtaine de panneaux, présentés à Lausanne, le pasteur Raymond de Rham, membre du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) a bien dû reconnaître que «ce n’est pas un succès». Selon le pasteur vaudois, la difficulté d’information à l’intérieur des Eglises réformées cantonales s’explique par le fait qu’elles sont paralysées par leurs propres problèmes. Quant à Mgr Pierre Farine, évêque auxiliaire à Genève, il se déclare à la fois «heureux de l’engagement des chrétiens, mais déçu des résultats».
Ouvrir le dialogue
Il est impératif, ont reconnu tous les participants, de sortir des cercles ecclésiastiques pour faire connaître la consultation à d’autres publics. «La consultation n’est pas une bible. Mais le texte a au moins le mérite de lancer le débat. Pour qu’il aboutisse, il faut que d’autres milieux, politiques, économiques, syndicaux, y participent», a souligné Mgr Pierre Farine.
«Attention aux stigmates de l’incompétence!», a mis en garde le professeur genevois Bürgenmeier. En Suisse alémanique, la NZZ, le quotidien zurichois de la finance, a vivement critiqué la démarche des Eglises pour leur manque de compétence, notamment en ce qui concerne leur attaque en règle du libéralisme. «Il faut faire une distinction claire entre les principes du libéralisme et les pratiques économiques faites au nom du libéralisme», a souligné Beat Bürgenmeier. Selon le professeur d’économie, les critiques des milieux de l’économie devraient être l’occasion pour les Eglises de relancer le débat autour de la consultation, en gommant toutefois la caricature et la tendance à la diabolisation de l’économie. «Le pire qui pourrait arriver à la consultation serait de dégénérer en confrontation», estime le professeur Bürgenmeier.
Le souvenir de Gulliver
En juin prochain, la consultation devrait toucher à son terme, des prolongations ne sont toutefois pas exclues. Selon le processus, expliqué par Jean-Claude Huot, secrétaire de la Commission catholique Justice et Paix, co-animateur de la consultation avec le protestant Hans-Balz Peter, de l’Institut d’éthique social de la FEPS, les réponses seront dans un premier temps dépouillées puis transmises à une commission d’évaluation qui prendra position, en vue de la déclaration finale des deux commanditaires de la consultation, à savoir la FEPS et le Conférence des évêques suisses. «Je ne pense pas que dans les déclarations finales de la FEPS et de la CES, il y aura quelque chose de véritablement neuf. Ce qui sera important, c’est la déclaration elle-même: les Eglises se préoccupent de questions sociales et économiques. Le plus intéressant reste ce qui se fait maintenant et les ponts qui pourront se créer entre des milieux différents», note Mgr Farine.
En conclusion, parmi les pistes concrètes à explorer, l’animatrice du débat, la journaliste Nathalie Beaud, a rappelé le lancement, il y a une dizaine d’années aux Etats-Unis d’une consultation similaire à celles des Eglises suisses, qui a débouché sur des prises de participations financières dans certaines entreprises. Quant à Mme Langenberger, elle a lancé un appel pour qu’une synthèse de la réflexion soit menée à chef. «Donner la possibilité à l’ensemble de la population de s’exprimer sur son avenir, cela rappelle un peu l’expérience tentée par le projet Gulliver à l’Expo de 1964». Pour les responsables, il est à souhaiter que le sort de la consultation soit différent de celui de Gulliver dont les résultats n’ont jamais été exploités… (apic/spp/pr)




