Encore beaucoup à faire, dit le recteur du Collège mexicain à Rome
Mexique: L’Eglise et le contexte mexicain à la veille du voyage de Jean Paul II
Rome, 17 janvier 1999 (APIC) Interrogé sur le contexte dans lequel vit actuellement l’Eglise mexicaine, Mgr Ricardo Cuéllar Romo, recteur du Collège mexicain à Rome rappelle que cette 4ème visite de Jean Paul II au Mexique se situe en pleine ouverture démocratique du pays. «Pour la première fois depuis 1929, fait-il remarquer, quelques-uns des 32 états fédérés du Mexique sont gouvernés par d’autres partis que le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) au pouvoir depuis 70 ans».
Rappelant que les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et le Mexique ont été rétablies le 21 septembre 1992, le recteur du collège mexicain de Rome souligne à quel point cette date est une étape importante pour l’Eglise. «Les relations sont tendues entre l’Eglise et l’Etat depuis les lois anticléricales de 1859, explique-t-il, et depuis la Constitution de 1917 dont l’article 130 refusait à l’Eglise la reconnaissance d’une personnalité juridique». «En 1929, rappelle encore Mgr Ricardo Cuéllar Romo, après la guerre provoquée par le soulèvement des paysans catholiques, les «cristeros», des accords ont permis une reconnaissance de fait de l’Eglise». «Suivant les périodes, ajoute-t-il, cette reconnaissance a été traitée tantôt avec suspicion, tantôt avec une relative tolérance».
«La reconnaissance de la personnalité juridique de l’Eglise en 1992, facilite désormais beaucoup son activité pastorale», souligne encore Mgr Ricardo Cuéllar Romo. «Concrètement, précise-t-il, cela donne aux prêtres la possibilité de ’sortir des sacristies’ pour intervenir publiquement à la radio et dans la presse, pour célébrer des messes en plein air et entreprendre des programmes sociaux pour venir en aide à la population». «Le défi pour l’Eglise mexicaine est de s’habituer à cette nouvelle situation, explique Mgr Ricardo Cuéllar Romo, de savoir profiter de ces facilités, en respectant l’autonomie de l’Eglise par rapport à l’Etat».
Quatre thèmes
Pour Mgr Ricardo Cuéllar Romo, après la remise de l’exhortation post-synodale aux évêques de tout le continent américain, Jean Paul II pourrait aborder quatre thèmes concernant plus spécifiquement le Mexique.
Le premier pourrait être la relation entre la foi et la vie chez les Mexicains. «La pratique religieuse est très importante au Mexique, témoigne Mgr Ricardo Cuéllar Romo, mais les Mexicains ont des progrès à faire pour que leur foi influe vraiment sur leur vie personnelle, au plan moral comme au plan de l’honnêteté et de la justice sociale. «Les églises sont pleines au Mexique», souligne Mgr Ricardo Cuéllar Romo, mais ce qui est frappant, c’est que pendant les Messes, seules quelques personnes s’approchent de l’autel au moment de la communion. Les autres ont conscience que leur vie personnelle ne leur permet pas de communier».
Le second thème abordé par le pape pourrait être en lien avec le respect de la justice sociale. «Il y a encore beaucoup à changer sur ce point, insiste Mgr Ricardo Cuéllar Romo, notamment dans le domaine politique et judiciaire, et dans les services publics». Le recteur du collège mexicain de Rome évoque là les nombreux scandales et la grande corruption dans le pays qui nuit aux pauvres. Faisant allusion à la «relative prospérité économique» au Mexique et à l’Accord de Libre-échange nord-américain entré en vigueur le 1er janvier 1994, il souligne que cela n’a pas apporté de progrès en matière sociale ni d’amélioration dans la répartition des revenus.
Le troisième thème pourrait être en relation avec l’importance du dialogue pour parvenir à la paix et le respect des droits de chaque personne et des indigènes en particulier. Les événements violents du Chiapas ne seront peut-être pas abordés explicitement par le pape, selon Mgr Ricardo Cuéllar Romo, mais «tout le monde comprendra qu’il y fait allusion, estime-t-il, quand il parlera du dialogue et du respect de l’identité et des droits de chaque personne».
Enfin, le pape s’adressera spécialement aux jeunes lors de sa rencontre avec toutes les générations du siècle, qui aura lieu le 25 janvier. Les jeunes de moins de 25 ans représentent au Mexique près de 60 % de la population.
Mgr Ricardo Cuéllar Romo souligne pour conclure l’importance capitale de la Vierge de Notre-Dame de Guadalupe pour les Mexicains. «Cette Vierge brune est vraiment le symbole de notre identité, qui est essentiellement une identité de métisse», explique-t-il. «Même les athées la vénèrent. Elle est vraiment le signe le plus éloquent de la possibilité de l’inculturation du message chrétien».
Notre-Dame de Guadalupe a été proclamée «Impératrice de l’Amérique» par le pape Pie XII le 12 octobre 1945. En 1961, le pape Jean XXIII la déclarait «Mère et patronne de l’Amérique». Et le 27 janvier 1979, Jean Paul II l’appelait «Mère des Amériques», lors de son premier voyage au Mexique. (apic/imed/pr)




