Rome: Jean Paul II sera accueilli à Saint-Louis au son de la «shofar»
20 ans après son premier voyage pontifical au Mexique:
Gâteau et 20 bougies pour le pape dans l’avion
Rome/Mexico, 20 janvier 1999 (APIC) Jean Paul II sera en Amérique du 22 au 28 janvier 1999 pour un séjour de quatre jours au Mexique, jusqu’au 26 janvier, suivi d’un passage rapide aux Etats-Unis, dans le diocèse de Saint Louis, situé dans l’Etat du Missouri. Il s’agit du 85e voyage du pape hors d’Italie. Le but de la visite du pape est de livrer les conclusions du Synode pour l’Amérique. Quant aux grands propriétaires terriens du Mexique, qui arment les bras des forces paramilitaires du Chiapas à l’origine du massacre d’Acteal, notamment, ils en profitent pour réclamer au pape la tête de Mgr Ruiz, l’évêque des «Indios»
A deux jours de l’arrivée de Jean Paul II à Mexico, les grands propriétaires terriens, à l’origine des nombreux déplacements des populations civiles de leur terre, connus pour armer les forces paramilitaires exigent la tête de Mgr Ruiz. Dans un appel publié mercredi, le «Front civil» demande en effet à Jean Paul II de retirer tout pouvoir à Mgr Ruiz «parce qu’il a provoqué une violence accrue au Chiapas et qu’il a faussé l’enseignement catholique au profit de la révolution socialiste-marxiste. L’évêque de San Cristobal, accuse le «Front civil», a remis son diocèse aux mains de gens qui sont liés avec la guérilla zapatiste». Les manœuvres des grands propriétaires, qui détiennent plus de 80% des terres du pays, risquent fort de faire monter une tension déjà passablement vive au Mexique.
Au cours de sa visite, le pape livrera les conclusions du Synode pour l’Amérique, tenu en novembre et décembre 1997 à Rome. Dans l’avion qui le mènera de Rome à Mexico, le pape soufflera 20 bougies placées sur un gâteau pour célébrer 20 ans de voyages à travers le monde. Il s’agira en effet de sa 85e visite à l’étranger. Le 25 janvier, lorsque Jean Paul II rencontrera les jeunes au Stade Aztèque de Mexico, 20 ans se seront écoulés depuis qu’en ce lieu même, en janvier 1979, il inaugurait ses pérégrinations à travers le monde, avec un voyage qui l’avait mené à Saint-Domingue d’abord, au Mexique ensuite, puis au Bahamas.
Depuis le début de son pontificat, en octobre 1978, le pape a visité 16 fois l’Amérique latine, 6 fois l’Amérique du Nord, 45 fois l’Europe, 8 fois l’Asie et 13 fois l’Afrique. Au total, il a parcouru 1,12 million de kilomètres, dont peu plus de un million l’ont été en dehors de l’Italie. Le pape a en outre passé quelque 839 jours hors du Vatican, dont 501 jours et des poussières
Problèmes sociaux et pastoraux
Jean Paul II parlera probablement à cette occasion de la nécessité d’une nouvelle évangélisation du continent américain à l’aube du troisième millénaire, centrée sur une rencontre personnelle avec le Christ, comme cela a été souligné lors de l’Assemblée synodale. Il pourrait ensuite aborder les principaux problèmes sociaux et pastoraux mentionnés à l’issue du Synode: la pauvreté, les migrations, les populations indigènes, la violence, la corruption, la drogue et la dette extérieure des pays pauvres. Il s’adressera sans doute particulièrement aux populations des pays victimes de l’ouragan Mitch. Enfin, Jean Paul II pourrait évoquer les défis posés par la société de consommation en Amérique du Nord, et insister sur la nécessité d’une plus grande solidarité dans le cadre de la globalisation de l’économie, comme il l’avait fait lors de la clôture du synode à Rome.
Aux Etats-Unis, le pape sera accueilli le 26 janvier au son de la «shofar», une sorte de trompette faite avec la corne d’un bélier et utilisée par les juifs pour proclamer un jubilé, appeler à la prière ou encore accompagner les processions. Mais c’est surtout la rencontre avec le président Bill Clinton, au cours d’une audience privée dès son arrivée à l’aéroport international Lambert de Saint-Louis, qui retient l’attention. Les sujets à l’ordre du jour abondent, de l’Irak à l’euthanasie, de l’avortement à la peine de mort, des embargos aussi contre Cuba et l’Irak, notamment. Une rencontre «tout bénéfice» pour le président américain, dont le sort est actuellement discuté au Sénat, en raison de ses frasques sexuelles.
Vingt ans plus tard, un autre Mexique
Par ailleurs, ce voyage intervient 20 ans exactement après la première visite pastorale du pontificat de Jean Paul II, qui s’est déroulée précisément au Mexique du 25 janvier au 1er février 1979. Le pape avait alors abordé la question de la théologie de la libération et pris la défense des populations indiennes, le tout dans un contexte fortement anticlérical.
Depuis, Jean Paul II s’est rendu à deux autres reprises au Mexique. Du 6 au 14 mai 1990, sa deuxième visite a été l’occasion pour lui de béatifier Juan Diego, l’indien ayant bénéficié de l’apparition de la Vierge de Guadalupe en 1531. Il y était retourné en août 1993, juste avant son voyage à Denver, aux Etats-Unis, à l’occasion des Journées mondiales de la Jeunesse.
Entre-temps, les relations entre le Mexique et le Saint-Siège se sont améliorées dans la mesure où en 1990 le président mexicain Salinas et Jean Paul II ont échangé des envoyés personnels permanents, qui sont devenus des ambassadeurs officiels en 1993. Par ailleurs une loi mexicaine a reconnu en 1992 une personnalité juridique à l’Eglise catholique, qui rassemble plus de 92 % des quelque 95 millions de Mexicains. Ce voyage sera donc probablement pour Jean Paul II l’occasion d’évoquer l’évolution du pays depuis ses précédentes visites.
D’autant que les relations se sont à nouveau nettement dégradées, en raison d’un mal nommé «Chiapas». Une région dont fait partie le diocèse de San Cristobal de Las Casas, de Mgr Samuel Ruiz, soumise à une violence et à une militarisation grandissantes. Meurtres, déplacements forcés des populations indigènes, enlèvements et tortures des forces armées et des paramilitaires soutenus par le PRI (Parti révolutionnaire institutionnel, en place depuis 1929, le Parti au pouvoir du président Zedillo) sont aujourd’hui monnaies courantes. Des églises ont été fermées, des prêtres et des pasteurs étrangers ont été contraints à quitter le Mexique. Comme le prêtre français Michel Chanteau, curé de Chenalho et témoin du massacre d’Acteal, le 22 décembre 1997, qui a fait 45 morts, femmes et enfants Indios pour la plupart.
Pourquoi aux Etats-Unis ?
Pour Mgr Timothy Dolan, recteur du Collège pontifical nord-américain à Rome, originaire du diocèse de Saint-Louis, trois raisons ont conduit Jean Paul II à décider de passer dans la métropole où confluent le Mississipi et le Missouri, du 26 au 27 janvier.
Tout d’abord, la solidarité entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud a été un thème majeur du Synode pour l’Amérique qui s’est tenu à Rome fin 1997. «Le pape venant remettre l’exhortation apostolique au Mexique, souligne-t-il, il a voulu mettre l’accent sur ce point en passant ensuite aux Etats-Unis, créant ainsi une sorte de «pont» entre les deux parties du continent».
Il y a ensuite l’importance du diocèse local: «Saint-Louis est un peu le coeur de l’Eglise aux Etats-Unis, dans la mesure où ce diocèse a donné naissance à de nombreuses provinces ecclésiastiques. On y trouve une forte proportion de catholiques et beaucoup d’instituts religieux y ont leur maison mère». Mgr Dolan fait en outre remarquer que le pape, lors de ses précédents voyages, s’est surtout intéressé aux régions côtières du pays, et qu’il a donc voulu cette fois pénétrer davantage au centre du pays. Les précédentes visites de Jean Paul II aux Etats-Unis ont eu lieu en octobre 1979 (Boston, New York, Philadelphie, Chicago, Washington), en février 1981 et en mai 1984 (Alaska), en septembre 1987 (Miami, Columbia, Nouvelle Orléans, Phoenix, Los Angeles, Hollywood, San Francisco, Detroit), en août 1993 (Denver), en octobre 1995 (New York – Onu – et Baltimore).
Enfin, Mgr Dolan rappelle que l’archevêque de Saint-Louis, Mgr Justin Rigali, est un grand ami de Jean Paul II, qu’il connaît bien pour avoir travaillé plus de vingt ans au Vatican, à la Secrétairerie d’Etat d’abord, puis à la tête de l’Académie ecclésiastique pontificale – qui prépare les futurs diplomates du Saint-Siège -, et enfin comme secrétaire de la Congrégation pontificale pour les évêques. (apic/imed/pr)




